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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2201669

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2201669

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2201669
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantFERNANDEZ-BEGAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 novembre 2022 et le 13 février 2023, M. B A, représenté par Me Richard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de l'ouest guyanais à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi du fait du harcèlement moral dont il a été victime avec intérêts et capitalisation de ces intérêts :

2°) de condamner le centre hospitalier de l'ouest guyanais à lui verser la somme de 3 000 euros au titre du remboursement de frais de procédure auxquels il a droit dans le cadre de la protection fonctionnelle ;

3°) de supprimer du mémoire en défense les propos injurieux, outrageants ou diffamatoires en application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de l'ouest guyanais la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est victime de harcèlement moral car ses arrêts de travail médicaux sont contestées, son traitement a été interrompu, on ne lui a pas payé les jours qu'il avait épargnés sur son compte-épargne temps, le planning que la DRH de l'hôpital avait validé a été remis en cause un mois plus tard, une procédure d'abandon de poste a été intentée contre lui avant d'être remplacée par un congé de maladie ordinaire puis une nouvelle décision ;

- ses conditions de travail se sont dégradées ;

- il est en arrêt maladie de façon ininterrompue depuis le 30 juin 2022 en raison du harcèlement moral qu'il subit.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 janvier 2023 et le 15 avril 2024, le centre hospitalier de l'ouest guyanais, représenté par Me Fernandez-Begault, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. A la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 31 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au

1er juillet 2024.

Le centre hospitalier de l'ouest guyanais a été invité, en application de l'article

R. 613-1-1 du code de justice administrative, à produire une extraction du logiciel OCT1ME au 31 décembre 2022 ainsi que la signification des acronymes NSC et C45 sur le planning OCT1ME en vue de compléter l'instruction.

Un mémoire présenté pour M. A a été enregistré le 8 juillet 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu :

- les autres pièces des dossiers.

Vu ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Schor,

- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public,

- et les observations de Me Marcault-Derouard, substituant Me Richard, représentant

M. A et de Me Fernandez-Begault, représentant le centre hospitalier de l'ouest guyanais.

Considérant ce qui suit :

1. M. A était ingénieur hospitalier, affecté en dernier lieu au centre hospitalier de l'ouest guyanais (CHOG). Par un courrier du 1er juin 2022, il a sollicité son placement à la retraite au 1er janvier 2023. Par un courrier du 4 juillet 2022, le directeur du CHOG a émis un avis favorable à son placement en retraite pour carrière longue, à compter du 1er janvier 2023.

Le 29 juin 2022, M. A a annoncé à plusieurs de ses collègues du service technique du CHOG son départ en retraite avec effet immédiat et il a par ailleurs résilié son contrat d'hébergement avec le CHOG avec effet au 30 juin 2022. Par la suite, il n'a plus exercé de fonctions au CHOG entre le 1er juillet 2022 et le 31 décembre 2022. Par un courrier du 2 août 2022, le directeur général du CHOG a informé M. A que s'il n'avait pas repris son poste au plus tard le

8 août 2022, il serait considéré en situation d'abandon de poste, et que cette position entraînerait une radiation des cadres sans procédure disciplinaire préalable. Par un arrêté du 3 août 2022, la même autorité a placé M. A à la retraite à compter du 1er janvier 2023. Par un courrier du

13 septembre 2022, le directeur du CHOG a informé M. A qu'il ne percevrait plus de traitement à compter du 1er septembre 2022, car il était considéré comme ayant rompu de sa propre initiative le lien qui l'unissait au service. Par une décision du 25 octobre 2022, le directeur du CHOG a radié M. A de la fonction publique hospitalière. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de l'ouest guyanais à lui verser la somme de 25 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi du fait du harcèlement moral dont il a été victime ainsi que la somme de 3 000 euros au titre du remboursement de frais de procédure dans le cadre de la protection fonctionnelle.

Sur les conclusions tendant à la réparation d'un préjudice résultant du harcèlement moral et au remboursement de frais correspondant à la protection fonctionnelle :

2. Aux termes de l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun agent ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".

3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement et il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge doit tenir compte des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

4. Pour établir qu'il a été victime de harcèlement moral imputable au centre hospitalier de l'ouest guyanais, M. A, qui n'identifie d'ailleurs aucun auteur spécifique de ce harcèlement, soutient qu'il n'a pas abandonné son poste, contrairement à ce qu'estime le centre hospitalier de l'ouest guyanais, qu'il était en congé de maladie depuis le 30 juin 2022, qu'il disposait de 93 jours épargnés sur son compte et que les décisions contraires de suppression de son traitement et de radiation des cadres à compter du 1er septembre 2022 sont illégales. Il précise que la contestation du bien-fondé de ses arrêts de travail médicaux ainsi que la remise en cause, plus d'un mois après son établissement, d'un planning pourtant validé par le centre hospitalier de l'ouest guyanais sont des agissements constitutifs de harcèlement moral, de même que l'inconstance du centre hospitalier de l'ouest guyanais, qui après lui avoir signifié sa radiation des cadres, l'a placé en congé de maladie ordinaire. Il résulte cependant de l'instruction que, par un courrier du 4 juillet 2022, le directeur du centre hospitalier de l'ouest guyanais émettait un avis favorable au placement en retraite de M. A à compter du 1er janvier 2023, le remerciait pour les services qu'il avait rendus et lui souhaitait une longue et heureuse retraite. Par un arrêté du 3 août 2022, la même autorité a confirmé ce placement de M. A à la retraite à compter du 1er janvier 2023. Par ailleurs, M. A convient que son traitement correspondant au mois d'août 2022 lui a finalement été versé. Ainsi, les faits qui, selon le requérant, caractérisent un harcèlement moral, se situent entre août et fin octobre 2022, soit entre deux et trois mois. La circonstance que la décision de radier M. A des cadres, en le considérant en situation d'abandon de poste soit illégale, n'est pas de nature à caractériser un agissement répété constitutif, en lui-même, de harcèlement moral. En outre, alors même que ces différents éléments révèlent une gestion des ressources humaines critiquable, ces faits ne constituent pas, eu égard à l'absence de leur réitération et à l'absence d'auteur identifié manifestant une volonté de nuire au requérant, des agissements répétés caractérisant un harcèlement moral. Par ailleurs, alors que M. A disposait d'arrêts de travail pour maladie suite à sa contamination par le virus du COVID, il n'établit pas que ces arrêts étaient en réalité la conséquence de la dégradation de ses conditions de travail, alors au demeurant qu'il n'a plus occupé ses fonctions depuis le 30 juin 2022. Par suite, M. A n'est pas fondé à demander réparation des préjudices qu'il aurait subis du fait d'un harcèlement moral de la part du centre hospitalier de l'ouest guyanais et les conclusions indemnitaires afférentes doivent être rejetées.

5. En second lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. A n'est pas fondé à soutenir qu'il a été victime de harcèlement moral. Par conséquent, il n'est pas non plus fondé à soutenir qu'il aurait dû bénéficier de la protection fonctionnelle prévue par l'article L. 134-5 du code général de la fonction publique et les conclusions indemnitaires afférentes doivent également être rejetées.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation de la requête de M. A doivent être rejetées.

Sur l'application de l'article L. 741-2 du code de justice administrative dans les deux requêtes :

7. Aux termes de l'article L. 741-2 du code de justice administrative : " Sont également applicables les dispositions des alinéas 3 à 5 de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881 ci-après reproduites : / " () Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts () ".

8. Les passages des écritures du centre hospitalier de l'ouest guyanais dont la suppression est demandée n'excèdent pas le droit à la libre discussion et ne présentent pas un caractère injurieux. Les conclusions tendant à leur suppression doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés aux litiges :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier de l'ouest guyanais, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier de l'ouest guyanais et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : M. A versera au centre hospitalier de l'ouest guyanais une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre hospitalier de l'ouest guyanais et à la ministre du travail, de la santé et des solidarités.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

E. SCHOR

Le président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. PAUILLAC

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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