jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2200038 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | JURISGUYANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2022, la commune de
Montsinéry-Tonnegrande, représentée par Me Lingibé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de la Guyane a procédé au mandatement d'office sur son budget primitif d'une somme de 296 057,95 euros au bénéfice de l'établissement public foncier et d'aménagement de Guyane ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préfet de la Guyane ne pouvait pas mandater d'office la somme en litige sur son budget primitif dès lors qu'elle n'est plus compétente en matière d'assainissement depuis 2005 ;
- la créance en litige est prescrite depuis le 15 février 2011 ;
- la créance est contestable dès lors qu'elle n'a jamais été reconnue et qu'elle est divisée en deux participations distinctes dont la réalité de la part départementale n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la commune requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 25 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au
15 décembre 2023.
Les parties ont été invitées, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire des éléments ou des pièces en vue de compléter l'instruction.
Le préfet de la Guyane a produit les pièces demandées le 6 février 2024 qui ont été communiquées.
Par un courrier en date du 10 mars 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté en litige qui présente le caractère d'une décision confirmative de l'arrêté du 23 octobre 2018 devenu définitif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gillmann, conseiller ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- et les observations de Mme A pour le préfet de la Guyane.
La commune de Montsinéry-Tonnegrande n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 28 juin 2000, la commune de Montsinéry-Tonnegrande a décidé d'assurer la maîtrise d'ouvrage de la création d'un dispositif d'assainissement des eaux usées du bourg de Montsinéry et d'en confier la réalisation par voie de mandat à l'Etablissement public d'aménagement de Guyane (EPAG). Une convention de mandat a été signée le
24 juillet 2000. Estimant que la commune ne lui a pas payé les sommes dues dans le cadre du programme, l'EPAG a saisi, par une lettre du 3 juin 2016, le préfet de la Guyane et lui a demandé d'inscrire d'office sur le budget de la commune la somme de 296 057,95 euros. Le préfet a mis en demeure la commune de payer cette somme dans un délai d'un mois. Par un arrêté du 23 octobre 2018, le préfet a procédé au mandatement d'office sur le budget de la commune d'une somme de 296 057,95 euros au bénéfice de l'EPAG, devenu établissement public foncier et d'aménagement de Guyane (EPFAG). Par une lettre du 10 avril 2019, le maire de la commune de Montsinéry-Tonnegrande a demandé au préfet de retirer cet arrêté. L'EPFAG a réitéré sa demande de mandatement d'office le 23 septembre 2021. Par un arrêté du
18 novembre 2021, le préfet de la Guyane a une nouvelle fois procédé au mandatement d'office sur le budget de la commune de la somme litigieuse. Par la présente requête, la commune de Montsinéry-Tonnegrande demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la commune de Montsinéry-Tonnegrande soutient que le préfet de la Guyane ne pouvait prendre l'arrêté en litige dès lors qu'elle n'est plus compétente en matière d'assainissement depuis 2005, cette compétence ayant été transférée à la Communauté de communes du Centre Littoral puis à la Communauté d'Agglomération du Centre Littoral. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'EPAG a, par un courrier du 3 janvier 2005, unilatéralement résilié la convention de mandat signée le 24 juillet 2000. La commune requérante ne conteste pas ne pas avoir réceptionné ce courrier et il ressort de l'arrêté préfectoral du 21 février 2005, produit par le préfet de la Guyane, que le transfert de compétence a eu lieu postérieurement à celui-ci de sorte que les créances n'ont pas été transférées à l'établissement public de coopération intercommunale. Par suite, la commune de Montsinéry-Tonnegrande n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'était plus redevable des créances de l'EPAG et le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 1612-15 du code général des collectivités territoriales : " Ne sont obligatoires pour les collectivités territoriales que les dépenses nécessaires à l'acquittement des dettes exigibles et les dépenses pour lesquelles la loi l'a expressément décidé () ". Aux termes de l'article L. 1612-16 de ce code : " A défaut de mandatement d'une dépense obligatoire par le maire (), dans le mois suivant la mise en demeure qui lui en a été faite par le représentant de l'Etat dans le département, celui-ci y procède d'office. / Le délai prévu à l'alinéa précédent est porté à deux mois si la dépense est égale ou supérieure à 5 % de la section de fonctionnement du budget primitif ".
4. Il résulte de ces dispositions qu'une dépense ne peut être regardée comme obligatoire et faire l'objet d'un mandatement d'office que si elle correspond à une dette échue, certaine, liquide, non sérieusement contestée dans son principe et dans son montant et découlant de la loi, d'un contrat, d'un délit, d'un quasi-délit ou de toute autre source d'obligations.
5. Il ressort des pièces du dossier que les créances objets de l'arrêté en litige résultent de la part communale pour le financement du dispositif d'assainissement des eaux usées du bourg de Montsinéry estimée à 182 145,80 euros et devant être versée à l'EPAG, ainsi que de la part du conseil général de la Guyane indument versée à la commune au détriment de l'établissement public estimée à 113 912, 15 euros.
6. La commune de Montsinéry-Tonnegrande soutient que la dette litigieuse est sérieusement contestable dès lors que les travaux n'ont jamais été achevés et qu'aucun élément ne permet d'établir qu'elle aurait réellement perçu la somme versée par le département de la Guyane et due à l'EPAG. D'une part, la commune requérante ne conteste pas que les ouvrages relatifs au réseau de collecte des eaux usées, d'un réseau et des postes de refoulement ont été réalisés et réceptionnés le 15 juillet 2001. S'il ressort des pièces du dossier que le dispositif de lagunage a été abandonné, le maire de la commune a signé, le 29 mars 2005, l'avenant n° 1 de la convention de financement dont l'objet étant de " limiter l'objet de l'opération à la seule réalisation du réseau de collecte ". Dans ces conditions, et en application des stipulations de la convention de mandat signée le 24 juillet 2000, alors même que celle-ci a été résiliée unilatéralement par l'EPAG en 2005, la commune devait à son mandataire la somme résultant de la part communale pour le financement du dispositif créé. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la télécopie transmise le 21 décembre 2004, qu'un acompte portant sur les travaux d'assainissement a été versé par le département de la Guyane à la commune de Montsinéry-Tonnegrande. La commune intéressée n'établit pas que cette somme ne lui aurait pas été réellement versée, alors même qu'il ressort d'une lettre du 14 février 2007, produite par le préfet, qu'un mandat, référencé 9393, a été mis en paiement le 31 octobre 2002. Dans ces conditions, la commune de Montsinéry-Tonnegrande n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le préfet de la Guyane a considéré que les créances en litige constituent des dépenses obligatoires en ce qu'elles sont sérieusement contestables dans leur principe. Par suite, ce moyen doit également être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ". Aux termes de l'article 2 de cette loi : " La prescription est interrompue par : / Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement./ Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; / Toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; / Toute émission de moyen de règlement, même si ce règlement ne couvre qu'une partie de la créance ou si le créancier n'a pas été exactement désigné. / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ".
8. La commune de Montsinéry-Tonnegrande soutient que la créance réclamée par l'EPFAG était prescrite lors de la demande de mandatement d'office faite au préfet de la Guyane le 3 juin 2016. D'une part, concernant la part du conseil général de la Guyane indument versée à la commune au détriment de l'EPAG, le fait générateur de la créance se rattache à la mise en paiement du 31 octobre 2002. Il ressort des pièces du dossier que l'EPAG a demandé à la commune que ces fonds lui soient restitués par une lettre du 27 novembre 2003, lui a rappelé ses obligations dans la lettre valant mise en demeure avant résiliation de la convention de mandat du 9 juillet 2004 puis dans une lettre du 14 février 2007. Il n'est pas non plus contesté que l'EPAG a émis un titre exécutoire n° 130/2007 le 27 novembre 2007 et que plusieurs relances ont été effectuées le 22 juillet 2008, le 11 octobre 2010 et le 5 septembre 2014. D'autre part, et concernant la part communale pour le financement du dispositif d'assainissement des eaux usées du bourg de Montsinéry, le fait générateur de la créance se rattache à la réception des travaux effectivement réalisés et réceptionnés, soit le 15 juillet 2001. Comme il l'a été relevé par la commune requérante, la somme demandée au titre de cette créance varie et a été fixée définitivement lors de l'émission du titre exécutoire 23/2011. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'EPAG a transmis plusieurs demandes à la commune portant sur l'objet de la créance le 4 août 2003, le 27 novembre 2003, le 9 juillet 2004 et le 22 juillet 2008. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'EPAG, puis l'EPFAG ont de nouveau rappelé la commune à ses obligations le 5 septembre 2014. La prescription ayant de nouveau été interrompue, pour les deux créances, par l'arrêté préfectoral du 23 octobre 2018 procédant à un premier mandatement d'office de la somme de 296 057,95 euros au profit de l'EPFAG, la commune de
Montsinéry-Tonnegrande n'est pas fondée à soutenir qu'à la date de l'arrêté en litige, les créances étaient prescrites et que ses dettes n'étaient plus exigibles. Par suite, à supposer que la commune puisse se prévaloir de ce moyen, celui-ci doit être écarté.
9. Il résulte de tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le caractère confirmatif de l'arrêté du 18 novembre 2021, que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la commune de Montsinéry-Tonnegrande est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Montsinéry-Tonnegrande et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 28 mars 2024 à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Gillmann, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
J. GILLMANN
Le président,
Signé
O. GUISERIX La greffière,
Signé
L. MAYEN
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026