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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201296

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201296

jeudi 6 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201296
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantPAGE JULIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 septembre 2022, Mme D B, représentée par Me Page, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 juin 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé de lui appliquer les contributions spéciale et forfaitaire, ensemble la décision du 7 septembre 2022 portant rejet de son recours gracieux ;

2°) de la décharger du paiement de la somme de 37 600 euros au titre de la contribution spéciale et de 11 150 euros au titre de la contribution forfaitaire ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'il n'existe aucune relation de travail avec M. C et M. A.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, le directeur de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un courrier du 2 avril 2024, les parties ont été informées en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin de décharge de la requête de Mme B en ce qui concerne la somme supérieure à 30 000 euros dès lors que la décision du 22 juin 2022 a réduit les sommes initiales de 37 600 euros et de 11 150 euros à un montant total de 30 000 euros.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Deleplancque ;

- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le 16 février 2022, des agents de la police ont procédé à un contrôle au sein du restaurant Pomme Rouge Jardin de Pékin situé à Cayenne et géré par Mme B. Au terme de ce contrôle, un procès-verbal constatant la présence de deux étrangers en situation irrégulière de travail a été dressé par les agents de la police. Par une décision du 22 juin 2022, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de Mme B une somme de 37 600 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et de 11 150 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger prévue aux articles L. 822-2 à L. 822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler la décision du 22 juin 2022 et de prononcer la décharge du paiement des sommes de 37 600 euros et de 11 150 euros.

2. Aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes des deux premiers alinéas de l'article L. 8253-1 du même code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. () / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention. ". Aux termes de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. ".

3. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail ainsi que de l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la décision de sanction que ceux mettant en cause le bien-fondé de cette décision et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration. Celle-ci devant apprécier, au vu notamment des observations éventuelles de l'employeur, si les faits sont suffisamment établis et, dans l'affirmative, s'ils justifient l'application de cette sanction administrative, au regard de la nature et de la gravité des agissements et des circonstances particulières à la situation de l'intéressé, le juge peut, de la même façon, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, tant s'agissant du manquement que de la proportionnalité de la sanction, maintenir les contributions, au montant fixé de manière forfaitaire par les dispositions citées au point 2, ou en décharger l'employeur.

4. Par ailleurs, la qualification de contrat de travail ne dépend ni de la volonté exprimée par les parties, ni de la dénomination qu'elles ont entendu donner à la convention qui les lie mais des seules conditions de fait dans lesquelles le travailleur exerce son activité. À cet égard, la qualité de salarié suppose nécessairement l'existence d'un lien juridique de subordination du travailleur à la personne qui l'emploie, le contrat de travail ayant pour objet et pour effet de placer le travailleur sous la direction, la surveillance et l'autorité de son cocontractant, lequel dispose de la faculté de donner des ordres et des directives, de contrôler l'exécution dudit contrat et de sanctionner les manquements de son subordonné. Dès lors, pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 8251-1 du code du travail, il appartient à l'autorité administrative de relever, sous le contrôle du juge, les indices objectifs de subordination permettant d'établir la nature salariale des liens contractuels existant entre un employeur et le travailleur qu'il emploie.

5. En l'espèce, pour contester l'existence de toute relation de travail entre elle et les deux étrangers en situation irrégulière de travail dont la présence a été constatée au sein de son restaurant le 16 février 2022, Mme B soutient que ces derniers n'interviennent que pour apporter une aide exceptionnelle afin de faire la plonge et de porter des marchandises et qu'ils ne sont présents en cuisine que pour apprendre le " savoir-faire ". Elle soutient par ailleurs qu'ils ne sont pas rémunérés mais que " M. B leur offre une somme d'argent par solidarité afin qu'ils puissent s'en sortir ". Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du procès-verbal d'infraction établi par les services de police, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que M. C et M. A reçoivent des ordres de la part de M. B, époux de Mme B, ainsi qu'une somme d'argent versée en espèce tous les mois. À cet égard, M. A a déclaré qu'il travaillait " de 7h00 à 12h00 six jours par semaine " et qu'il percevait une somme de 600 euros par mois. De même, M. C a précisé aux agents de la police qu'il effectuait un " job pour ce restaurant " en tant qu'aide cuisinier et qu'il travaillait entre 10h00 et 14h00 en touchant un " pourboire de 20 euros par jour ". En outre, les photographies prisent par les agents de la police lors du contrôle attestent de la présence de M. A et de M. C au sein de la cuisine, le premier préparant un plat et, le second, portant un sac de riz. Enfin, Mme B ne saurait se prévaloir de la circonstance selon laquelle les intéressés recevaient leurs ordres de la part de son seul époux dès lors qu'il résulte de ce même procès-verbal que M. et Mme B se sont tous les deux déclarés comme gérants du restaurant la Pomme Rouge. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'existence d'un lien juridique caractérisant une relation de travail avec M. A et M. C ne peut être regardée comme suffisamment établie.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur sa recevabilité, que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Schor, première conseillère,

Mme Deleplancque, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

C. DELEPLANCQUE

Le président,

Signé

O. GUISERIX La greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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