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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2200736

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2200736

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2200736
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantPAGE JULIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juin 2022, M. B A, représenté par Me Page, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner le recteur de l'académie de Guyane à lui payer la somme de 27 040,90 euros à titre de provision à valoir sur ses salaires ;

2°) sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au recteur de la Guyane de lui transmettre ses bulletins de salaire pour les mois de décembre 2021, février et mars 2022, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- en dépit de ses absences justifiées, il perçoit son traitement de manière irrégulière et incomplète depuis le mois de novembre 2021 ; depuis le mois de janvier 2022, son bulletin de salaire indique qu'il est en temps partiel ; il n'a perçu aucun salaire ni obtenu de bulletin de paie pour les mois de février et mars 2022 ; en avril 2022, il est en temps partiel, quotité de trois heures par semaine ;

- il se trouve totalement évincé par son remplaçant qui possède les codes d'accès à Pronote ; il n'est plus en mesure d'assurer la continuité pédagogique à distance, notamment par les cours en visio-conférence ;

- en dépit de multiples alertes quant à l'inaccessibilité de Pronote, le chef d'établissement n'a procédé à aucune amélioration ou prise en compte ; il ne saurait être tenu responsable de l'absence de continuité pédagogique ;

- s'il a été valablement remplacé en raison de son absence justifiée en septembre et octobre 2021, le maintien du professeur remplaçant dans ses classes le décrédibilise au regard des élèves et des parents ; le nom du remplaçant figurait sur l'emploi du temps du mois de janvier 2022 ainsi que sur les bulletins de notes des élèves ;

- le maintien de ce professeur remplaçant a pour conséquence de l'empêcher de dispenser ses dix-huit heures de cours et d'être, par suite, rémunéré ; il effectue une quotité horaire de trois heures par semaine au lieu de dix-huit heures ;

- il a perçu un acompte de 3 000 euros sans explication ;

- la créance salariale dont il se prévaut ne souffre d'aucune contestation sérieuse dès lors qu'aucun élément ne justifie l'absence de rémunération complète depuis le mois de novembre 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juillet 2022, le recteur de l'académie de Guyane conclut au rejet de la requête.

Le recteur fait valoir que :

- M. A a bénéficié d'autorisations de travail à distance jusqu'au 23 octobre 2021 mais n'y a pas donné suite ; en l'absence de reprise de son service en présentiel à compter du 8 novembre 2021 et en raison de la transmission tardive d'un arrêt de travail, son traitement a été suspendu ;

- La demande de provision à hauteur de 27 040,90 euros au titre des rappels sur salaire est devenue sans objet dès lors qu'une somme de 18 396,56 euros lui a été versée en juin 2022 ;

- La demande de communication des bulletins de salaires est irrecevable, faute pour le requérant d'avoir saisi, préalablement à son recours contentieux, la commission d'accès aux documents administratifs ; en tout état de cause, les bulletins sollicités n'existent pas, en l'absence de salaire versés ; toutefois, le bulletin de salaire du mois de juin 2022, qui procède au rappel des rémunérations, est assorti de trois feuillets complémentaires attestant de la prise en charge des mois de novembre 2021 à mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A exerce en qualité de maître de mathématique contractuel depuis le 1er février 1997 au sein du collège privé Externat Saint Joseph et du lycée privé Externat Saint Joseph pour une quotité horaire totale de dix-huit heures hebdomadaires. Par une décision du 1er juin 2021, M. A a été autorisé à bénéficier d'une autorisation spéciale d'absence du 1er juin 2021 jusqu'au 3 juillet 2021, compte tenu du contexte sanitaire et de l'avis du médecin conseiller technique du recteur. Par une décision du 20 septembre 2021, M. A a été autorisé, compte tenu du contexte sanitaire et de l'avis du médecin conseiller technique du recteur, à bénéficier d'une autorisation de travail à distance à compter du 8 septembre jusqu'au 30 septembre 2021. Par une décision du 1er octobre 2021, M. A a été autorisé, compte tenu toujours du contexte sanitaire et de l'avis du médecin conseiller technique du recteur, à bénéficier d'une autorisation de travail à distance à compter du 1er octobre 2021 jusqu'au 23 octobre 2021. Par un arrêté du 18 novembre 2021, le recteur de l'académie de Guyane a placé M. A en congé de maladie à plein traitement pour la période du 8 novembre 2021 au 19 novembre 2021. Par un courrier du 15 novembre 2021, le recteur de l'académie de Guyane a mis en demeure M. A de rejoindre son affectation dans un délai de cinq jours ouvrables à compter de la réception du courrier ou de justifier de son impossibilité de le faire pour raisons médicales, à défaut de quoi une radiation des cadres pour abandon de poste sera prononcée sans préavis ni indemnité de licenciement, et en dehors de toute procédure disciplinaire. Il informait également M. A de ce qu'il procédait à l'interruption de son traitement pour service non fait. Le 17 mars 2022, M. A a adressé un recours préalable au recteur de l'académie de Guyane tendant au paiement du rappel de ses salaires et à ce qu'il soit replacé en temps complet afin d'exercer sa quotité horaire de dix-huit heures hebdomadaires. Ce recours a été notifié à l'administration le 25 mars 2022. Du silence gardé par l'administration est née un rejet de sa demande. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, de condamner le recteur de l'académie de Guyane à lui payer la somme de 27 040,90 euros à titre de provision à valoir sur ses salaires et sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au recteur de la Guyane de lui transmettre ses bulletins de salaire pour les mois de décembre 2021, février et mars 2022, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur la demande de provision :

1. Considérant qu'aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie. " ;

2. Il appartient au juge des référés, dans le cadre de cette procédure, de rechercher si, en l'état du dossier qui lui est soumis, l'obligation du débiteur éventuel de la provision est ou n'est pas sérieusement contestable sans avoir à trancher ni de questions de droit se rapportant au bien-fondé de cette obligation, ni de questions de fait soulevant des difficultés sérieuses et qui ne pourraient être tranchées que par le juge du fond éventuellement saisi. Pour apprécier si l'existence d'une obligation est dépourvue de caractère sérieusement contestable, le juge des référés peut s'appuyer sur l'ensemble des éléments figurant au dossier qui lui est soumis pourvu qu'ils présentent un caractère de précision suffisante et qu'ils aient été soumis à la contradiction des parties.

3. Pour demander la condamnation du recteur de l'académie de Guyane à lui payer la somme de 27 040,90 euros à titre de provision à valoir sur ses salaires, M. A soutient notamment qu'il perçoit son traitement de manière irrégulière et incomplète depuis le mois de novembre 2021. Il résulte toutefois de l'instruction que l'administration a procédé à la régularisation de sa situation en juin 2022 en lui attribuant la somme de 18 396,56 euros correspondant au complément de son salaire et différentes majorations de traitement pour les mois de novembre 2021 à mai 2022. Dans ces conditions, et alors que M. A ne conteste pas percevoir désormais l'intégralité de ses traitements à compter du mois de novembre 2021, les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative ont perdu leur objet en cours d'instance. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. M. A demande au juge du référé provision, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au recteur de la Guyane de lui transmettre ses bulletins de salaire pour les mois de décembre 2021, février et mars 2022, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

5. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Il résulte de ces dispositions que le juge des référés, saisi d'une demande sur le fondement de ces dispositions, peut prescrire toutes mesures ayant un caractère provisoire ou conservatoire, à condition que ces mesures soient utiles, justifiées par l'urgence, ne fassent obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave. Enfin, aux termes des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative, " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. " et : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ". Il résulte de ces dispositions que, en dehors des cas expressément prévus par ailleurs par l'article L. 521-3 du même code, il n'appartient pas au juge des référés d'adresser des injonctions à titre principal.

6. Il ressort des prescriptions des titres II et IV du livre V du code de justice administrative, que les demandes formées devant le juge des référés sur le fondement des articles L. 521-3 et R. 541-1 sont présentées, instruites, jugées et, le cas échéant, susceptibles de recours selon des règles distinctes. Dès lors, elles ne peuvent, sous peine d'irrecevabilité, être présentées simultanément dans une même requête.

7. La demande de M. A contient des conclusions formulées sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative et des conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du même code. Aucune de ces conclusions n'est présente comme subsidiaire par rapport à l'autre. Par suite, les conclusions tendant à enjoindre recteur de la Guyane de lui transmettre ses bulletins de salaire pour les mois de décembre 2021, février et mars 2022, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. A.

O R D O N N E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande de provision présentée par M. A.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au recteur de l'académie de Guyane.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le juge des référés,

Signé

L. MARTIN

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier en chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. PAUILLAC

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