jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2200461 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CARLINI ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 avril 2022 et le 8 avril 2024,
Mme C A, représentée par Me Laillet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Cayenne à lui verser les sommes de 3 028,65 euros au titre de formations continues et 38 927,74 euros au titre de temps de travail additionnel ;
2°) d'enjoindre au centre hospitalier de Cayenne de lui délivrer un bulletin de paye correspondant à ces versements et de lui permettre de bénéficier de 39 jours de congés acquis sur son compte épargne temps avant la liquidation de ses droits à la retraite ou, à défaut, d'être payés à hauteur de 11 700 euros dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cayenne la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- elle a engagé des frais pour suivre une formation continue entre 2018 et 2020 et ces frais ne lui ont pas été remboursés, à hauteur de 3 028,65 euros ;
- elle a effectué du temps de travail additionnel devant être rémunéré à hauteur de 38 927,74 euros ;
- elle disposait, à la fin de l'année 2021, de 161 jours disponibles sur son compte épargne temps (CET).
La procédure a été communiquée au centre hospitalier de Cayenne, qui n'a pas présenté d'observations.
Par un courrier du 4 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que les conclusions tendant au remboursement des formations suivies en 2018 et 2019 étaient susceptibles de faire l'objet d'un non-lieu à statuer.
Par un courrier du 8 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur trois moyens d'ordre public, tirés de :
- une éventuelle irrecevabilité des conclusions tendant au remboursement de la formation suivie en 2020 ayant fait l'objet d'une décision administrative du 11 janvier 2021 favorable au remboursement et antérieure à l'introduction de la requête ;
- l'irrecevabilité des conclusions tendant au bénéfice de 161 jours de congés acquis sur son compte épargne temps, conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal ;
- l'irrecevabilité des conclusions tendant au versement d'une somme au titre du temps de travail additionnel dirigées contre une décision du 14 janvier 2022 confirmative de la décision du 23 novembre 2010 de rejet devenue définitive.
Mme A, représentée par Me Vicente, a présenté des observations en réponse à ces moyens d'ordre public le 15 avril 2024.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Schor,
- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du préfet de la Guyane du 4 janvier 1994, Mme B, épouse A a été nommée praticienne hospitalière au centre hospitalier de Cayenne à compter du
9 septembre 1993. Mme A a effectué du temps de travail additionnel entre 2008 et 2010, a cumulé des jours de congés sur son compte épargne temps (CET) et a suivi trois formations en 2018, 2019 et 2020. Elle a sollicité le 21 septembre 2010 la somme de 38 927,74 euros au titre de son temps de travail additionnel effectué en 2008, 2009 et 2010. Par un avis du 1er juillet 2019, la sous-commission chargée de la formation médicale continue (FMC) et du développement professionnel continu (DPC) s'est prononcée en faveur de la prise en charge des frais qu'elle avait engagés en 2019, à hauteur de 1 070 euros. Par un avis du 11 janvier 2021, cette commission s'est prononcée en faveur de la prise en charge de frais de formation engagée par Mme A en 2020, à hauteur de 1 200 euros, ainsi qu'elle l'avait demandé le 12 octobre 2020. Par un courrier du 9 décembre 2021, reçu par le centre hospitalier de Cayenne le 14 décembre 2021, Mme A a demandé au centre hospitalier de lui verser, les sommes de 779,25 euros au titre d'une formation suivie en 2018, 1 049,40 euros au titre d'une formation suivie en 2019, 1 200 euros au titre d'une formation suivie en 2020, et de nouveau 38 927,74 euros au titre de son temps de travail additionnel effectué en 2008, 2009 et 2010. Elle a également demandé dans ce courrier à pouvoir bénéficier des 185 jours inscrits sur son CET avant son départ en retraite en 2022. Le silence gardé pendant plus de deux mois par le centre hospitalier de Cayenne sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le
14 février 2022. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier à lui verser les sommes de 3 028,65 euros au titre de formations professionnelles et 38 927,74 euros au titre de temps de travail additionnel. Elle demande également d'enjoindre au centre hospitalier de la faire bénéficier de 39 jours de congés inscrits sur son CET avant son départ en retraite ou, à défaut, de l'indemniser à hauteur de 11 700 euros sous astreinte de cent euros par jour de retard. Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 14 février 2022 en tant qu'elle rejette sa demande de prise en charge de frais de formation, d'une part, et sa demande de rémunération de temps de travail additionnel, d'autre part.
Sur le non-lieu partiel à statuer en ce qui concerne les conclusions tendant au remboursement des frais de formations suivies en 2018 et 2019 :
2. Il ressort des pièces du dossier que le centre hospitalier de Cayenne a remboursé en février 2023, postérieurement à l'introduction de l'instance, les frais engagés par Mme A pour suivre des formations professionnelles en 2018 et 2019, de sorte que la requérante a obtenu satisfaction sur ces points et qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au remboursement de ces formations.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 14 février 2022 en tant qu'elle rejette la demande de versement d'une somme au titre du temps de travail additionnel :
3. Aux termes de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation./ Le défaut de délivrance d'un accusé de réception n'emporte pas l'inopposabilité des délais de recours à l'encontre de l'auteur de la demande lorsqu'une décision expresse lui a été régulièrement notifiée avant l'expiration du délai au terme duquel est susceptible de naître une décision implicite. ". Cependant, aux termes de l'article L. 112-2 du même code : " Les dispositions de la présente sous-section ne sont pas applicables aux relations entre l'administration et ses agents. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a demandé au centre hospitalier de lui verser la somme de 38 927,74 euros au titre de temps de travail additionnel effectué entre 2008 et 2010 par une lettre du 21 septembre 2010 reçue par le centre hospitalier le 23 septembre 2010. Le silence gardé par le centre hospitalier pendant plus de deux mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet le 23 novembre 2010. Mme A était agent du centre hospitalier de Cayenne en septembre et novembre 2010. Par suite, elle ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 112-6 du code des relations entre le public et l'administration et le délai imparti à la requérante pour exercer un recours contre cette décision implicite expirait deux mois après l'intervention de cette décision, qui, en l'absence de recours, est devenue définitive le 24 janvier 2011. Dans ces conditions, la décision implicite de rejet de la réclamation de Mme A du 14 janvier 2022 présentait le caractère d'une décision confirmative de la décision implicite du 24 janvier 2011. Elle n'a pu, dès lors, avoir pour effet de rouvrir au profit de Mme A le délai du recours contentieux. Par suite, les conclusions de la requête enregistrée le 13 avril 2022 tendant au remboursement de la somme correspondant au temps de travail additionnel effectué par Mme A entre 2008 et 2010 sont tardives et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la recevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier de Cayenne de verser à Mme A une somme au titre de jours de congés inscrits sur le compte épargne temps :
5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. () ".
6. En dehors des cas expressément prévus par des dispositions législatives particulières, inapplicables en l'espèce, du code de justice administrative, il n'appartient pas au tribunal administratif d'adresser des injonctions à l'administration. Les conclusions à fin d'injonction de la requérante tendant à bénéficier de 161 jours de congés inscrits sur le compte épargne temps, sont sans lien avec les conclusions présentées à titre principal. Ainsi, les conclusions à fin d'injonction sont présentées à titre principal et n'entrent pas dans le champ d'application des dispositions précitées du code de justice administrative. Elles sont donc irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 14 février 2022, en tant qu'elle refuse la prise en charge des frais de formation suivie entre le 25 et le 28 novembre 2020 puis entre le 14 et le 16 janvier 2021 :
7. Aux termes de l'article 1er du décret du 21 août 2008 relatif à la formation professionnelle tout au long de la vie des agents de la fonction publique hospitalière : " La formation professionnelle tout au long de la vie comprend principalement les actions ayant pour objet : () / 2° De garantir, de maintenir ou de parfaire les connaissances et la compétence des agents en vue assurer : /() / c) Le développement de leurs connaissances ou compétences et l'acquisition de nouvelles connaissances ou compétences ; / () / 5° De proposer aux agents des actions de conversion leur permettant d'accéder à des emplois exigeant une qualification nouvelle ou à de nouvelles activités professionnelles ; / ()/. Aux termes de l'article 10 du même décret : " " Les établissements doivent consacrer au financement des actions de formation énumérées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 5° de l'article 1er 2,1 % au minimum du montant des revenus d'activité tels qu'ils sont pris en compte pour la détermination de l'assiette des cotisations définie à l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale inscrit à l'état des prévisions de recettes et de dépenses.() Ce financement couvre, pour les actions de formation précitées, le coût pédagogique, la rémunération des stagiaires en formation, leurs déplacements et leur hébergement. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 11 janvier 2021 antérieure à l'introduction de la présente requête, le centre hospitalier de Cayenne a édicté une décision favorable au remboursement des frais de formation suivie du 25 au 28 novembre 2020 puis du 14 au 16 janvier 2021 par Mme A, à hauteur de 1 200 euros. Toutefois, il n'est pas contesté que cette décision n'a pas été exécutée et en tout état de cause, lorsque la requérante a demandé le versement de cette somme de 1 200 euros par courrier reçu par le centre hospitalier de Cayenne le 14 décembre 2021, une décision implicite de rejet de cette demande est née le 14 février 2022 et a donc nécessairement mais implicitement eu pour effet de rapporter la précédente décision du 11 janvier 2021. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la prise en charge de cette formation suivie par la requérante en 2020-2021 n'était pas imputable au centre hospitalier de Cayenne. Dans ces conditions, Mme A est fondée à demander la prise en charge de la formation qu'elle a suivie du 25 au 28 novembre 2020 puis du 14 au 16 janvier 2021, à hauteur de 1 200 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'annulation de la décision du 14 février 2022, en tant qu'elle rejette sa demande de prise en charge d'une formation professionnelle suivie du 25 au 28 novembre 2020 puis du 14 au 16 janvier 2021.
Sur les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier de Cayenne de verser les sommes demandées et de délivrer un bulletin de paye correspondant :
10. Le présent jugement, qui annule la décision du 14 février 2022, en tant qu'elle rejette la demande de prise en charge d'une formation professionnelle suivie du 25 au 28 novembre 2020 puis du 14 au 16 janvier 2021, implique nécessairement que la somme correspondante soit versée à Mme A et qu'un bulletin de paye faisant apparaître cette somme lui soit délivré.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Cayenne une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 14 février 2022 du centre hospitalier de Cayenne est annulée en tant qu'elle refuse de prendre en charge la formation professionnelle suivie par
Mme A du 25 au 28 novembre 2020 puis du 14 au 16 janvier 2021, à hauteur de 1 200 euros.
Article 2 : Il est enjoint au centre hospitalier de Cayenne de verser à Mme A la somme de 1 200 euros au titre de la prise en charge de sa formation professionnelle suivie du 25 au 28 novembre 2020 puis du 14 au 16 janvier 2021et de lui délivrer un bulletin de paye correspondant.
Article 3 : Le centre hospitalier de Cayenne versera à Mme A une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au centre hospitalier de Cayenne.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 30 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
E. SCHOR
Le président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026