mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Guyane |
| Section | Tribunal Administratif de la Guyane |
| N° Dossier | TA106-2201856 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 décembre 2022 et le 19 février 2024, Mme A B, représentée par Me Chong-Sit, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier Andrée Rosemon à lui verser une indemnité de 40 500 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi en raison du non-respect des préconisations de la médecine du travail ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Andrée Rosemon une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre hospitalier a commis une faute inexcusable en n'adaptant pas son poste de travail aux préconisations du médecin du travail ;
- il a également commis une carence fautive en ne lui proposant pas un poste adapté à son état de santé ;
- la responsabilité du centre hospitalier est engagée en application des arrêts du 16 décembre 2013, n° 353798 et 14 novembre 2014, n° 357999 du Conseil d'Etat ;
- elle a subi un préjudice moral qu'elle évalue à 40 500 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2024, le centre hospitalier Andrée Rosemon, représenté par Me Magnaval conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que Mme B lui verse une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en raison de l'imprécision du fondement de responsabilité sur lequel Mme B entend fonder sa demande, en méconnaissance de l'article R. 411-1 code de justice administrative ;
- le fondement de responsabilité tiré de la faute inexcusable au titre de l'article L. 452-1 du code de la sécurité sociale est inopérant dès lors qu'il ne s'applique pas aux relations entre le fonctionnaire et son employeur, personne morale de droit public ;
- les autres moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;
- le décret n° 89-376 du 8 juin 1989 ;
- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Topsi,
- les conclusions de M. Gillmann, rapporteur public,
- et les observations de Me Mazet, substituant Me Chong-Sit, avocat de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, infirmière diplômée d'Etat de classe normale, titulaire depuis le 12 mai 2009, a été détachée, en qualité de stagiaire dans le corps des infirmiers en soins généraux et spécialisés à compter du 1er septembre 2018, au centre hospitalier Andrée Rosemon. Elle a été victime d'un accident de trajet le 26 septembre 2018, lequel a été reconnu imputable au service par une décision du 12 décembre 2018. Le 21 février 2021, la commission de réforme a émis un avis défavorable à sa réintégration. Par une réclamation préalable datée du 14 septembre 2022 et reçue le 19 septembre 2022, elle a sollicité du centre hospitalier le versement d'une indemnité d'un montant de 40 500 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi en raison de l'absence d'aménagement de son poste de travail conformément aux préconisations de la médecine du travail, du 29 novembre 2018 au 21 février 2021. En l'absence de réponse de l'administration, une décision implicite de rejet est née sur sa demande. Par sa requête, elle demande au tribunal de condamner le centre hospitalier Andrée Rosemon à lui verser cette indemnité.
Sur les conclusions indemnitaires présentées sur le fondement de la faute inexcusable :
2. Aux termes de l'article L. 452-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque l'accident est dû à la faute inexcusable de l'employeur ou de ceux qu'il s'est substitués dans la direction, la victime ou ses ayants droit ont droit à une indemnisation complémentaire dans les conditions définies aux articles suivants. ". Aux termes de l'article L. 452-1 du même code : " Lorsque l'accident est dû à la faute inexcusable de l'employeur ou de ceux qu'il s'est substitués dans la direction, la victime ou ses ayants droit ont droit à une indemnisation complémentaire dans les conditions définies aux articles suivants. ". L'article L. 452-3 du même code, tel qu'interprété par le Conseil constitutionnel dans sa décision n° 2010-8 QPC du 18 juin 2010, prévoit que, dans le cas d'une faute inexcusable de l'employeur, la victime a le droit de demander à l'employeur, devant la juridiction de sécurité sociale, la réparation de l'ensemble des dommages non couverts par le livre IV du code de la sécurité sociale.
3. Ces dispositions ne sont toutefois pas applicables aux agents publics titulaires. Dès lors, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées pour engager, devant les juridictions administratives, la responsabilité du centre hospitalier Andrée Rosemon. Au demeurant, il appartiendrait à Mme B d'établir l'existence d'une telle faute, et ce, devant la juridiction de sécurité sociale. Un tel moyen doit donc être écarté.
Sur les conclusions indemnitaires présentées sur le fondement de la carence fautive du centre hospitalier dans l'aménagement de ses conditions de travail :
4. Aux termes de l'article 71 de la loi du 9 janvier 1986, dans sa rédaction alors en vigueur : " Lorsque les fonctionnaires sont reconnus, par suite d'altération de leur état physique, inaptes à l'exercice de leurs fonctions, le poste de travail auquel ils sont affectés est adapté à leur état physique. Lorsque l'adaptation du poste de travail n'est pas possible, ces fonctionnaires peuvent être reclassés dans des emplois d'un autre corps, s'ils ont été déclarés en mesure de remplir les fonctions correspondantes. / Le reclassement est subordonné à la présentation d'une demande par l'intéressé. ". Aux termes de l'article 1er du décret du 8 juin 1989 pris pour l'application de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière et relatif au reclassement des fonctionnaires pour raisons de santé : " Lorsqu'un fonctionnaire n'est plus en mesure d'exercer ses fonctions, de façon temporaire ou permanente, et si les nécessités du service ne permettent pas un aménagement des conditions de travail, l'autorité investie du pouvoir de nomination, après avis du médecin du travail, dans l'hypothèse où l'état du fonctionnaire n'a pas nécessité l'octroi d'un congé de maladie, ou du comité médical, si un tel congé a été accordé, peut affecter ce fonctionnaire dans un poste de travail correspondant à son grade dans lequel les conditions de service sont de nature à permettre à l'intéressé d'assurer ses fonctions. ".
5. Il appartient aux autorités administratives, qui ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents, d'assurer, sauf à commettre une faute de service, la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet. A ce titre, il leur incombe notamment de prendre en compte, dans les conditions prévues par les dispositions ci-dessus rappelées, les propositions d'aménagements de poste de travail ou de conditions d'exercice des fonctions justifiés par l'âge, la résistance physique ou l'état de santé des agents, que les médecins du travail sont seuls habilités à émettre.
6. Mme B a été victime d'un accident de la voie publique le 26 septembre 2018 reconnu imputable au service par une décision du 12 décembre 2018. Elle a été d'abord déclarée apte avec une proposition de temps partiel thérapeutique pour une durée de trois mois, sans port de charges lourdes supérieures à cinq kilogrammes. Il résulte de l'instruction que Mme B a été placée en temps partiel thérapeutique du 29 novembre 2018 au 29 février 2019 et du
1er mars 2019 au 31 mai 2019. A l'issue de cette période, elle a sollicité la reprise de ses fonctions à temps plein, et, par un courrier du 3 juin 2020 reçu le 8 juin 2020 par le centre hospitalier, elle a sollicité l'aménagement de poste de travail.
7. Il résulte, en outre, de l'instruction que le 29 mai 2019 et le 20 novembre 2019, le médecin du travail a d'abord déclaré Mme B apte, sans réserve ni quelconque proposition d'aménagement de son poste de travail. Le 8 juin 2020, dans le cadre de la visite préalable à la reprise à temps plein, le médecin du travail a déclaré que Mme B était apte sous réserve de l'absence d'activités de soins prescrits et non prescrits. Affectée depuis le 1er septembre 2018, au service de néonatalogie, il a été convenu, au terme d'un entretien du 9 juin 2020, entre la cheffe de service et Mme B, que cette dernière serait chargée de réaliser, à titre provisoire, un recensement des besoins des patients et des actions menées en matière d'éducation et plus généralement, une codification des pratiques du service. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette mission n'a pas été effectivement mise en œuvre et que, Mme B devait se rapprocher quotidiennement de son encadrement afin de connaître ses missions.
8. Par ailleurs, il résulte également de l'instruction que, le 11 juin 2020, Mme B a formulé des vœux en vue d'une redéfinition de ses missions. Le 19 août 2020, elle a choisi un poste dans un autre service parmi les choix qui lui avaient été proposés par le centre hospitalier. Toutefois, il résulte de l'instruction que ce poste n'était finalement pas disponible et, lui a été demandé de rester à son poste dans l'attente de l'avis de la commission de réforme, lequel est intervenu le 5 février 2021. Sur la base d'un rapport d'expertise du 21 septembre 2020 concluant à une inaptitude temporaire totale pour une durée de six mois et de l'absence de consolidation à cette date, la commission de réforme a émis un avis défavorable à la reprise de fonctions de l'intéressée dans le service. Par un courriel du 23 juin 2023, le médecin du travail a fixé la date de consolidation au 26 octobre 2023 avec une allocation temporaire d'invalidité de 10%.
9. Mme B ne peut utilement reprocher au centre hospitalier de ne pas avoir procédé à des aménagements de son poste de travail avant le 8 juin 2020, date à laquelle le médecin du travail a précisé l'aptitude de Mme B sous réserve de l'absence d'activités de soins. Enfin, s'il résulte de l'instruction que ses missions étaient définies, au jour le jour, elle n'invoque aucun élément de fait démontrant que le centre hospitalier lui a attribué des missions qui n'étaient pas conformes avec les prescriptions du médecin du travail alors même qu'elle a été placée en congés à plusieurs reprises, pendant de longue période notamment du 24 août 2020 au 30 avril 2021. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le centre hospitalier tenu par une obligation de moyen, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en raison du défaut d'aménagement de son poste de travail conformément aux préconisations du médecin du travail, pour la période de novembre 2018 au 21 février 2021.
Sur les conclusions indemnitaires présentées sur le fondement de la responsabilité sans faute
10. Les dispositions des articles 36 et 37 du décret du 26 décembre 2003 et l'article 80 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière codifié à l'article L. 824-1 du code général de la fonction publique, qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente viagère d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions instituant ces prestations déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation, qui incombe aux collectivités publiques, de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.
11. Il résulte de l'instruction que le médecin du travail a, dans un premier temps, fixé la date de consolidation de l'état de santé de Mme B au 26 octobre 2022 avec une allocation temporaire d'invalidité de 10%. Dans un second temps, par un courriel du 23 juin 2023, le médecin a fixé la date de consolidation au 26 octobre 2023 en relevant que son état de santé ne permettra pas à l'intéressée de reprendre son poste de travail. Si elle se prévaut d'un préjudice moral sur une période allant de novembre 2018 à février 2021, qui est donc antérieur à ces deux dates, il ne résulte toutefois pas de l'instruction que le centre hospitalier se soit prononcé sur sa mise à la retraite ou qu'une rente d'invalidité lui ait été effectivement attribuée. Par suite, elle n'est pas fondée à demander réparation de son préjudice sur le fondement de l'obligation, qui incombe aux collectivités publiques, de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il ne soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions indemnitaires de Mme B ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mise à la charge du centre hospitalier Andrée Rosemon, qui n'est pas la partie perdante, la somme que Mme B demande à ce titre. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par le centre hospitalier Andrée Rosemon et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A B est rejetée.
Article 2 : Mme B versera au centre hospitalier Andrée Rosemon une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B et au centre hospitalier Andrée Rosemon.
Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rolin, présidente,
Mme Topsi, conseillère,
Mme Lebel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
Signé
M. TOPSI
La présidente,
Signé
E. ROLIN La greffière,
Signé
S. MERCIER
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le Greffier en Chef,
Ou par délégation le greffier,
Signé
C. NICANOR
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026