jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2200792 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | GUEZENNEC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 17 juin 2022 et le 16 avril 2024,
la compagnie minière Coorei, représentée par Me Guezennec, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 156 248 euros en réparation de son préjudice matériel et 50 000 euros en réparation de l'atteinte à sa réputation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L .761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur le seul fondement d'un jugement rendu en mai 2018 par le tribunal correctionnel de Cayenne, alors que l'arrêt d'appel a été cassé par la Cour de cassation en 2022 et que sa gérante, Mme B A, a ensuite été relaxée, le préfet de la Guyane a illégalement annulé les autorisations d'exploiter (AEX) 04/2016 et 23/2016 dont elle était titulaire ;
- cet arrêté préfectoral est entaché d'illégalité fautive et le juge des référés du tribunal administratif de Cayenne en a suspendu l'exécution en raison de son illégalité, il a ensuite été retiré par le préfet en application de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration, ce qui établit également son illégalité ;
- l'illégalité de l'arrêté préfectoral est également caractérisée par :
o le défaut de procédure contradictoire préalable ;
o le défaut de mise en demeure préalable ;
o une erreur de droit car seule sa gérante avait été condamnée pénalement ;
- elle a subi un préjudice matériel en raison de la cessation de son exploitation aurifère du fait de cet arrêté entre le 22 juin 2018 et le 22 septembre 2018, qui a été estimé par un expert-comptable à 156 248 euros ;
- elle a également subi du fait de cet arrêté préfectoral une atteinte à sa réputation devant être indemnisée à hauteur de 50 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 août 2023, le préfet de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'illégalité de l'arrêté retiré n'est pas établie, alors que ce n'est que provisoirement que son exécution a été suspendue et que le juge du fond a constaté qu'il n'y avait plus lieu d'y statuer ;
- il était fondé à prendre cet arrêté du 22 juin 2018 dès lors que la société requérante ne respectait plus les prescriptions des arrêtés d'AEX 04/2016 et 23/2016 et que ses capacités techniques étaient mises en défaut ;
- l'arrêté du 22 juin 2018 est également fondé au regard des dispositions des articles L.173-5 et L.611-15 du code minier ;
- le préjudice matériel n'est pas établi et l'atteinte à la réputation n'est ni réelle ni certaine.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code minier ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Schor ;
- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;
- et les observations de Me Guézennec, représentant la compagnie minière Coorei et de Mme C, représentant le préfet de la Guyane.
Considérant ce qui suit :
1. La compagnie minière Coorei était titulaire de deux autorisations d'exploiter (AEX) des mines aurifères, notamment l'AEX 23/2016 sur le territoire de la commune de Roura. Par un jugement du tribunal correctionnel de Cayenne du 22 mai 2018, la gérante de la compagnie minière Coorei, Mme B A, a été reconnue coupable de transport d'or natif sans présentation de justificatif à Régina et Matoury entre le 14 et le 16 mars 2018 et d'exécution de travail dissimulé du 1er avril 2016 au 14 mars 2018. Par un arrêté du 22 juin 2018, le préfet de la Guyane a annulé les AEX 04/2016 et 23/2016 attribuées à la compagnie minière Coorei. La société requérante a exercé un recours en référé pour obtenir la suspension de l'exécution de cet arrêté, et cette suspension a été ordonnée le 13 septembre 2018 par le présent tribunal. L'arrêté du 22 juin 2018 a ensuite été retiré par le préfet de la Guyane et le juge de la légalité de cet arrêté a constaté qu'il n'y avait plus lieu d'y statuer par un jugement du 18 juillet 2019. En exécution de l'arrêté du 22 juin 2018, la compagnie minière Coorei a cessé son activité d'exploitation aurifère autorisée en vertu de l'AEX 23/2016 notamment. Elle a ensuite adressé au préfet de la Guyane une demande tendant à la réparation de ses préjudices matériels et moraux à hauteur de 206 248 euros. Cette demande a été reçue en préfecture le 7 avril 2022 et le silence gardé dessus pendant plus de deux mois par le préfet a fait naître une décision implicite de rejet le 7 juin 2022. Par la présente requête, la compagnie minière Coorei demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 156 248 euros en réparation de son préjudice matériel et 50 000 euros en réparation de l'atteinte à sa réputation.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
2. La circonstance que le juge des référés du présent tribunal, ayant eu un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté préfectoral du 22 juin 2018, en ait suspendu l'exécution, ne saurait permettre d'établir l'illégalité de cet arrêté, eu égard au caractère provisoire de l'ordonnance de référé. En outre, il résulte de l'instruction que le juge du fond ne s'est pas prononcé sur la légalité de cet arrêté qui a été retiré avant qu'il ne statue. De même, la circonstance que le préfet ait exécuté l'ordonnance de référé du 13 septembre 2018, en retirant l'arrêté du 22 juin 2018, ne suffit pas à établir l'illégalité de cet arrêté, alors qu'il n'est pas établi que ce retrait aurait été pris en application de l'article L. 243-3 du code des relations entre le public et l'administration.
3. Cependant, en principe, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain. La responsabilité de l'administration ne saurait être engagée pour la réparation des dommages qui ne trouvent pas leur cause dans cette illégalité mais découlent directement et exclusivement de la situation irrégulière dans laquelle la victime s'est elle-même placée, indépendamment des faits commis par la puissance publique, et à laquelle l'administration aurait pu légalement mettre fin à tout moment. Par ailleurs, si l'intervention d'une décision illégale peut constituer une faute susceptible d'engager la responsabilité de la collectivité publique, elle ne saurait donner lieu à réparation si, dans le cas d'une procédure régulière, la même décision aurait pu légalement être prise.
Quant à la légalité externe de l'arrêté du 22 juin 2018 :
4. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L.122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. () " et aux termes de l'article
L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ".
5. Il résulte de l'instruction que l'arrêté du 22 juin 2018 retire ou abroge deux AEX dont était titulaire la société requérante. Dès lors, il entre dans la catégorie des décisions devant être motivées au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il résulte des dispositions précitées du même code qu'il devait donc être, de ce fait, soumis au respect d'une procédure contradictoire préalable. Il n'est pas contesté et il résulte de l'instruction que tel n'a pas été le cas. Dans ces conditions, la compagnie minière Coorei est fondée à soutenir que l'arrêté du 22 juin 2018 est entaché d'un premier vice de légalité externe.
6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 611-15 du code minier : " L'autorisation d'exploitation peut, après mise en demeure, être retirée à son détenteur, dans les cas prévus à l'article L. 173-5 ou en cas de non-respect des conditions générales fixées en application des dispositions des articles L. 611-4, L. 611-5 et L. 611-35. ".
7. Il résulte de ces dispositions que l'arrêté du 22 juin 2018 portant retrait de deux AEX devait être précédé d'une mise en demeure. Il n'est pas contesté et il résulte de l'instruction que tel n'a pas été le cas. Dans ces conditions, la compagnie minière Coorei est fondée à soutenir que l'arrêté du 22 juin 2018 est entaché d'un second vice de légalité externe.
Quant à la légalité interne de l'arrêté du 22 juin 2018 :
8. L'arrêté attaqué du 22 juin 2018 est fondé sur trois motifs : l'application de l'article L. 512-6 du code minier d'une part, la constatation par des agents assermentés du transport et de la détention d'or natif sans justificatif de transport valide par Mme B A d'autre part, et enfin la circonstance que les critères d'obtention d'une AEX ne sont plus garantis par le fait que les capacités techniques de la société titulaire, selon les prescriptions des AEX de 2016, sont mises en défaut.
9. Aux termes de l'article L. 512-6 du code minier : " Les personnes morales déclarées responsables pénalement, dans les conditions prévues par l'article 121-2 du code pénal, des infractions définies aux articles L. 512-1, L. 512-2 et L. 512-5 du présent code encourent, outre l'amende suivant les modalités prévues par l'article 131-38 du code pénal, les peines prévues par les 2° à 6°, 8° et 9° de l'article 131-39 de ce code. ".
10. Le champ d'application de cet article n'inclut que les personnes morales et non les personnes physiques, alors que, à la date de l'arrêté attaqué, seule la personne physique gérante de la société avait été déclarée responsable pénalement. Par suite, la compagnie minière Coorei est fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de droit tenant à la méconnaissance du champ d'application de la loi sur ce point.
11. En ce qui concerne le transport et la détention d'or natif sans justificatif de transport valide, d'une part ce constat, à le supposer établi, ne constitue pas une infraction administrative mais une infraction pénale, de sorte qu'il ne relève que du juge pénal, qui s'en est d'ailleurs saisi, d'autre part il concerne la gérante, personne physique, et non la société requérante. Aucun texte ne prévoit de conséquence sur la société en cas de transport et la détention d'or natif sans justificatif de transport valide par la gérante personne physique.
12. Enfin, alors que l'arrêté attaqué est également fondé sur la circonstance que les critères d'obtention d'une AEX ne sont plus garantis par le fait que les capacités techniques de la société titulaire, selon les prescriptions des AEX de 2016, sont mises en défaut, la défaillance des capacités techniques de la société n'est établie par aucun élément.
13. Dans ces conditions, et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que la même décision que celle résultant de l'arrêté litigieux du 22 juin 2018 aurait pu légalement être prise, la compagnie minière Coorei est fondée à soutenir que cet arrêté est entaché d'illégalités fautives ayant entraîné la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne les préjudices :
14. Il résulte de l'instruction que c'est pour exécuter l'arrêté litigieux du 22 juin 2018 que la société requérante a cessé son activité aurifère autorisée par les AEX de 2016 annulées. Il n'est pas contesté que l'activité de la société a repris dès le 22 septembre 2018, suite à l'ordonnance de référé suspension du 13 septembre 2018. La compagnie minière Coorei soutient par ailleurs également sans être contestée qu'elle a cessé son activité dès le 22 juin 2018. Dans ces conditions, la période de cessation de son activité, en exécution de l'arrêté préfectoral du
22 juin 2018, est de trois mois et le lien de causalité entre l'arrêté litigieux et la cessation d'activité, dont la société demande réparation, est établi.
Quant au préjudice financier :
15. Si le préfet de la Guyane allègue que l'activité minière serait caractérisée par une pause estivale, cette pause n'est pas établie. Par ailleurs, le préfet de la Guyane se borne à faire valoir que la société requérante ne produit aucun document de nature à établir son préjudice matériel, alors que cette dernière produit deux rapports circonstanciés d'expert-comptable faisant apparaître notamment les recettes de la société aux mêmes périodes lors des années précédentes ainsi que les charges non imputées en raison de la cessation d'activité. Ce faisant, il ne conteste donc pas sérieusement l'estimation du préjudice financier faite par la société requérante.
16. Dans ces conditions, il sera fait une exacte appréciation du préjudice financier subi par la compagnie minière Coorei en raison de l'arrêté préfectoral du 22 juin 2018 en l'établissant à 156 248 euros.
Quant à l'atteinte à la réputation de la société :
17. Le préjudice de réputation allégué par la société requérante n'est établi par aucune pièce. En outre, si dans son arrêt du 23 juin 2023, la cour d'appel de Cayenne a en effet relaxé Mme B A des faits de transport et détention de 4 983 grammes d'or natif, elle a, contrairement à ce que soutient la requérante, reconnu la gérante de la société coupable de détention et transport de 1 538 grammes d'or natif et l'a condamnée à un emprisonnement de douze mois avec sursis. Le lien de causalité entre une atteinte à la réputation de la société requérante et l'arrêté du 22 juin 2018 n'est en tout état de cause pas établi, de sorte que la compagnie minière Coorei n'est pas fondée à demander réparation de ce préjudice.
18. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à la compagnie minière Coorei la somme de 156 248 euros en réparation de son préjudice matériel.
Sur les frais liés au litige :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par la compagnie minière Coorei et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à la compagnie minière Coorei la somme de 156 248 euros.
Article 2 : L'Etat versera à la compagnie minière Coorei une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la compagnie minière Coorei et au préfet de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe 30 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
E. SCHOR Le président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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