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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300224

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300224

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300224
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantACG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 8 février et 16 mai 2023, M. A B, représenté par Me Thomas, demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de l'Ouest Guyanais à lui verser la somme de 23.754,95 euros correspondant à l'indemnité de fin de contrat prévue par les dispositions de l'article L.1243-8 du code du travail, puis de mettre à sa charge la somme de 2.500 euros au titre des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- le droit à la prime s'appréciant en fin de contrat, les demandes présentées antérieurement en mai 2022 s'analysent comme des demandes de renseignements insusceptibles de faire naître une décision faisant grief ; la décision du 7 décembre 2022 n'a donc aucun caractère confirmatif ;

- le centre hospitalier a fait une inexacte application des dispositions des articles L.1243-8 et L.1243-10 du code du travail.

Par des mémoires en défense enregistrés les 24 avril et 30 mai 2023, le centre hospitalier de l'Ouest Guyanais, représenté par Me Fernandez-Begault, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3.000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il oppose la tardiveté de la requête, puis l'absence de moyen fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacau,

- les conclusions de M. Hegesippe,

- et les observations de Me Fernandez-Begault pour le centre hospitalier de l'Ouest Guyanais, M. B n'étant ni présent, ni reprsenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, chirurgien-dentiste, a été recruté en qualité de praticien attaché associé au centre hospitalier de l'Ouest Guyanais par des contrats successifs pour la période du 13 avril 2017 au 12 avril 2021, puis, en qualité de praticien contractuel par deux contrats successifs pour la période du 1er janvier 2021 au 30 novembre 2022. Il demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de l'Ouest Guyanais à lui verser la somme de 23.754,95 euros correspondant à l'indemnité de fin de contrat prévue par les dispositions de l'article L.1243-8 du code du travail, dite " prime de précarité ".

2. L'article L.1243-8 du code du travail rendu applicable aux praticiens contractuels par l'article R.6152-418 du code de la santé publique dispose que " Lorsque, à l'issue d'un contrat de travail à durée déterminée, les relations contractuelles de travail ne se poursuivent pas par un contrat à durée indéterminée, le salarié a droit, à titre de complément de salaire, à une indemnité de fin de contrat destinée à compenser la précarité de sa situation. Cette indemnité est égale à 10 % de la rémunération totale brute versée au salarié. Elle s'ajoute à la rémunération totale brute due au salarié. Elle est versée à l'issue du contrat en même temps que le dernier salaire et figure sur le bulletin de salaire correspondant ". En vertu du 3° de l'article L.1243-10 du même code, l'indemnité de fin de contrat n'est pas due " lorsque le salarié refuse d'accepter la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée pour occuper le même emploi ou un emploi similaire, assorti d'une rémunération au moins équivalente ".

3. Par un courrier du 23 mai 2022, M. B a informé le directeur de l'établissement qu'il envisageait " de ne plus renouveler " son contrat à durée indéterminée expirant le 30 novembre 2022, puis a sollicité le bénéfice de l'indemnité de fin de contrat prévue à l'article L.1243-8 du code du travail. Par un courriel du 25 mai 2022, il a indiqué que compte tenu des congés non pris, il quitterait le service au début du mois de septembre, en précisant " du coup ça ne servira pas à grand-chose de modifier le contrat actuel en CDI ", puis a renouvelé sa demande de prime. Par un courrier daté du 28 mai 2022, remis en mains propres le 27 mai suivant, M. B a confirmé au directeur que pour des raisons familiales, il ne " pourrait plus " renouveler son contrat, puis a à nouveau sollicité le bénéfice de la prime de précarité.

4. Les dispositions précitées de 3° de l'article L.1243-10 du code du travail ont pour objet d'éviter d'indemniser la rupture de travail choisie au détriment de l'employeur. Dans les circonstances particulières de l'affaire exposées au point précédent, l'intéressé, qui a fait état, dans son courriel du 28 mai 2022, du caractère inutile de la requalification en contrat à durée indéterminée de son contrat en cours, a exprimé sans ambiguïté son refus de conclure tout contrat à durée indéterminée. M. B, qui confirme dans ses écritures avoir indiqué à son employeur " qu'il n'était pas nécessaire de formaliser un contrat à durée indéterminée " et qu'il " ne voyait pas l'intérêt d'une modification en CDI ", ne saurait, dans ces conditions, se prévaloir de la circonstance qu'un tel contrat, qu'il a refusé par anticipation, ne lui a pas été proposé. Il a clairement manifesté sa volonté de ne pas voir requalifier son contrat de travail en contrat à durée indéterminée, ce qui peut être assimilé au refus visé par les dispositions du 3° de l'article L.1243-10 du code du travail, faisant obstacle à l'attribution de la prime de précarité. Il en résulte, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, que M. B n'est pas fondé à demander la condamnation du centre hospitalier de l'Ouest Guyanais à lui payer cette prime.

5. Les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative à l'encontre du centre hospitalier de l'Ouest Guyanais, qui n'est pas la partie perdante, ne peuvent qu'être rejetées. Il n'y a pas lieu, en l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée sur le même fondement par le centre hospitalier de l'Ouest Guyanais.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative par le centre hospitalier de l'Ouest Guyanais sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier de l'Ouest Guyanais.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Lacau, première conseillère,

M. Gillmann, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

C. NICANOR

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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