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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201637

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201637

mardi 12 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201637
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2022, Mme A B, représentée par Me Ouassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 13 novembre 2022, du silence gardé par le directeur du centre hospitalier de Cayenne sur sa demande du 8 septembre 2022 tendant au bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) majorée de dix-neuf points majorés à compter du 1er janvier 2018 ;

2°) à titre principal, de condamner le centre hospitalier de Cayenne à lui verser la somme de 4 544,61 euros au titre de la NBI de dix-neuf points majorés à laquelle elle aurait pu prétendre à compter de sa prise de fonction pour la période non couverte par la prescription quadriennale, soit à compter du 1er janvier 2018 ;

3°) à titre subsidiaire, de condamner le centre hospitalier de Cayenne à lui verser la somme de 3 047,54 euros au titre de la NBI de treize points majorés à laquelle elle aurait pu prétendre à compter de sa prise de fonction pour la période non couverte par la prescription quadriennale, soit à compter du 1er janvier 2018

4°) d'enjoindre au centre hospitalier de lui verser la NBI à hauteur de celle retenue pour les années précédentes à compter du 1er janvier 2018, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Cayenne la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- en réservant le bénéfice de la NBI aux seuls infirmiers diplômés d'Etat des deux premiers grades exerçant à titre exclusif en bloc opératoire, les dispositions de l'article 1 du décret du 3 février 1992 sont illégales ;

- le fait de réserver le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire aux seules infirmières en soins généraux de la fonction publique hospitalière constitue une atteinte au principe d'égalité de traitement ;

- le centre hospitalier de Cayenne a commis une erreur de droit en lui réservant, en raison de son diplôme et de ses qualifications d'infirmière diplômée d'Etat titulaire de la spécialisation de bloc opératoire (IBODE), un traitement différent ;

- par la voie de l'exception, le décret du 3 mars 2022 attribuant une NBI de 13 points majorés aux infirmiers en soins généraux et aux IBODE est entaché d'erreur de droit, ou à tout le moins d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le bénéfice d'une NBI de 19 points majorés devra être reconnu au bénéfice de la requérante à compter de sa prise de fonctions ;

- les créances non payées avant le 1er janvier 2018 étant prescrites, une NBI de 19 points majorés devra lui être attribuée à titre principal, et une NBI de 13 points majorés à titre subsidiaire, à compter de sa prise de fonction pour la période non couverte par prescription quadriennale ;

- elle a subi un préjudice supplémentaire du fait de la perte de prise en compte de l'attribution de la NBI pour le calcul de la pension de retraite, qu'il appartient au centre hospitalier universitaire de de Cayenne de réparer en reconstituant ses droits à pension de retraite auprès de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 30 novembre 2023 et le 16 septembre 2024, le centre hospitalier de Cayenne, représenté par la SELARL Centaure Avocats, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à titre principal au non-lieu à statuer des conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 13 novembre 2022, l'intéressée s'étant vu attribuer la NBI de treize points à compter du 1er janvier 2018 et à titre subsidiaire au rejet de la requête de

Mme B.

Il fait valoir que :

- la requête est dépourvue d'objet dès lors que décision expresse du 28 novembre 2023, intervenue en cours d'instance accorde à Mme B le versement de la NBI de treize points majorés à compter du 1er janvier 2018 ;

- le moyen tiré de l'atteinte au principe d'égalité est inopérant s'agissant du montant de la NBI fixé par décret ;

- l'administration dispose d'un large pouvoir d'appréciation pour fixer le taux d'une prime ;

- Mme B ne démontre pas que la fixation de la NBI à treize points pour les IBODE serait manifestement insuffisante au regard des fonctions exercées par ses derniers.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n° 92-112 du 3 février 1992 ;

- le décret n° 2010-1139 du 29 septembre 2010 ;

- le décret n° 2022-313 du 3 mars 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience :

- le rapport de Mme Marcisieux ;

- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B est infirmière diplômée d'Etat titulaire de la spécialisation de bloc opératoire (IBODE) au sein du centre hospitalier de Cayenne. Par une lettre en date du

8 septembre 2022 reçue le 13 septembre 2022, elle a présenté une demande tendant au versement de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) de dix-neuf points majorés à compter du

1er janvier 2018. En l'absence de réponse de l'administration, une décision implicite de rejet est née le 13 novembre 2022. Par sa requête dont l'objet est purement pécuniaire, Mme B demande d'annuler ladite décision, et, à titre principal, d'enjoindre au centre hospitalier de Cayenne de lui verser la NBI à hauteur de 19 points majorés depuis le 1er janvier 2018, et à titre subsidiaire, d'enjoindre au centre hospitalier de lui verser la NBI à hauteur de treize points majorés depuis le 1er janvier 2018.

Sur l'étendue du litige et l'exception de non-lieu à statuer :

2. Lorsque le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Il en résulte que lorsqu'une telle décision expresse intervient en cours d'instance, il appartient au juge qui en a connaissance de regarder les conclusions à fin d'annulation de la première décision comme dirigées contre la seconde, alors même que la requérante n'a pas expressément formulé de conclusions tendant à son annulation.

3. Il ressort des pièces du dossier que par une décision explicite du 28 novembre 2023, intervenue en cours d'instance, le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Cayenne a accordé à Mme B le bénéfice de la NBI de treize points majorés à compter du 1er janvier 2019 et que par une seconde décision explicite du 12 décembre 2023, le directeur des ressources humaines du centre hospitalier de Cayenne a accordé à Mme B le bénéfice de la NBI de treize points majorés à compter du 1er janvier 2018. Ainsi, les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 13 novembre 2022 en tant qu'elle lui refuse le bénéfice de la NBI à partir du 1er janvier 2018 et jusqu'au 31 mars 2022 sont devenues sans objet, il n'y a, dès lors plus lieu d'y statuer. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision du 13 novembre 2022 en tant qu'elle ne lui accorde le bénéfice de la NBI qu'à hauteur de treize points majorés à compter du 1er janvier 2018.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " I. - La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret ".

5. Pour soutenir, par la voie de l'exception d'illégalité du décret du 3 mars 2022, que la fixation à 13 points majorés du niveau de la nouvelle bonification indiciaire attribuée aux infirmiers de bloc opératoire serait entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, la requérante soutient, en premier lieu, qu'un décret du 14 février 1994, abrogé sur ce point par un décret du 2 mai 2002, avait fixé ce niveau à 19 points majorés. Toutefois, aucune règle ni aucun principe ne s'oppose à ce que le pouvoir réglementaire modifie, y compris pour le diminuer, le montant de la nouvelle bonification indiciaire attachée à un emploi, le bénéfice de celle-ci ne constituant au demeurant pas un avantage statutaire, ayant un caractère temporaire qui cesse avec la cessation des fonctions y ouvrant droit, et pouvant être supprimé, pour les agents qui en bénéficient, par l'effet du texte réglementaire fixant la liste des emplois attributaires et le nombre de points qui leur sont attachés.

6. En second lieu, si les dispositions citées ci-dessus de l'article 27 de la loi du

18 janvier 1991 imposent que l'ensemble des agents exerçant effectivement leurs fonctions dans les mêmes conditions, avec la même responsabilité ou la même technicité, bénéficient de la même bonification, elles ne font pas obstacle à ce que le pouvoir réglementaire attribue le même taux de bonification à des emplois impliquant des niveaux de technicité ou de responsabilité différents. Par suite, la requérante ne peut utilement faire valoir que les articles R. 4311-11, R. 4311-11-1 et D. 6124-122 du code de la santé publique confient à titre prioritaire ou exclusif aux infirmiers de bloc opératoire diplômés d'Etat des fonctions revêtant une technicité et comportant une responsabilité plus élevées que celles des infirmiers en soins généraux, qui se voient attribuer, lorsqu'ils exercent à titre exclusif en bloc opératoire, le même taux de bonification en application du décret attaqué, ni que ceux-là bénéficient d'une formation plus longue que ceux-ci.

7. Eu égard au large pouvoir d'appréciation dont le pouvoir réglementaire dispose en la matière, Mme B n'est ainsi pas fondée à soutenir, par la voie de l'exception, que le décret du 3 mars 2022 serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ni d'erreur de droit, en tant qu'il ne fixe pas la nouvelle bonification indiciaire des infirmiers de bloc opératoire à plus de 13 points.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 28 novembre 2023 en tant qu'elle refuse de procéder au versement de la NBI de dix-neuf points à compter du 1er janvier 2018.

Sur les conclusions indemnitaires :

9. Il résulte de ce qui précède Mme B n'est pas fondée à demander la condamnation du centre hospitalier de Cayenne à lui verser une indemnité correspondant au montant d'une nouvelle bonification indiciaire mensuelle de dix-neuf points pour l'ensemble des périodes où il a exercé effectivement au bloc opératoire.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Cayenne une somme de 600 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 13 novembre 2022, du silence gardé par le directeur du centre hospitalier de Cayenne sur sa demande du 8 septembre 2022 en tant qu'elle lui refuse le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire à partir du 1er janvier 2018 et jusqu'au 31 mars 2022.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B une somme de 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre hospitalier de Cayenne.

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente,

Mme Marcisieux, conseillère,

Mme Topsi, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé

M.-R. MARCISIEUX

La présidente,

Signé

E. ROLIN La greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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