jeudi 12 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2200460 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SEMONIN CLEO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 avril 2022, la SAS SOPRIM, représentée par Me Sémonin, demande au tribunal :
1°) d'annuler la procédure de vérification de sa comptabilité menée en 2019 ;
2°) de lui accorder la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et en 2017, d'un montant total de 222.213 euros en droits et pénalités ;
3°) subsidiairement, de lui accorder la décharge des majorations et pénalités d'un montant de 31.756 euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3.500 euros au titre de l'article L.76I-I du code de justice administrative.
La société SOPRIM soutient que :
- le contrôle fiscal a été mené par un agent territorialement incompétent au regard des dispositions des articles I, II et IV du décret n° 96-804 du 12 septembre 1996 ;
- les provisions pour dépréciation des comptes clients sont justifiées en vertu du principe de prudence énoncé par l'article L.123-20 du code de commerce, compte tenu de la probabilité très élevée du risque d'impayé, révélé par l'ancienneté des créances et la situation des créanciers ;
- les provisions pour remise en état résultant de ses obligations légales et contractuelles sont justifiées par les travaux nécessités par la dégradation des bâtiments, qui n'entraîneront ni augmentation des loyers, ni refacturation aux locataires ; en revenant sur la validation de l'inscription de cette provision, l'administration fiscale a retiré une décision individuelle créatrice de droit, en violation des dispositions de l'article L.242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- sa bonne foi, au demeurant présumée, doit entraîner la décharge des majorations et pénalités.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2022, le directeur du contrôle fiscal Sud-Est Outre-mer conclut au rejet de la requête, en opposant l'absence de moyen fondé.
Par un courrier du 25 août 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité de la demande d'annulation de la vérification de comptabilité dès lors qu'il appartient seulement au juge de l'impôt de prononcer la décharge ou la restitution d'une imposition.
La SAS SOPRIM a répondu au moyen d'ordre public le 29 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'arrêté du 16 mars 2012 relatif aux directions spécialisées de contrôle fiscal de la direction générale des finances publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lacau,
- les conclusions de M. Hegesippe,
- et les observations de Me Sémonin pour la société SOPRIM, le directeur régional des finances publiques de la Guyane n'étant pas représenté.
Considérant ce qui suit :
1. La société par actions simplifiée (SAS) SOPRIM, qui exerce une activité de location et de promotion immobilière, a fait l'objet, du 2 avril au 24 septembre 2019, d'une vérification de sa comptabilité pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2017, à l'issue de laquelle l'administration a, d'une part, remis en cause le caractère déductible des dotations aux provisions pour dépréciation des comptes clients prévues en 2016 et en 2017 ainsi que des dotations aux provisions pour remise en état prévues en 2016, d'autre part, réintégré dans ses résultats de l'exercice clos en 2016, premier exercice non prescrit, le montant de 326.126 euros enregistré au crédit du compte 491000 " provision dépréciation comptes clients ". La société SOPRIM demande l'annulation de la procédure de vérification de comptabilité, puis la décharge des suppléments d'impôt sur les sociétés auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et en 2017, d'un montant total de 222.213 euros en droits et pénalités, subsidiairement la décharge des majorations et pénalités d'un montant de 31.756 euros.
Sur la demande d'annulation :
2. Il appartient seulement au juge de l'impôt statuant sur un recours de plein contentieux de prononcer la décharge ou la restitution d'une imposition. Les conclusions de la société SOPRIM tendant à l'annulation de la procédure de vérification de sa comptabilité ne sont, dès lors, pas recevables.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
3. L'incompétence territoriale des agents des services fiscaux pour contrôler les déclarations d'un contribuable et lui notifier les redressements est un vice substantiel entachant d'irrégularité la procédure d'imposition.
4. La société requérante invoque les dispositions de l'article 1er du décret du 12 septembre 1996 relatif à la compétence des fonctionnaires de la direction générale des impôts en matière d'assiette et de contrôle des impositions, reprises par le II de l'article 350 terdecies de l'annexe III au code général des impôts, en vertu desquelles les fonctionnaires titulaires de la direction générale des impôts appartenant à des corps des catégories A et B peuvent exercer leurs attributions à l'égard, notamment des personnes morales qui ont déposé ou auraient dû déposer dans le ressort territorial de leur service d'affectation une déclaration, un acte ou tout autre document. En vertu du I de l'article 2 de l'arrêté du 16 mars 2012 relatif aux directions spécialisées de contrôle fiscal de la direction générale des finances publiques (Dircofi), les directions spécialisées de contrôle fiscal assurent, dans la limite de leur ressort territorial et sans préjudice des compétences des autres services déconcentrés et des services à compétence nationale de la direction générale des finances publiques, toutes opérations relatives à l'assiette et au contrôle des impôts à l'égard, notamment des personnes morales qui ont déposé ou auraient dû déposer, auprès des services de la direction générale des finances publiques du ressort territorial desdites directions spécialisées, une déclaration, un acte ou tout autre document. En vertu de l'article 1er du même arrêté et de son annexe, le ressort territorial de la Dircofi Sud-Est Outre-mer recouvre, notamment, la Guyane.
5. Aux termes du 1 de l'article 218 A du code général des impôts : " L'impôt sur les sociétés est établi au lieu du principal établissement de la personne morale. Toutefois, l'administration peut désigner comme lieu d'imposition : soit celui où est assurée la direction effective de la société ; soit celui de son siège social. " et en vertu du IV de l'annexe 3 au même code, les déclarations doivent être remises en double exemplaire au service des impôts du siège de la direction de l'entreprise ou, à défaut, du lieu du principal établissement.
6. La société SOPRIM, immatriculée au registre du commerce et des sociétés de Cayenne en 1992, a établi son siège social à Paris. Elle a déposé l'ensemble de ses déclarations fiscales au service des impôts des entreprises de Cayenne et ne soutient pas que l'établissement de Cayenne ne serait pas son principal établissement au sens des dispositions citées au point précédent. La vérification de sa comptabilité a été a assurée par un agent de catégorie A affecté à la 20ème brigade régionale de vérification de la Dircofi Sud-Est Outre-mer en Guadeloupe. Ainsi, les redressements en litige n'ont pas été notifiés par un agent territorialement incompétent.
Sur le bien-fondé des impositions :
7. En vertu du 2 de l'article 38 du code général des impôts : " le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt (). L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés ". Il résulte des dispositions du 5° du I de l'article 39 du même code qu'une entreprise peut valablement porter en provision et déduire des bénéfices imposables d'un exercice des sommes correspondant à des pertes ou charges qui ne seront supportées qu'ultérieurement par elle, à la condition que ces pertes ou charges soient nettement précisées quant à leur nature et susceptibles d'être évaluées avec une approximation suffisante, qu'elles apparaissent comme probables eu égard aux circonstances constatées à la date de clôture de l'exercice et qu'elles se rattachent par un lien direct aux opérations de toute nature déjà effectuées à cette date par l'entreprise.
8. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits nécessaires au succès de sa prétention, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des créances de tiers, amortissements, provisions et charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité
En ce qui concerne les provisions pour dépréciation des comptes clients :
9. La société SOPRIM fait valoir que les provisions pour dépréciation des comptes clients constituées au titre des années 2016 et 2017 pour des montants respectifs de 251.939 euros et de 136.292 euros sont justifiées en vertu du principe de prudence énoncé par l'article L.123-20 du code de commerce, compte tenu de la forte probabilité du risque d'impayé révélé tant par l'ancienneté des créances nées en 2012, 2013 et 2015 que par la situation des créanciers, structures commerciales, sans responsabilité des associés, au faible capital et n'ayant pas publié régulièrement leurs comptes. Ni ces allégations, au demeurant non établies, ni l'ancienneté des créances ne suffisent, en l'absence de tout élément attestant des diligences entreprises en vue du recouvrement des loyers, à établir que les créances en litige présentaient un risque de non-recouvrement lors des exercices clos en 2016 et 2017. Ces créances ne pouvaient, dès lors, justifier la constitution d'une provision dans les conditions prévues par les dispositions précitées du 5° du 1 de l'article 39 du code général des impôts. C'est donc à bon droit que l'administration a réintégré les dotations aux provisions dans les bases imposables de la société au titre des exercices clos en 2016 et en 2017.
En ce qui concerne la provision pour travaux de remise en état :
10. Les provisions pour la réalisation de travaux d'entretien ou de réparation sont déductibles à la condition que ceux-ci excèdent par leur nature et par leur importance, sans pour autant procurer à l'entreprise une augmentation de ses valeurs d'actif, les travaux d'entretien ou de réparation dont le coût entre dans les charges annuelles normales de l'entreprise.
11. L'administration a remis en cause la déductibilité de la provision enregistrée au crédit du compte 158100 " provision pour remise en état ", constituée pour des travaux de réfection totale de l'installation électrique des immeubles d'un montant de 614.379 euros, de réfection de toiture d'un montant de 24.000 euros et de remplacement des fermetures d'un montant de 48.782 euros. Si la société SOPRIM fait valoir que ces travaux, rendus nécessaires par la dégradation des bâtiments, non conformes aux normes, résultent de ses obligations légales et contractuelles à l'égard de ses locataires, par leur nature et leur ampleur, ces travaux de remise en état, qui ont pour effet d'augmenter la valeur des immeubles, sont susceptibles de faire l'objet, non d'une provision, mais d'un amortissement, sans que l'absence de répercussion sur les loyers ou de refacturation aux locataires ne puisse être utilement invoquée. C'est donc à bon droit que l'administration a réintégré le montant de 686.861,52 euros dans les bases d'imposition de la société au titre de l'exercice clos en 2016.
12. La société SOPRIM invoque l'absence de remise en cause à l'issue de précédents contrôles de cette provision, inscrite en comptabilité à compter de l'exercice clos en 2008, et soutient que l'administration fiscale a abrogé une décision individuelle créatrice de droit après l'expiration du délai de quatre mois prévu par l'article L.242-1 du code des relations entre le public et l'administration. Si l'administration fiscale n'a pas mis en recouvrement des rappels de même nature au titre des années antérieures, cette décision, dont l'existence n'est au demeurant pas établie, n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L.242-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui ne peuvent être utilement invoquées qu'à l'encontre des actes détachables de la procédure d'imposition susceptibles d'être contestés par la voie du recours pour excès de pouvoir. L'absence de rehaussements antérieurs ne constitue pas une prise de position formelle sur la situation de fait du contribuable au regard d'un texte fiscal qui serait opposable à l'administration sur le fondement des dispositions, à les supposer invoquées, des articles L.80 A et L.80 B du livre des procédures fiscales dans leur rédaction alors applicable, antérieure à l'entrée en vigueur de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018, prévoyant son applicabilité aux prises de position tacites prises lors des contrôles dont les avis sont adressés à compter du 1er janvier 2019, postérieurement aux précédents contrôles invoqués par la société SOPRIM.
En ce qui concerne le dernier chef de redressement :
13. La société requérante n'invoque aucun moyen à l'encontre des impositions résultant de la réintégration dans ses résultats de l'exercice clos en 2016, premier exercice non prescrit, du montant de 326.126 euros porté en " à nouveau " au crédit du compte 491000 " provision deprec clients " et non justifié.
Sur les pénalités :
14. D'une part, aux termes des deux premiers alinéas de l'article 1728 du code général des impôts dans sa rédaction applicable aux années en litige : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : a. 10 % en l'absence de mise en demeure ou en cas de dépôt de la déclaration ou de l'acte dans les trente jours suivant la réception d'une mise en demeure, notifiée par pli recommandé, d'avoir à le produire dans ce délai ; ". D'autre part, en vertu du premier alinéa du I de l'article 1727 du même code, toute créance de nature fiscale, dont l'établissement ou le recouvrement incombe aux administrations fiscales, qui n'a pas été acquittée dans le délai légal donne lieu au versement d'un intérêt de retard.
15. La société requérante, qui a été assujettie, d'une part, à la majoration de 10 % prévue par les dispositions précitées de l'article 1728 du code général des impôts pour avoir déposé ses déclarations 2016 et 2017 hors délai, respectivement les 10 juillet 2007 et 10 juillet 2018, d'autre part, à l'intérêt de retard dû en vertu de l'article 1727 du même code, se borne à invoquer sa bonne foi, alors que la majoration et l'intérêt de retard sont dus sans qu'il y ait lieu de rechercher si le contribuable était, ou non, de bonne foi.
16. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 15 que la société SOPRIM n'est pas fondée à demander la décharge, en droits et pénalités, des impositions en litige.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative :
17. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société SOPRIM est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société SOPRIM et au directeur du contrôle fiscal Sud-Esdt Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 21 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Gillmann, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
M.T. LACAULe président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
R. DELMESTRE GALPE
La République mande et ordonne au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice s à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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