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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201249

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201249

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201249
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantSELARL PAREYDT-GOHON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2022, la SARL Guyanaise de transport international, représentée par Me Khiter, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'avis des sommes à payer n° H0067024 émis le 4 novembre 2021 par le centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon" pour un montant de 606 250 euros, ensemble la lettre de relance du 3 août 2022 que lui a adressé le comptable public de la trésorerie hospitalière de Cayenne pour un montant de 468 375 euros ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon" la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire en litige porte sur une créance non exigible dès lors que le centre hospitalier ne l'a pas fait précéder du règlement définitif des comptes ;

- il ne mentionne pas les bases de la liquidation en méconnaissance des dispositions de l'article 24 du décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- il est fondé sur une créance inexistante dès lors que les prestations effectuées postérieurement au mois de novembre 2020 ont été réalisées dans le cadre de contrats de gré à gré et le centre hospitalier a validé les différents bons de commande.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, le centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon", représenté par Me Pareydt, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SARL Guyanaise de transport international au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable car tardive ;

- les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par un courrier du 13 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions à fin d'annulation de la lettre de relance du 3 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la santé publique ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- l'arrêté du 19 janvier 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales des marchés publics de fournitures courantes et de services ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gillmann, conseiller ;

- les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public ;

- et les observations de Me Sebillotte, substituant Me Khiter, représentant la SARL Guyanaise de transport international.

Le centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon" n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre d'un accord mono-attributaire à bons de commande sans minimum ni maximum portant sur des prestations par voie fluviale de patients, personnels et matériels sur le secteur Maroni, le centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon" a attribué, le 20 avril 2018, à la SARL Guyanaise de transport international le lot n°1 comprenant le trajet Saint-Laurent du Maroni/Apatou/Grand-Santi et le lot n° 4 relatif au trajet Saint-Laurent du Maroni/Maripasoula. Le centre hospitalier a émis à l'encontre de la société intéressée, le 4 novembre 2021, un avis des sommes à payer pour un montant de 606 250 euros ayant pour objet le trop-perçu de dix factures de rotation par voie fluviale. Le comptable public de la trésorerie hospitalière de Cayenne a relancé la SARL Guyanaise de transport international le 3 août 2022 en lui demandant de payer la somme de 468 375 euros. Par la présente requête, la SARL Guyanaise de transport internationale demande au tribunal d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 4 novembre 2021, ensemble la lettre de relance du 3 août 2022.

Sur l'incompétence de la juridiction administrative en ce qui concerne la lettre de relance du 3 août 2022 :

2. Aux termes de l'article L. 6145-9 du code de la santé publique : " I.-Les créances des établissements publics de santé sont recouvrées selon les modalités définies aux articles L. 1611-5 et L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales () ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. () / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite. / 2° La contestation qui porte sur la régularité d'un acte de poursuite est présentée selon les modalités prévues à l'article L. 281 du livre des procédures fiscales. () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : () / c) Pour les créances non fiscales () des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution ".

3. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des établissements publiques de santé est de la compétence du juge de l'exécution, tandis que le contentieux du bien-fondé de ces créances est de celle du juge compétent pour en connaître sur le fond.

4. Il résulte des termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales que la lettre de relance, qui rappelle au débiteur défaillant son obligation de payer résultant d'un titre exécutoire et l'invite à s'acquitter de sa dette avant l'engagement de poursuites pour son recouvrement forcé, constitue un acte préparatoire d'un acte de poursuite et relève, en vertu des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales, de la compétence du juge judiciaire. Il s'ensuit que les conclusions tendant à l'annulation de la lettre de relance émise le 3 août 2022 par le comptable public de la trésorerie hospitalière de Cayenne doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 4 novembre 2021 :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". Tout état exécutoire doit ainsi indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

6. En l'espèce, l'avis des sommes à payer en litige, émis le 4 novembre 2021, mentionne comme objet de la créance " Trop perçu sur 10 factures de rotations par voie fluviale ", désigne l'ordonnateur et le redevable, précise le montant global de la créance, à savoir 606 250 euros et établit un tableau des dix factures (n° 2020/1389, n° 2020/1435, n° 2020/1436, n° 2020/1437, n° 2020/1486, n° 2020/1439, n° 2020/1440, n° 2020/1441, n° 2020/1442 et n° 2020/1438) au sein desquelles des trop-perçus ont été constatés. Par ailleurs, il n'est pas contesté que le pli contenant le titre exécutoire en litige, qui a été régulièrement présenté à la SARL Guyanaise de transport international le 12 novembre 2021, contenait également un certificat administratif du 26 octobre 2021 signé par le directeur du centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon" précisant que le " trop perçu résulte d'une facturation de transport par voies fluviales prévues au lot 1 du marché n° 180077 de 2018 à un prix ne respectant pas le bordereau de prix unitaire joint à ce certificat " et intégrant également un tableau détaillant les surfacturations. Ainsi, ces indications étaient suffisantes pour permettre à la SARL Guyanaise de transport international de comprendre et de contester utilement les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle l'avis des sommes à payer litigieux était émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fondait. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation du titre exécutoire qui répond aux exigences de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 doit être écarté.

7. En deuxième lieu, il résulte des stipulations de l'article 2 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP) " transport par voie fluviale de patients, personnels et matériels-secteur Maroni " que le cahier des clauses administratives générales (CCAG) applicable aux marchés publics de fournitures courantes et de services (CCAG FCS) approuvé par un arrêté du 19 janvier 2009 constitue une pièce contractuelle de l'accord-cadre. Il ne résulte pas des stipulations du CCAG FCS de 2009, excepté le cas de la résiliation du marché, qu'une clause de décompte générale soit prévue et le CCAP n'entend pas fixer une telle clause au sein du marché litigieux. Dans ces conditions, la SARL Guyanaise de transport international ne peut utilement soutenir que la créance en litige était inexigible du fait de l'absence d'un règlement définitif des comptes. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

8. En dernier lieu, selon l'article 1.3 du CCAP : " Le marché est conclu pour une durée initiale de 12 mois à compter de la notification du marché. / Reconduction du marché : L'accord-cadre pourra être reconduit de manière tacite deux (2) fois 12 mois. / La reconduction est considérée comme acceptée si aucune décision écrite contraire n'est prise par l'acheteur au moins 2 mois avant la fin de la durée de validité de l'accord-cadre à bons de commande. () ". Aux termes de l'article 9.1 du même document : " 9.1 - Caractéristiques des prix pratiqués Les prestations faisant l'objet du marché seront réglées par application des unitaires figurant au BPU pour chacun des lots ".

9. la SARL Guyanaise de transport international soutient que la créance en litige est inexistante dès lors que les prestations effectuées après le mois de novembre 2020 ont été réalisées dans le cadre d'un cadre de contrat de gré à gré. Toutefois, il n'est pas contesté que le marché initial, notifié à la société intéressée le 20 avril 2018, a été reconduit à deux reprises, fixant ainsi son échéance au 20 avril 2021 et qu'un avenant au contrat a été conclu au mois d'avril 2021 prolongeant ledit contrat jusqu'au 31 décembre 2021. Il résulte de l'instruction que ce document contractuel, que la société requérante ne conteste pas avoir signé, prescrivait que " toutes les autres clauses et conditions d'exécution du marché s'appliquent au présent avenant ". Ainsi, les stipulations de l'article 9.1 du CCAP relatives aux caractéristiques des prix pratiqués et faisant référence au bordereau des prix unitaires était encore applicable après le mois de novembre 2020. Il résulte par ailleurs de l'instruction que la SARL Guyanaise de transport international a été avertie le 3 juin 2021 par la cellule des marchés publics du centre hospitalier des surfacturations importantes pour les rotations Saint-Laurent du Maroni/ Apatou/ Grand Santi/ Papaïchton et qu'elle lui a rappelé que " toutes les prestations commandées doivent être facturées selon les termes du marché et notamment du bordereau de prix unitaire proposé dans votre offre ". Dans ces conditions, la SARL Guyanaise de transport international n'est pas fondée à soutenir que la créance était inexistante. Par suite, ce moyen doit aussi être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de

non-recevoir opposée en défense, que les conclusions tendant à l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 4 novembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon", qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL Guyanaise de transport international demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SARL Guyanaise de transport international une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon" et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions à fin d'annulation de la lettre de relance du 3 août 2022 sont rejetées comme étant portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La SARL Guyanaise de transport international versera au centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon" une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions du centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon" est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Guyanaise de transport international et au centre hospitalier de Cayenne "Andrée Rosemon".

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

Le rapporteur,

Signé

J. GILLMANN

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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