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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201275

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201275

vendredi 28 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201275
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCABINET KPMG AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés le 16 septembre 2022 et les 7 et 23 décembre 2022, M. et Mme B, représentés par la SELAS KPMG Avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er juillet 2022 par laquelle le directeur régional des finances publiques de la Guyane a rejeté leur réclamation formée le 14 octobre 2021 tendant au bénéfice de la déduction d'un investissement en outre-mer sur le revenu établi pour l'année 2020 ;

2°) de prononcer la réduction d'impôt sur le revenu pour les investissements en outre-mer au titre des années 2018, 2019 et 2020, soit la somme de 5 553 euros pour chacune des années ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leurs demandes ne sont pas prescrites ;

- la décision en litige méconnaît le principe du droit à l'erreur en méconnaissance des dispositions de l'article 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, introduit par l'article 2 de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018, et consacré par la doctrine administrative ;

- ils ont transmis leur engagement d'affectation du bien le 21 septembre 2021 conformément aux conditions prévues par l'article 46 AG quaterdecies de l'annexe III au code général des impôts et étaient en droit de bénéficier de la réduction d'impôt pour investissement outre-mer.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 10 novembre 2022 et le 15 décembre 2022, le directeur régional des finances publiques de la Guyane conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deleplancque ;

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B sont propriétaires d'un terrain situé sur la commune de Kourou et sur lequel ils ont fait construire une maison qu'ils ont occupé à titre de résidence principale entre les mois d'avril 2013 et juin 2018. Par des courriers du 23 septembre 2021, ils ont communiqué à la direction régionale des finances publiques de la Guyane des déclarations rectificatives pour les impositions sur le revenu au titre des années 2018, 2019 et 2020 afin de bénéficier de la réduction d'impôts prévue par l'article 199 undecies A du code général des impôts. Par un courrier du 1er juillet 2022 le directeur régional des finances publiques de la Guyane a expressément rejeté leur demande en ce qui concerne l'impôt sur le revenu établi pour l'année 2020. Par la présente requête, M. et Mme B doivent être regardés comme demandant au tribunal de prononcer la réduction d'impôt sur le revenu pour les investissements en outre-mer au titre des années 2018, 2019 et 2020.

Sur la demande de réduction d'impôt au titre des années 2018, 2019 et 2020 :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 199 undecies A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Il est institué une réduction d'impôt sur le revenu pour les contribuables domiciliés en France au sens de l'article 4 B qui investissent () en Guyane () / 2. La réduction d'impôt s'applique : / a) Dans la limite d'une surface habitable comprise entre 50 et 150 mètres carrés et fixée par décret selon le nombre de personnes destinées à occuper à titre principal le logement, au prix de revient de l'acquisition ou de la construction régulièrement autorisée par un permis de construire d'un immeuble neuf situé dans les départements ou collectivités visés au 1, que le propriétaire prend l'engagement d'affecter dès l'achèvement ou l'acquisition si elle est postérieure à son habitation principale pendant une durée de cinq ans ;() ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que le bénéfice de l'avantage fiscal qu'elles prévoient est subordonné à la condition que, d'une part, le propriétaire fasse effectivement de l'immeuble son habitation principale et, d'autre part, qu'il prenne l'engagement exprès de l'affecter à cet usage pendant cinq ans. Compte tenu de sa nature, cet engagement doit être souscrit avant l'affectation effective à son habitation principale, laquelle intervient dès l'achèvement de l'immeuble ou celle de son acquisition, si cette dernière date est postérieure à l'achèvement de la construction.

3. Aux termes de l'article 46 AG quaterdecies de l'annexe III au même code, dans sa rédaction applicable : " Le contribuable doit joindre à sa déclaration de revenus de l'année au titre de laquelle il demande le bénéfice de la réduction d'impôt les documents suivants : I. - Lorsque le logement neuf est destiné à devenir son habitation principale : 1. L'engagement prévu au a du 2 de l'article 199 undecies A du code général des impôts qui comporte les éléments suivants : a) L'identité et l'adresse du contribuable ; b) L'adresse et la surface habitable du logement concerné ; c) Le prix de revient ou le prix d'acquisition du logement accompagné des justificatifs ; d) La date d'achèvement du logement ou de son acquisition si elle est postérieure ; /2. Une copie de la notification de l'arrêté délivrant le permis de construire lorsqu'il s'agit d'un logement que le contribuable fait construire. /3. Pour le bénéfice de la majoration du taux de la réduction d'impôt prévue au huitième alinéa du 6 de l'article 199 undecies A du code général des impôts, selon le cas, soit une attestation du constructeur, du vendeur ou de l'entreprise ayant procédé à l'installation des équipements de production d'énergie utilisant une source d'énergie renouvelable et comportant l'adresse de réalisation des travaux ainsi que la désignation de ces équipements, soit une facture de ces équipements comportant, outre les mentions prévues à l'article 289 du code général des impôts, l'adresse de réalisation des travaux, leur nature ainsi que la désignation et le montant des équipements. () ". Il résulte de ces dispositions de l'annexe III au code général des impôts que, dès lors qu'un contribuable revendique, pour une année déterminée, le bénéfice de la réduction d'impôt prévue par l'article 199 undecies A, précité, il doit, en principe, joindre à la déclaration de revenus souscrite une copie de l'engagement de location mentionné par cet article. Toutefois, ces dispositions n'ont pas pour effet d'interdire au contribuable qui aurait omis de joindre la copie de cet engagement à sa déclaration de revenus, de régulariser sa situation dans l'un ou l'autre des délais de réclamation prévus aux articles R. 196-1 et R. 196-3 du livre des procédures fiscales.

4. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B, qui ne peuvent utilement se prévaloir de la circonstance selon laquelle ils ont été induits en erreur par leur conseiller fiscal qui leur a indiqué qu'ils n'étaient pas éligibles à la réduction d'impôt au titre des investissements en outre-mer, n'ont souscrit à l'engagement d'affectation à leur habitation principale exigée par les dispositions de l'article 199 undecies A du code général des impôts que le 9 décembre 2021 alors qu'ils ont emménagé dans le logement à compter de sa date de livraison le 3 avril 2013. Ainsi, cet engagement tardif, effectué a posteriori après avoir rempli la condition d'affectation du logement à leur résidence principale pendant une durée de cinq ans, ne répondait pas aux exigences posées par les dispositions précitées du code général des impôts. Dans ces conditions, et alors même que les copies de l'engagement auraient été transmises à l'administration dans les délais de réclamation prévus aux articles R. 196-1 et R. 196-3 du livre des procédures fiscales, c'est à bon droit que l'administration fiscale a refusé de faire droit à la demande des intéressés tendant au bénéfice de la réduction d'impôt au titre des années 2018, 2019 et 2020.

5. En second lieu, pour demander le bénéfice de la réduction d'impôt prévue par l'article 199 undecies A du code général des impôts, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l'article 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, issues de l'article 2 de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 dite " pour un Etat au service d'une société de confiance ", dès lors que ces dispositions ne sont applicables qu'aux seules sanctions. En tout état de cause, il ressort de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 10 août 2018, que l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable en matière fiscale, le législateur ayant d'ailleurs institué des dispositifs spécifiques permettant de régulariser des erreurs commises de bonne foi par les contribuables.

6. De même, si les requérants se prévalent d'un " droit à l'erreur " qui préexisterait à ces dispositions législatives, et consacré par la doctrine administrative selon laquelle " Les omissions ou inexactitudes commises par les contribuables dans leur déclaration sont présumées involontaires. La condition tenant à la bonne foi du contribuable est donc présumée remplie. " (BOI-DAE-20-10 n°60), de telles énonciations se bornent à faire état d'une présomption de sincérité des déclarations fiscales et du droit à la rectification des erreurs. En l'espèce, M. et Mme B n'ont fait l'objet d'aucune sanction et ne remplissaient pas, en tout état de cause, les conditions nécessaires à l'obtention des réductions sollicitées. Un tel moyen doit donc être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. et Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme C B et au directeur régional des finances publiques de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. DELEPLANCQUE

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique de la France en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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