jeudi 28 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2201779 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | RADAMONTHE FICHET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 10 décembre 2022, le 18 et le
29 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Radamonthe-Fichet, demande au tribunal :
1°) de condamner la Collectivité Territoriale de Guyane à lui verser la somme de
100 344,75 euros, correspondant à 59 500 euros au titre de sa rémunération, 25 844,75 euros au titre des préjudices subséquents, 15 000 euros au titre de son préjudice moral avec capitalisation des intérêts ;
2°) d'enjoindre à la Collectivité Territoriale de Guyane de lui verser ces montants dès notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de la Guyane la somme de
4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-elle a été victime d'une suspension d'activité illégale et injustifiée le 25 février 2022 ;
- en raison de cette suspension et de la limitation de son salaire à une indemnité d'attente, elle a connu de très graves difficultés financières à partir du 23 mai 2022 et a été expulsée de son logement le 9 août 2022 ;
- elle a perçu une indemnité compensatoire pendant plus de quatre mois alors que cette indemnité ne devait durer qu'au plus 4 mois ;
- la CTG n'a pas repris le versement de son salaire après la suspension du
25 février 2022 ;
- elle n'a commis aucune faute.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 novembre 2023 et le 24 octobre 2024, la collectivité territoriale de la Guyane, représentée par Me Page, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- Mme A recherche sa responsabilité en raison de la suspension d'agrément du 25 février 2022 mais n'a contesté ni cette suspension ni la décision de non-renouvellement de cet agrément, intervenue le 6 septembre 2022 en raison de l'absence de logement de la requérante ni son licenciement consécutif intervenu le 15 novembre 2022 ;
- la période durant laquelle la suspension du 25 février 2022 aurait pu générer un préjudice pour la requérante n'est circonscrite qu'à quatre mois ;
- elle n'a pas commis de faute susceptible d'engager sa responsabilité et en particulier la décision du 25 février 2022 n'est pas entachée d'inexactitude matérielle des faits, la décision de classement sans suite n'ayant pas autorité de chose jugée ;
- Mme A n'établit pas le lien de causalité entre la suspension du
25 février 2022 et les préjudices matériel et moral dont elle se prévaut.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Schor,
- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public,
- et les observations de Mme A et de Me Page, représentant la Collectivité territoriale de la Guyane.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été agréée le 30 juin 2017 pour cinq ans par la Collectivité territoriale de la Guyane (CTG) pour accueillir à son domicile deux enfants mineurs, en qualité d'assistante familiale. Mme A a parallèlement conclu le 16 novembre 2017 un contrat à durée indéterminée avec la CTG pour accueillir à son domicile les enfants mineurs qui lui seraient confiés. Par une décision du 25 février 2022, la CTG a suspendu à titre temporaire l'agrément d'assistante familiale de Mme A pour une durée de 4 mois. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner la Collectivité Territoriale de Guyane à lui verser la somme de 59 500 euros au titre de sa rémunération, 25 844,75 euros au titre des préjudices subséquents, 15 000 euros au titre de son préjudice moral avec capitalisation des intérêts.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-2 du code de l'action sociale et des familles : " L'assistant familial est la personne qui, moyennant rémunération, accueille habituellement et de façon permanente des mineurs et des jeunes majeurs de moins de vingt et un ans à son domicile. Son activité s'insère dans un dispositif de protection de l'enfance, un dispositif médico-social ou un service d'accueil familial thérapeutique. Il exerce sa profession comme salarié de personnes morales de droit public ou de personnes morales de droit privé dans les conditions prévues par les dispositions du présent titre ainsi que par celles du chapitre III du présent livre, après avoir été agréé à cet effet. / L'assistant familial constitue, avec l'ensemble des personnes résidant à son domicile, une famille d'accueil ". En vertu de l'article L. 421-3 de ce code, l'agrément est accordé aux assistants familiaux si les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des mineurs et majeurs de moins de vingt et un ans accueillis, en tenant compte des aptitudes éducatives de la personne. Aux termes des troisième et quatrième alinéa de l'article L. 421-6 du même code : " Si les conditions de l'agrément cessent d'être remplies, le président du conseil départemental peut, après avis d'une commission consultative paritaire départementale, () procéder à son retrait. En cas d'urgence, le président du conseil départemental peut suspendre l'agrément. Tant que l'agrément reste suspendu, aucun enfant ne peut être confié. / Toute décision de retrait de l'agrément, de suspension de l'agrément () doit être dûment motivée et transmise sans délai aux intéressés ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au président de la collectivité départementale de s'assurer que les conditions d'accueil garantissent la sécurité, la santé et l'épanouissement des enfants accueillis. Dans l'hypothèse où il est informé de suspicions de comportements susceptibles de compromettre la santé, la sécurité ou l'épanouissement d'un enfant, de la part du bénéficiaire de l'agrément ou de son entourage, il lui appartient, dans l'intérêt qui s'attache à la protection de l'enfance, de tenir compte de tous les éléments portés à la connaissance des services compétents du département ou recueillis par eux. Il peut procéder à la suspension de l'agrément lorsque ces éléments revêtent un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et révèlent une situation d'urgence, ce dont il lui appartient le cas échéant de justifier en cas de contestation de cette mesure de suspension devant le juge administratif, sans que puisse y faire obstacle la circonstance qu'une procédure pénale serait engagée, à laquelle s'appliquent les dispositions de l'article 11 du code de procédure pénale.
4. Il résulte de l'instruction que plusieurs témoignages, émanant tant d'adultes que d'une enfant accueillie et de sa sœur majeure, ont relaté des faits de négligence, maltraitance, et parfois violence, imputables à Mme A. Ces faits ont été rapportés au service de l'aide sociale à l'enfance de Cayenne, qui a décidé d'en informer la CTG le 18 février 2022 et de préconiser " une réorientation urgente de l'ensemble des mineurs accueillis et le placement en mesure conservatoire dans l'attente du traitement par le parquet des éléments recueillis au cours des différents entretiens ". Ainsi, selon plusieurs témoignages, deux des enfants accueillis au domicile de Mme A auraient reçu des gifles de sa part, un enfant aurait subi des violences avec une ceinture de la part du compagnon de Mme A, les enfants auraient également été témoins de scènes de violence physique ou verbale entre Mme A et son compagnon ou entre son compagnon et le fils de la requérante, les tenues vestimentaires et chaussures des enfants accueillis seraient vétustes et trop petits, deux garçons auraient contracté la gale sans être soignés correctement pendant une longue période. Par ailleurs, il résulte du courrier de signalement du 18 février 2022 par les services de l'Assistance Sociale à l'Enfance (ASE) que des professionnels de ce service ont eux-mêmes constaté que le logement de
Mme A était particulièrement sale et en mauvais état, en particulier la cuisine, l'escalier et les chambres des enfants. L'ensemble de ces éléments, eu égard notamment à la diversité de leurs sources, émanant tant de mineurs que de majeurs, revêtaient un caractère suffisant de vraisemblance et de gravité et révélaient une situation d'urgence, de sorte que la CTG pouvait légalement suspendre pour une durée de quatre mois l'agrément de
Mme A. Dès lors, cette dernière n'est pas fondée à soutenir qu'en procédant à cette suspension, la CTG a commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité. Par suite, elle n'est pas non plus fondée à en demander réparation, qu'il s'agisse de la demande au principal ou des intérêts.
5. En second lieu, Mme A soutient que la CTG a commis une faute en ne lui versant pas son salaire ordinaire, une fois la période de quatre mois de suspension d'agrément expirée. Il résulte de l'instruction que cette période de suspension, initialement prévue pour
4 mois, s'est terminée dès le 14 juin 2022 à l'initiative de la CTG, comme indiqué dans son courrier du 17 août 2022. La période de suspension temporaire de cet agrément s'est donc étendue du 25 février 2022 au 14 juin 2022. En vertu de l'article 5-3 Obligations de l'employeur du contrat du 16 novembre 2022, le service employeur pouvait résilier le contrat en cas de non-renouvellement d'agrément mais ne l'a fait que le 15 novembre 2022. La décision de suspension d'agrément du 25 février 2022 indiquait notamment : " Après les 4 mois d'attente, je percevrai le salaire pour le nombre d'enfants confiés au moment de la mise en place de la mesure conservatoire et le temps d'une décision écrite ". Cette décision écrite est intervenue le
17 août 2022 et prévoyait la fin de la suspension litigieuse dès le 14 juin 2022 et la reprise d'activité effective, sous réserve cependant du respect de l'agrément de la requérante. Il résulte de l'instruction que l'agrément dont disposait Mme A, délivré pour cinq ans le
30 juin 2017, a expiré le 29 juin 2022. Mme A pouvait donc prétendre, entre le 14 et le 29 juin 2022, à la rémunération qu'elle percevait avant la suspension du 25 février 2022.
Mme A soutient qu'elle n'a pas perçu, en juin et juillet 2022 la somme qu'elle percevait antérieurement à la suspension de son agrément le 25 février 2022. Toutefois, d'une part son bulletin de paye de juin 2022 comporte, tout comme celui de février 2022, c'est-à-dire antérieurement à la suspension du 25 février 2022, mais contrairement à ceux de mars à
mai 2022, une ligne " FONCTION GLOBALE ACC " indiquant une rémunération pour l'accueil d'enfants et d'autre part le montant net qui lui a été versé en juin 2022 est de
896,23 euros, celui de mai 2022 n'étant que de 561,73 euros. Enfin, il résulte de l'instruction qu'une part substantielle de la rémunération de la requérante correspondait à des indemnités d'entretien, habillement et argent de poche pour les enfants accueillis, et non à son salaire et que ces indemnités n'étaient dues qu'en cas d'accueil d'enfants. Il est constant que
Mme A n'a accueilli aucun enfant entre le 14 et le 29 juin 2022. Par suite, si elle pouvait néanmoins effectivement prétendre à une rémunération car la suspension provisoire de son agrément avait pris fin, elle ne pouvait en revanche percevoir d'indemnités, en l'absence d'enfants réellement accueillis. Dans ces conditions, Mme A n'établit pas que la CTG ne lui aurait pas versé le salaire qui lui était dû à l'issue de la suspension du 25 février 2022, le 14 juin 2022, et jusqu'à l'expiration de son agrément, le 29 juin 2022. Par suite, la requérante n'établit pas que la CTG aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne lui versant pas les salaires dont elle était redevable.
6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires de la requête de
Mme A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
7. Le présent jugement, qui rejette les conclusions indemnitaires de la requête de
Mme A, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la CTG, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme A au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre une somme à la charge de Mme A au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la collectivité territoriale de la Guyane sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la collectivité territoriale de la Guyane.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Guiserix, président,
Mme Schor, première conseillère,
Mme Marcisieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 28 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
E. SCHOR
Le président,
Signé
O. GUISERIX
La greffière,
Signé
M-Y. METELLUS
La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026