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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201295

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201295

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201295
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSEMONIN CLEO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 22 septembre 2022 et 31 mai 2023, M. B A, représenté par Me Sémonin, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Cayenne à lui payer une indemnité d'un montant total de 29 950 euros en réparation des préjudices résultant de l'accident survenu le 4 septembre 2019, puis de mettre à sa charge la somme de 2.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- le harcèlement subi et le refus de lui accorder la protection fonctionnelle engagent la responsabilité du centre hospitalier ;

- il peut prétendre à des indemnités respectives de 10.000 euros, de 8.000 euros et de 10.200 euros au titre de son préjudice moral, des troubles dans ses conditions d'existence et de la perte de chance d'exercer ses activités de sapeur-pompier volontaire et de gendarme réserviste ;

- le centre hospitalier ne lui a pas remboursé le demi-traitement du mois de décembre 2019 d'un montant de 1 750 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2023, le centre hospitalier de Cayenne, représenté par Me Magnaval, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2.000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacau,

- les conclusions de M. Hegesippe,

- puis les observations de Me Sémonin pour M. A et celles de Me Juniel substituant Me Magnaval pour le centre hospitalier de Cayenne.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, technicien hospitalier titulaire, adjoint au chef du service de la sécurité incendie du centre hospitalier de Cayenne à compter du 7 avril 2014, a assuré l'intérim du chef du service à compter du 1er février 2019. Le 4 septembre suivant, suite à un malaise sur son lieu de travail, il a été admis aux urgences et placé en arrêt de travail pour la période du 5 septembre au 7 décembre 2019. Suite à l'avis favorable émis le 16 mars 2021 par la commission de réforme, par une décision du 18 aout suivant, le directeur des ressources humaines du centre hospitalier a reconnu imputable au service le malaise du 4 septembre 2019 et fixé au 19 janvier 2020 la consolidation de l'état de santé de M. A. Ce dernier, qui soutient avoir été victime de harcèlement moral et s'être vu refuser à plusieurs reprises le bénéfice de la protection fonctionnelle, demande la condamnation du centre hospitalier à lui payer une indemnité d'un montant total de 29 950 euros en réparation des préjudices résultant du malaise survenu le 4 septembre 2019.

2. Aux termes de l'article 6 quinquies alors en vigueur de la loi du 13 juillet 1983, désormais repris aux articles L.133-2 et L.133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ". Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime de tels agissements de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, en tenant compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison notamment d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

3. M. A, qui assurait l'intérim du chef du service de la sécurité incendie, comptant vingt-trois agents, allègue avoir fait l'objet de tentatives de discrédit et de mises en cause injustifiées. Estimant avoir fait face à des " revendications à connotation syndicale ", il fait état de la saisine, le 9 avril 2019, d'un comité d'hygiène de sécurité et des conditions de travail extraordinaire, suite aux revendications de quatre agents affiliés au syndicat CFTC lui reprochant notamment ses contrôles inopinés et ses méthodes de management. Il indique ensuite avoir reçu un courrier du 11 avril 2019, émanant de la direction des ressources humaines, le mettant en cause pour de graves dysfonctionnements liés à la maintenance de l'hélistation et la facilitation des activités extra-professionnelles des agents placés sous son autorité. Il produit, enfin, un témoignage d'un collègue d'où il ressort que la directrice aurait ouvert un poste de responsable et retenu la candidature d'un agent qui, contrairement à lui, n'avait pas la qualification requise. Le 19 avril 2019, M. A a déposé une plainte pour harcèlement moral et diffamation à l'encontre du centre hospitalier, du directeur adjoint chargé des ressources humaines et de la directrice adjointe chargée des fonctions support. Il produit plusieurs témoignages, l'un émis par l'ancien responsable du service, faisant état de sa mise à l'écart par l'ancienne directrice des fonctions support et la direction, puis sans autres précisions d'acharnement, d'humiliation et de dégradation de ses conditions de travail, d'autres établis par des agents hospitaliers selon lesquels, d'une part, lorsque des agents se sont sentis " harcelés " par les contrôles inopinés de M. A, sa hiérarchie, souhaitant éviter tout conflit avec les syndicats ne l'a pas soutenu et lui a même demandé d'arrêter ces contrôles, l'empêchant ainsi d'exercer ses missions de management opérationnel, d'autre part, M. A faisait état auprès de certains agents de son sentiment de mise à l'écart et de ses difficultés de communication avec la direction. L'attestation de la représentante syndicale de l'UTG, qui indique que la responsable des fonctions support a laissé la situation se dégrader et " faisait trainer le dossier " de M. A pour le pousser à la faute, n'apporte pas davantage de précisions sur les agissements reprochés à l'administration.

4. Il est constant que le syndrome dépressif de M. A est directement occasionné par ses conditions de travail, ce qui est confirmé par la décision du 18 aout 2021 reconnaissant l'imputabilité au service des arrêts de travail du 4 septembre 2019 au 19 janvier 2020, l'attestation établie le 26 septembre 2022 par une psychothérapeute, puis les témoignages de sa mère et de ses frères. Toutefois, pour regrettable qu'elle soit, la circonstance qu'un agent est atteint de troubles dépressifs imputables à ses conditions de travail ne suffit pas à caractériser des agissements de harcèlement moral. En l'espèce, s'ils révèlent de graves conflits interpersonnels au sein du service et un management parfois inapproprié et partial, les agissements reprochés ne peuvent être regardés, par leur nature ou leur gravité, comme insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Ainsi, par eux-mêmes ou dans leur ensemble, s'ils attestent d'une réelle souffrance au travail dans un environnement parfois délétère, les éléments exposés au point précédent ne suffisent pas à caractériser des agissements de harcèlement moral. M. A n'est, dès lors, pas fondé à solliciter une indemnité de ce chef.

5. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié à l'article L.134-5 du code général de la fonction publique, applicable aux techniciens hospitaliers en vertu des dispositions du 1° de l'article L.6152-4 du code de la santé publique : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire () bénéficie () d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire(). IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Dans les circonstances exposées au point précédent, en s'abstenant d'accorder la protection fonctionnelle à M. A, qui, en tout état de cause, n'établit pas l'avoir sollicitée, le directeur du centre hospitalier n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983. En l'absence d'illégalité fautive, la responsabilité de l'établissement ne saurait être engagée.

6. La demande d'un agent public relative au règlement de sommes impayées, sans que soit recherchée la réparation d'un préjudice distinct du préjudice matériel objet de cette demande pécuniaire, ne revêt pas le caractère d'une action indemnitaire. Si le requérant fait valoir que le centre hospitalier ne lui a pas versé le demi-traitement du mois de décembre 2019, d'un montant de 1.750 euros, il présente à juger un litige tendant au bénéfice de son droit à percevoir un plein traitement, reconnu par la décision du 18 aout 2021, distinct de la demande de réparation des préjudices occasionnés par le harcèlement allégué et l'absence de protection fonctionnelle. En tout état de cause, il ne justifie pas du caractère direct du lien de causalité entre ce préjudice occasionné par la carence de l'administration dans la gestion de son dossier administratif et l'accident de service.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la condamnation du centre hospitalier de Cayenne à lui payer une indemnité. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le centre hospitalier de Cayenne.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative par le centre hospitalier de Cayenne sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier de Cayenne.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au ministre de la Santé et de la Prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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