vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2201638 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | SELARL MDMH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 novembre 2022 et le 30 juin 2023,
M. A B, représenté par Me Moumni, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à réparer son préjudice moral à hauteur de 5 000 euros, son préjudice financier à hauteur de 2 208 euros ainsi que son préjudice de carrière en raison de la différence de rémunération qu'il a perçue dans le cadre de son détachement sur le fondement de l'article L. 4139-3 et non L.4139-2 du code de la défense ;
2°) d'enjoindre à l'Etat de reconstituer sa carrière depuis l'origine notamment au regard des cotisations sociales et indices de salaires ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'administration a commis une faute en retenant à tort comme fondement textuel de son détachement l'article L. 4139-3 du code de la défense, réservé aux personnes bénéficiant d'une pension militaire d'invalidité et non l'article L. 4139-2 du même code ;
- l'administration a engagé sa responsabilité en manquant à son obligation d'information sur ce point ;
- sa créance n'est pas prescrite car la prescription quadriennale ne court qu'à compter de la régularisation de sa situation ;
- il a subi un préjudice moral à hauteur de 5 000 euros, un préjudice financier à hauteur de 2 208 euros et un préjudice de carrière équivalent à la différence de rémunération qu'il a perçue et la rémunération qu'il aurait perçue s'il avait été détaché sur le fondement de l'article L. 4139-2 du code de la défense.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir, à titre principal, que les conclusions de la requête sont irrecevables car elles sont tardives, ou, à titre subsidiaire, que l'administration n'a pas commis de faute car c'est le requérant qui avait demandé son détachement sur le fondement des dispositions de l'article
L. 4139-3 du code de la défense et elle n'était tenue à aucune obligation d'information en la matière, que les prétentions du requérant ne sont soit pas chiffrées soit pas établies.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la défense ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Schor ;
- et les conclusions de M. Hégésippe, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B était jusqu'en 2012 sous-officier du corps de soutien technique et administratif de la gendarmerie nationale. Il a sollicité le 4 octobre 2012 sur le fondement des dispositions de l'article L. 4139-3 du code de la défense son détachement au titre de recrutement spécifique d'emplois réservés de catégorie B auprès de la préfecture de la Guyane en qualité de secrétaire administratif chargé de la gestion budgétaire au sein du secrétariat général de la préfecture de la Guyane. Par un arrêté du 10 octobre 2012, le ministre de l'intérieur l'a placé en détachement. Par un arrêté du 22 août 2013, le préfet de la Guyane a titularisé M. B dans les fonctions de secrétaire administratif avec une ancienneté d'un an. Estimant qu'il aurait dû être détaché sur le fondement des dispositions de l'article non pas L 4139-3 mais L. 4139-2 du code de la défense, M. B a sollicité le 17 novembre 2021 auprès de la direction générale de la gendarmerie nationale la révision de la décision du 10 août 2012 portant détachement, en tant qu'elle était fondée sur l'article L. 4139-3 du code de la défense et l'indemnisation de son préjudice. Cette demande a été reçue le 24 novembre 2021. Le silence gardé pendant plus de deux mois sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Le 17 mars 2022, M. B a saisi la Commission de Recours des Militaires (CRM) pour obtenir l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande du 17 novembre 2021 ainsi que l'indemnisation de son préjudice. Par une première décision du 4 avril 2022, la CRM a rejeté son recours. Par une seconde décision du 30 mai 2022, la CRM a confirmé la décision du 4 avril 2022 en ce qui concerne la demande d'annulation de M. B et, estimant que le contentieux indemnitaire avait été lié par la demande du 17 mars 2022, a indiqué qu'elle allait réexaminer la demande indemnitaire. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à réparer son préjudice moral à hauteur de 5 000 euros, son préjudice financier à hauteur de 2 208 euros ainsi que son préjudice de carrière en raison de la différence de rémunération qu'il a perçue dans le cadre de son détachement sur le fondement de l'article L. 4139-3 et non L.4139-2 du code de la défense.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. S'agissant, d'une part, de l'accès des militaires aux emplois réservés de la fonction publique, l'article L. 4139-3 du code de la défense prévoit, dans sa rédaction applicable au litige, que : " Le militaire, à l'exception de l'officier de carrière et du militaire commissionné, peut se porter candidat pour l'accès aux emplois réservés, sur demande agréée, dans les conditions prévues par le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre./ En cas d'intégration ou de titularisation, la durée des services effectifs du militaire est reprise en totalité dans la limite de dix ans pour l'ancienneté dans le corps ou le cadre d'emploi d'accueil de catégorie C. Elle est reprise pour la moitié de la durée des services effectifs dans la limite de cinq ans pour l'ancienneté dans le corps ou le cadre d'emploi de catégorie B ".
3. D'autre part, les militaires peuvent également demander leur détachement, éventuellement suivi d'une intégration, au sein de la fonction publique civile dans les conditions énoncées au I de l'article L. 4139-2 du même code aux termes duquel : " Le militaire, remplissant les conditions de grade et d'ancienneté peut, sur demande agréée, après un stage probatoire, être détaché, dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat, pour occuper des emplois vacants et correspondant à ses qualifications au sein des administrations de l'Etat, des collectivités territoriales, de la fonction publique hospitalière et des établissements publics à caractère administratif, nonobstant les règles de recrutement pour ces emplois./ Les contingents annuels de ces emplois sont fixés par voie réglementaire pour chaque administration ()./ Après un an de détachement, le militaire peut demander, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, son intégration ou sa titularisation dans le corps ou le cadre d'emploi dont relève l'emploi considéré, sous réserve de la vérification de son aptitude. () / En cas d'intégration ou de titularisation, l'intéressé est reclassé à un échelon comportant un indice égal ou, à défaut, immédiatement supérieur à celui détenu dans le corps d'origine ". Aux termes de l'article
R. 4139-20 du même code, pris pour l'application de cet article L. 4139-2 : " L'intégration est prononcée par l'autorité ayant le pouvoir de nomination dans le corps d'accueil. Le militaire est alors radié des cadres ou rayé des contrôles de l'armée active à la date de son intégration. / Le militaire est nommé à l'emploi dans lequel il a été détaché et classé dans le corps, en tenant compte, le cas échéant, des responsabilités correspondant à son emploi d'intégration, à un grade et à un échelon doté d'un indice égal ou à défaut immédiatement supérieur à celui dont il bénéficiait en qualité de militaire ".
4. Les dispositions de l'article L. 4139-3 du code de la défense fixent les modalités selon lesquelles la carrière antérieure du militaire qui devient fonctionnaire en étant recruté sur un emploi réservé est prise en considération pour déterminer l'ancienneté dont il bénéficie dans le corps qu'il rejoint lors de sa titularisation. Cette reprise d'ancienneté permet de déterminer, au regard des dispositions statutaires propres à chaque corps, l'échelon auquel il doit être reclassé et, par suite, l'indice qui en résulte. Ces dispositions ne prévoient pas que le reclassement dans la fonction publique d'un ancien militaire, recruté au titre de la législation sur les emplois réservés, tienne compte de l'indice détenu par l'intéressé lorsqu'il était militaire, alors même que cela est le cas pour d'autres modes d'intégration de militaires dans un emploi civil, notamment en application des articles L. 4139-2 et R. 4139-20 du code de la défense.
5. D'une part, M. B ne peut tirer des dispositions citées un droit à être reclassé dans son corps d'accueil à un grade et un échelon doté d'un indice égal ou à défaut immédiatement supérieur à celui dont il bénéficiait en qualité de militaire et conserver, à titre personnel, l'indice détenu dans son grade militaire dans l'hypothèse où l'indice afférent à l'échelon sommital de son grade d'accueil serait inférieur à celui qu'il détenait dans son grade d'origine. En effet, les dispositions de l'article L. 4139-3 du code de la défense fixent les modalités selon lesquelles la carrière antérieure du militaire qui devient fonctionnaire en étant recruté sur un emploi réservé est prise en considération pour déterminer l'ancienneté dont il bénéficie dans le corps qu'il rejoint lors de sa titularisation. Cette reprise d'ancienneté permet de déterminer, au regard des dispositions statutaires propres à chaque corps, l'échelon auquel il doit être reclassé et, par suite, l'indice qui en résulte. Ces dispositions ne prévoient pas que le reclassement dans la fonction publique d'un ancien militaire, recruté au titre de la législation sur les emplois réservés, tienne compte de l'indice détenu par l'intéressé lorsqu'il était militaire, alors même que cela est le cas pour d'autres modes d'intégration de militaires dans un emploi civil, notamment en application des articles L. 4139-2 et R. 4139-20 du code de la défense. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que, pour procéder à son détachement, le ministre de l'intérieur et des outre-mer a commis une erreur de base légale en se fondant sur les dispositions citées de l'article L. 4139-3 du code de la défense, qui prévoient uniquement, dans le cas de M. B une reprise d'ancienneté dans la limite de cinq ans.
6. D'autre part, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que le ministre de l'intérieur et des outre-mer avait l'obligation d'informer M. B, qui avait sollicité le
4 octobre 2012 son détachement expressément et sans ambivalence sur le fondement des dispositions de l'article L.4139-3 du code de la défense, qu'il existait d'autres fondements textuels de détachement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'Etat a commis une faute sur ce point.
7. Il résulte de ce qui précède que, en l'absence de faute et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense en ce qui concerne le préjudice de rémunération, les conclusions indemnitaires de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions indemnitaires de M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre mer.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Deleplancque, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
E. SCHOR
Le président,
Signé
O. GUISERIXLa greffière,
Signé
C. PAUILLAC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026