jeudi 23 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2200962 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CABINET TAIEBI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 12 juillet 2022 et 23 avril 2024, M. D E, représenté par Me Taiebi, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquels il a été assujetti au titre des années 2014 et 2015, pour des montants respectifs de 162.262 euros et de 106.970 euros ;
2°) de rejeter la demande de compensation présentée par l'administration ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3.000 euros au titre de l'article L.76I-I du code de justice administrative.
M. E soutient que :
- il résulte des dispositions des articles L.169, L.169 A et L.189 du livre des procédures fiscales que le droit de reprise de l'administration était expiré ; ce délai de prescription de trois ans, qui a recommencé à courir à compter de la notification de la proposition de rectification du 31 juillet 2017, a expiré le 1er août 2020 ; l'administration fiscale ne pouvait donc valablement mettre à sa charge les impositions en litige le 3 mai 2022 ;
- l'administration fiscale a méconnu le principe de séparation des deux structures d'exercice professionnel liées par une convention et n'ayant pas les mêmes clients ;
- les modalités d'encaissement des revenus réalisés par la Selarl sont indifférentes ;
- l'administration fiscale ne pouvait valablement l'imposer sur des revenus qu'il n'a pas réalisés ou dont il n'avait pas la libre disposition, faute d'en être propriétaire ;
- l'article 93 du code général des impôts ne fait pas référence à la nature des flux pour déterminer si une recette doit être considérée comme encaissée ;
- il ressort de la doctrine administrative BOI-BNC-BASE-20-10-10-20160706 qu'il existe un flux économique avéré entre les deux structures, caractéristique d'un règlement par inscription en compte ;
- la position de l'administration fiscale revient à écarter les dispositions du droit civil et du droit comptable qui considèrent la compensation par inscription en compte courant bancaire ou d'associé comme un mode d'extinction des obligations ;
- les montants de 346.915 euros et de 305.454 euros ont fait l'objet d'une double imposition ;
- la convention prévoit qu'à défaut d'encaissement direct de la facture par la Selarl, il est prévu que le montant soit porté au passif du cabinet.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la Guyane conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé, subsidiairement, il demande la compensation prévue par l'article L.203 du livre des procédures fiscales, compte tenu de la minoration des encaissements des honoraires respectifs de 117.512 euros et 134.139 euros au titre des années en litige, déclarés à tort comme rétrocédés.
Par un courrier du 23 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R.611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré de ce que compte tenu des dégrèvements obtenus le 3 mai 2022, les conclusions en décharge sont dans cette mesure privées d'objet.
Par un mémoire du 24 avril 2024, en réponse au moyen d'ordre public, M. E, ramène aux montants respectifs de 151.352 euros et de 104.642 euros les suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales dont il demande la décharge au titre des années 2014 et 2015.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lacau,
- les conclusions de M. Hegesippe, rapporteur public,
- puis les observations de Me Taiebi pour M. E, le directeur régional des finances publiques de la Guyane n'étant pas représenté.
Vu la note en délibéré, enregistrée le 2 mai 2024, présentée par M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, qui exerce la profession d'avocat, est soumis à l'impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices non commerciaux (B). Il est, en outre, le gérant et l'unique associé de la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (Selarl) cabinet E et associés, qui exerce la même activité avec une clientèle de professionnels et à qui une partie du fonds libéral d'avocat a été transférée le 9 juillet 2008. Le 18 novembre suivant, M. E et la Selarl cabinet E et associés ont conclu un protocole d'accord ayant pour objet la mise à disposition à la Selarl de locaux, de services logistiques et de personnel administratif. Lors de la vérification de la comptabilité de l'entreprise individuelle de M. E, l'administration fiscale a constaté l'encaissement d'honoraires nets de 761.250 euros et de 712.168 euros respectivement en 2014 et en 2015. Elle a réintégré dans ses bases d'imposition aux B les montants respectifs de 346.914 euros et de 305.454 euros reversés à la Selarl, qui les avait intégrés dans sa déclaration de résultats au titre de l'impôt sur les sociétés. M. E demande la décharge des suppléments d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquels il a été assujetti de ce chef pour des montants respectifs de 151.352 euros et de 104.642 euros au titre des années 2014 et 2015.
2. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L.169 du livre des procédures fiscales : " Pour l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés, le droit de reprise de l'administration des impôts s'exerce jusqu'à la fin de la troisième année qui suit celle au titre de laquelle l'imposition est due ". Aux termes du premier alinéa de l'article L.189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, par la déclaration ou la notification d'un procès-verbal, de même que par tout acte comportant reconnaissance de la part des contribuables et par tous les autres actes interruptifs de droit commun. ". En l'espèce, le délai de prescription de trois ans a valablement été interrompu par la notification de la proposition de rectification du 31 juillet 2017 et les impositions ont été mises en recouvrement par voie de rôle, non le 3 mai 2022 comme le soutient le requérant, mais le 31 janvier 2020, avant que la prescription d'assiette ne soit acquise. Le moyen tiré de l'expiration du délai de reprise prévu par l'article L.169 du livre des procédures fiscales ne peut, dès lors, qu'être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 12 du code général des impôts : " L'impôt est dû chaque année à raison des bénéfices ou revenus que le contribuable réalise ou dont il dispose au cours de la même année ". Aux termes du 1 de l'article 92 du même code : " Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus. ". Enfin, selon le 1 de l'article 93 dudit code : " Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession () ".
4. S'agissant des B, les recettes professionnelles à prendre en compte s'entendent des sommes effectivement encaissées ou mises à la disposition du contribuable au cours de l'année d'imposition. Il n'en va différemment que si l'intéressé n'a pu ou n'aurait pu, en fait ou en droit, effectuer un prélèvement au plus tard le 31 décembre.
5. Il ressort des extraits du grand livre des comptes généraux de l'entreprise individuelle de M. E que le compte 706000 " prestations de services " a été débité sous l'intitulé " Q/P refacturation honoraires Selarl " des montants respectifs de 346.914,45 euros en 2014 et de 304.454 euros par le crédit du compte 108000 " compte de l'exploitant ". M. E soutient que ces sommes constituent, non des rétrocessions d'honoraires, mais des montants facturés par l'entreprise individuelle pour le compte de la Selarl " à constater directement au compte de l'exploitant et non en produit du B ". Il ajoute que l'article 93 du code général des impôts ne fait pas référence à la nature des flux pour déterminer si une recette a été encaissée, puis que la position de l'administration fiscale est contraire aux dispositions du droit civil et du droit comptable selon lesquelles la compensation par inscription en compte courant d'associé constitue un mode d'extinction des obligations. Il invoque, enfin, d'une part, les résolutions 3 des procès-verbaux des décisions de la Selarl pour les exercices en cause, mentionnant que l'associé unique constate que le cabinet M. E (B) a " facturé pour le compte de la Selarl " les montants respectifs de 346.914 euros et de 305.454 euros aux clients, d'autre part, le protocole d'accord du 18 novembre 2008 prévoyant, après la période transitoire, les encaissements directs par la Selarl et à défaut le versement sur " un compte de passif du cabinet au profit de la Selarl ". Toutefois, comme le fait valoir l'administration fiscale, seul le requérant peut être regardé comme ayant disposé des montants en cause, portés au crédit, non d'un compte ouvert au profit de la Selarl, mais de son compte courant d'associé, ce crédit révélant une dette envers lui. Il ne résulte pas de l'instruction et n'est d'ailleurs pas allégué que M. E aurait été dans l'impossibilité, en fait ou en droit, d'effectuer des prélèvements au plus tard les 31 décembre 2014 et 2015.
6. Enfin, le point 60 du V. " Inscription en compte courant " de la documentation administrative BOI-BNC-BASE-20-10-10, au demeurant publiée le 6 juillet 2016 postérieurement aux années d'imposition en litige, qui se borne à rappeler le principe énoncé au point 4, ne donne pas une interprétation différente de la loi fiscale.
7. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander la décharge des impositions en litige. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L.76I-I du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au directeur régional des finances publiques de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Lacau, première conseillère,
M. Gillmann, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
M.T. LACAULe président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
M. A C
La République mande et ordonne au ministre de l'Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement
Pour expédition conforme,
La greffière en Cheffe,
Ou par délégation la greffière,
Signé
S. MERCIER
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026