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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201654

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201654

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201654
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantVEDESI - SCP SCHMIDT VERGNON PELISSIER THIERRY EARD-AMINTHAS & TISSOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 novembre 2022, le Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte, représenté par Me Vignot, demande au

tribunal :

1°) de condamner la commune de Cayenne à lui verser la somme de 22 428 euros ainsi que les intérêts moratoires, sur le fondement de la responsabilité contractuelle ou extracontractuelle ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Cayenne la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient qu'il a exécuté le contrat conclu avec la commune de Cayenne et en particulier des prestations contractuelles à hauteur de 22 428 euros, qui sont restées à tort impayées.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 août 2024, la commune de Cayenne, représentée par Me Sagne, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge du groupement requérant la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir, à titre principal, la requête est irrecevable car elle est tardive et, à titre subsidiaire, que la requête n'est pas fondée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la commande publique ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor,

- et les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte et la commune de Cayenne ont conclu en mars 2020 sur le fondement des dispositions des articles L. 2122-1 et R.2122-3 du code de la commande publique un marché ayant pour objet la mise en tourisme bleu durable de la destination " Cayenne, Escale de l'Amazonie, Patrimoine Phare des Caraïbes " pour un montant de 176 000 euros correspondant à sept missions déclinées en 198 jours de travail. Outre un acompte de 10% payable dès la conclusion du marché, il est prévu dans ce contrat que les factures émises mensuellement par le groupement correspondront à des acomptes mensuels des prestations réalisées par lui durant le mois N-1. Dans le cadre de ce contrat, le groupement requérant a notamment émis une facture n°2021-0002 le 28 juillet 2021 pour un montant de 18 468 euros HT ainsi qu'une facture n°2021-00017 le 23 novembre 2021 pour un montant de 3 960 euros HT pour un total de 22 428 euros. Ces factures n'étant pas payées par la commune, le groupement requérant en a de nouveau demandé le paiement à la commune par trois lettres du 30 mai et du 4 juillet et du 12 septembre 2022. La commune n'a pas répondu à ces demandes. Par la présente requête, le Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte demande au tribunal de condamner la commune de Cayenne à lui verser la somme de 22 428 euros ainsi que les intérêts moratoires.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée./ Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ()". Aux termes de l'article R.421-2 du même code : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours. / La date du dépôt de la demande à l'administration, constatée par tous moyens, doit être établie à l'appui de la requête. / Le délai prévu au premier alinéa n'est pas applicable à la contestation des mesures prises pour l'exécution d'un contrat. ".

3. Il résulte de l'instruction que la commune de Cayenne a reçu le 19 septembre 2022 le courrier du 12 septembre 2022 par lequel le Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte a demandé à la commune de Cayenne de payer les factures

n°2021-0002 le 28 juillet 2021 pour un montant de 18 468 euros HT et n°2021-00017 du

23 novembre 2021 pour un montant de 3 960 euros HT, pour un total de 22 428 euros, ainsi que le paiement des intérêts moratoires. Le silence gardé par la commune de Cayenne sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet le 19 novembre 2022. En application du troisième alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative précité, aucun délai de recours n'était applicable. En tout état de cause, le délai de recours dont disposait le groupement requérant pour adresser au tribunal administratif un recours contentieux contre cette décision implicite n'aurait pu expirer que le 19 janvier 2023. La requête du groupement a été enregistrée le 21 novembre 2022, soit dans ce délai de recours contentieux, de sorte que la fin de

non-recevoir opposée en défense sur ce point doit être écartée.

Sur les conclusions tendant au paiement des factures n°2021-0002 et n°2021-00017 :

4. Aux termes de l'article L. 2122-1 du code de la commande publique, dans sa version en vigueur à la date de conclusion du marché litigieux : " L'acheteur peut passer un marché sans publicité ni mise en concurrence préalables dans les cas fixés par décret en Conseil d'Etat lorsque en raison notamment de l'existence d'une première procédure infructueuse, d'une urgence particulière, de son objet ou de sa valeur estimée, le respect d'une telle procédure est inutile, impossible ou manifestement contraire aux intérêts de l'acheteur. ". Aux termes de l'article R. 2122-3 du même code : " L'acheteur peut passer un marché sans publicité ni mise en concurrence préalables lorsque les travaux, fournitures ou services ne peuvent être fournis que par un opérateur économique déterminé, pour l'une des raisons suivantes :/ () / 3° L'existence de droits d'exclusivité, notamment de droits de propriété intellectuelle./ Le recours à un opérateur déterminé dans les cas mentionnés aux 2° et 3° n'est justifié que lorsqu'il n'existe aucune solution de remplacement raisonnable et que l'absence de concurrence ne résulte pas d'une restriction artificielle des caractéristiques du marché. ". Aux termes de l'article R. 2112-6 du même code : " Les prix des prestations faisant l'objet d'un marché sont : / 1° Soit des prix unitaires appliqués aux quantités réellement livrées ou exécutées ; / 2° Soit des prix forfaitaires appliqués à tout ou partie du marché, quelles que soient les quantités livrées ou exécutées. ". Aux termes de l'article 20 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Le contrôle des comptables publics sur la validité de la dette porte sur :/ 1° La justification du service fait ; ".

5. Lorsque les parties soumettent au juge un litige relatif à l'exécution du contrat qui les lie, il incombe en principe à celui-ci, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat. Toutefois, dans le cas seulement où il constate une irrégularité invoquée par une partie ou relevée d'office par lui, tenant au caractère illicite du contenu du contrat ou à un vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement, il doit écarter le contrat et ne peut régler le litige sur le terrain contractuel.

6. Si la commune de Cayenne souligne que le marché litigieux a été conclu sans publicité ni mise en concurrence, en application des dispositions des articles L. 2122-1 et R.2122-3 du code de la commande publique, et indique que " la mise en œuvre du contrat a davantage servi les intérêts particuliers du titulaire du marché que ceux du service public ", elle observe également que " les formalités de passation du contrat de marché entre la commune de Cayenne et Odyssea sont conformes à la loi " et ne fait état d'aucun vice d'une particulière gravité relatif notamment aux conditions dans lesquelles les parties ont donné leur consentement. Elle précise d'ailleurs qu'elle a consulté un avocat pour s'assurer de la validité de son consentement. Dans ces conditions, et alors que le groupement requérant, qui est lié à la commune par un contrat, ne peut exercer, à l'encontre de la commune en raison des troubles dont il fait état, d'autre action que celle procédant de ce contrat, il incombe au juge, eu égard à l'exigence de loyauté des relations contractuelles, de faire application du contrat.

7. La commune de Cayenne fait valoir que les biens correspondant aux deux factures litigieuses n'ont pas été réellement livrés ou exécutés. Elle précise qu'elle a versé au groupement co-contractant la somme de 34 570 euros, somme devant être jugée satisfactoire.

8. En ce qui concerne la facture n°2021-0002 le 28 juillet 2021 pour un montant de 18 468 euros HT, dans son rapport sur cette facture, le groupement requérant indique qu'il a réalisé un contrat territorial d'objectifs " en complémentarité avec ceux de la Communauté d'Agglomération du Centre Littoral et la commune de Sinnamary ", qu'il a réalisé la " phase 1 de l'inventaire de la destination Cayenne au travers de ses sites touristiques culturels et de ses sites touristiques naturels ", a participé à " plusieurs réunions pour le collectif guyanais ", a rédigé un document " inscrivant la commune dans le label au travers de son patrimoine naturel et culturel vus de la mer ", a réalisé des " textes pour le storytelling des routes bleues thématiques ", pour enfin " géopositionner sur le logiciel exclusif Geodyssea les escales et les étapes des routes bleues mythiques de Guyane Amazonienne au cœur de la grande Caraïbe selon le storytelling ". Pour faire valoir que les prestations objet de cette facturation n'ont pas été livrées ou exécutées conformément au contrat, la commune fait valoir, notamment s'agissant des deux premières lignes de cette facture, correspondant à huit jours de travail, que le groupement requérant n'a formulé aucune analyse ni préconisation innovante mais s'est borné à compiler des documents existants, élaborés notamment par la Communauté d'Agglomération du Centre Littoral (CACL) et la commune de Sinnamary, avec quelques photographies fournies par son propre service de communication. Cependant, la commune se borne à cette affirmation sans l'établir, notamment sans produire les documents déjà existants auxquels elle se réfère. En ce qui concerne les troisième et quatrième lignes de cette facture n°2021-0002 le 28 juillet 2021, relative à la réalisation, par le groupement co-contractant, d'un inventaire de la commune au travers de ses sites touristiques culturels d'une part et naturels d'autre part, la commune se borne à indiquer, sans produire de précisions au soutien de ses allégations, que " le travail fourni ne représente pas, à ses yeux, un avancement de 40% de la mission ", alors que cette quotité de 40% n'apparaît pas sur la facture litigieuse. La commune précise " il semble que ledit document ait été mis à jour après la facturation. De plus, il ne reflète en rien l'état d'avancement allégué au moment de la facturation ", mais ici encore elle n'apporte aucune précision sur la chronologie à laquelle elle se réfère. En ce qui concerne la cinquième ligne de la facture litigieuse, concernant la mission de " définir le comité de pilotage des routes bleues mythiques de la caraïbe sous forme d'un développement local par et avec les acteurs locaux (DLAL) dans l'innovation à " triple hélice " (université/recherche, entreprises, collectivités publiques), la commune observe qu'un jour de travail a été facturé pour de " rares réunions dont la plupart () se sont tenues en l'absence des partenaires qui étaient censés en être informés et consultés ". En se bornant à ces observations non assorties de précisions, notamment en termes, par exemple, de dates, thèmes ou comptes-rendus de réunions, alors que pour sa part le groupement requérant produit une photo de la réunion tenue le 20 avril 2021, la commune n'établit pas la réalité de ses affirmations. En ce qui concerne la facturation de deux journées de travail pour la rédaction de la fiche portant sur l'histoire maritime du territoire, la commune observe que seuls deux jours au lieu des 60 prévus contractuellement ont été consacrés à cette mission. Toutefois, il résulte de l'instruction que 60 jours de travail étaient prévus dans le contrat (mission 4) non pas seulement pour rédiger cette fiche mais pour la " réalisation du Livre Bleu de Cayenne décrivant la faisabilité organisationnelle de la commune de Cayenne, une ville-port d'avenir qui s'engage dans une Stratégie de Smart Specialisation d'économie bleue avec ses acteurs locaux et entreprises, un espace partagé, connecté et ouvert, un véritable lieu de vie, de recherche, de loisirs nautiques, plaisance, croisière, pescatourisme, de culture dans le respect des enjeux, objectifs, marques, modèles et labels européen Odyssea ". A la supposer même établie, la circonstance que seuls 2 des 60 jours prévus aient été réalisés, en elle-même, ne saurait justifier le refus de paiement de ces deux journées de travail, alors qu'aucune stipulation contractuelle ne prévoit que ces 60 jours doivent s'effectuer en une seule fois. La commune s'interroge en outre sur les conséquences concrètes et opérationnelles de cette fiche. Il résulte de l'instruction que le contrat, notamment dans le descriptif de sa mission 4, prévoit que le groupement requérant " travaillera en collaboration avec les entreprises choisies pour mener à bien l'étude de requalification du secteur du vieux port de Cayenne ". La commune de Cayenne n'établit pas que la rédaction d'une fiche sur l'histoire maritime du territoire ne s'inscrit pas dans le cadre de cette mission contractuelle. En ce qui concerne la facturation de quatre journées de travail pour " Ecrire le storytelling et tracer les Routes Bleues sur le logiciel exclusif Geodyssea à partir des 13 items du patrimoine maritime et fluvial - parcours communal, sentier le long du fleuve et produits Routes Bleues ", la commune observe que les trois pages rendues par le co-contractant présentant les amérindiens, la biodiversité et la pêche " ne donnent aucune visibilité à la création du comité de pilotage destiné à la mise en synergie des acteurs et moyens du tourisme durable et de la croissance bleue " et que l'exécution de la mission 4 ne fait pas référence à la médiation numérique contractuellement attendue et à l'élaboration d'un véritable livre bleu. Toutefois, ici encore, la commune ne précise pas les raisons pour lesquelles les quatre journées de travail facturées à ce titre ne sont pas, selon elle, facturables. En ce qui concerne la facturation de trois journées de travail pour " Géopositionner sur le logiciel exclusif Geodyssea les escales et les étapes des routes bleues mythiques de Guyane amazonienne au cœur de la Grande Caraïbe selon le storytelling ", la commune fait valoir que le co-contractant s'est borné à réaliser un géo-positionnement sur un fond de 15 photos aériennes de la ville de Cayenne (marchés, places) sans autre élément sur les établissements touristiques (hôtels, restaurants, etc.) et les sites remarquables du centre littoral. Toutefois, la circonstance que la commune estime que certains sites auraient dû également figurer sur la cartographie touristique établie par le groupement requérant ne suffit pas à justifier le refus de respecter son propre engagement contractuel à cet égard. En outre, la circonstance, à la supposer établie car le rapport pour la facturation n°20-2021-00 auquel la commune se réfère n'est pas produit par elle, comporte de nombreux logos, ne suffit pas à établir que le groupement n'a pas réalisé et livré la prestation attendue. Enfin, concernant la facturation d'une journée de travail pour " Définir, concevoir et rédiger par le transmédia la médiation numérique multimédia (dessins, photos, vidéos, réalité virtuelle et augmentée) pour illustrer le récit des Routes Bleues (DLAL) avec les 9 grands opérateurs Odyssea ", la commune se borne à affirmer sans l'établir que le groupement requérant " s'est contenté d'un copier/coller d'illustrations existantes, dépourvu de toute innovation ". Dans ces conditions, la commune de Cayenne n'établit pas que le Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte n'a pas exécuté les prestations correspondant aux deux factures qu'elle s'était engagée à payer par le contrat qu'elle a conclu avec lui en mars 2020.

9. En ce qui concerne la facture n°2021-00017 du 23 novembre 2021 pour un montant de 3 960 euros HT, correspondant à la rédaction du Livre Bleu Odyssea, la commune de Cayenne ne produit aucun élément de nature à remettre en cause la réalisation des prestations facturées et n'est donc pas fondée à soutenir qu'elles n'ont pas été effectuées.

10. Il résulte de ce qui précède que le Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte est fondé à réclamer l'exécution du contrat qu'il a conclu avec la commune de Cayenne en ce qui concerne le paiement des factures n°2021-0002 du

28 juillet 2021 et n°2021-00017 du 23 novembre 2021, pour un total de 22 428 euros.

Sur les intérêts moratoires :

11. Aux termes de l'article L.2192-12 du code de la commande publique : " Sous réserve des dispositions prévues aux articles R. 2192-13, R. 2192-17 et R. 2192-18, le délai de paiement court à compter de la date de réception de la demande de paiement par le pouvoir adjudicateur ou, si le marché le prévoit, par le maître d'œuvre ou toute autre personne habilitée à cet effet. ". Aux termes de l'article L. 2192-12 du même code : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire. / Il ouvre droit, dans les conditions prévues à la présente sous-section, à des intérêts moratoires, à une indemnité forfaitaire et, le cas échéant, à une indemnisation complémentaire versés au créancier par le pouvoir adjudicateur. () ". Aux termes de l'article R.2192-13 du même code : " Dès le lendemain de l'expiration du délai de paiement ou de l'échéance prévue par le marché, le retard de paiement fait courir, de plein droit et sans autre formalité, des intérêts moratoires dont le taux est fixé par voie réglementaire. / Il ouvre droit, dans les conditions prévues à la présente sous-section, à des intérêts moratoires, à une indemnité forfaitaire et, le cas échéant, à une indemnisation complémentaire versés au créancier par le pouvoir adjudicateur. () ". L'article R. 2192-14 du même code dispose : " La date de réception de la demande de paiement et la date d'exécution des prestations sont constatées par les services du pouvoir adjudicateur ou, le cas échéant, par le maître d'œuvre ou la personne habilitée à cet effet. / A défaut, la date de la demande de paiement augmentée de deux jours fait foi. En cas de litige, il appartient au créancier d'apporter la preuve de cette date () ". Aux termes de l'article R.2192-31 du même code : " Le taux des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. ".

12. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que le Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte avait droit au paiement des factures litigieuses à l'issue d'un délai de trente jours augmenté suivant réception de la demande de paiement. La date de réception de ces factures n'étant pas en litige, en vertu des dispositions précitées de l'article R.2192-14 du code la commande publique, la date de la demande de paiement augmentée de deux jours fait foi. Dès lors, la facture émise le 28 juillet 2021 doit être regardée comme ayant été reçue le jour même et la commune de Cayenne disposait donc d'un délai de trente jours à compter de sa réception pour la régler, soit le 27 août 2021. Le point de départ des intérêts moratoires mentionnés à l'article L. 2192-13 du code de la commande publique doit donc être fixé le lendemain de l'expiration du délai de paiement augmenté de deux jours, soit le 30 août 2021. En ce qui concerne la facture du 23 novembre 2021, pour les mêmes motifs, cette date doit être fixée au 26 décembre 2021. Dès lors, le groupement requérant est fondé à demander le paiement d'intérêts moratoires à compter du 30 août 2021 pour la facture du 28 juillet 2021 et du 26 décembre 2021 pour la facture du 23 novembre 2021.

13. En se bornant à rappeler qu'une demande de capitalisation de ces intérêts est possible en vertu des articles 1103, 1193, 1104 et 1154 du Code civil et de l'arrêt du Conseil d'Etat du 13 décembre 2002, Compagnie d'assurances Les Lloyd's de Londres, le groupement requérant ne peut être regardé comme formulant une telle demande de capitalisation.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune de Cayenne demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Cayenne une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par le Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Cayenne est condamnée à verser au Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte la somme de 22 428 euros augmentée des intérêts moratoires, respectivement à compter du 30 août 2021 pour la facture du 28 juillet 2021 de 18 468 euros et du 26 décembre 2021 pour la facture du 23 novembre 2021 de 3 960 euros.

Article 2 : La commune de Cayenne versera au Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Cayenne présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au Groupement Européen Odyssea Tourisme Durable et Croissance Bleue et Verte et à la commune de Cayenne.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 24 octobre 2024.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

La présidente,

Signé

E. ROLIN

La greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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