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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2300468

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2300468

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2300468
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantSEMONIN CLEO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2023, la société Sam Xin, représentée par Me Sémonin, demande au tribunal :

1°) de lui accorder la décharge du montant de 18.800 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L.8253-1 du code du travail et du montant de 5.575 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine prévue par L.822-2 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mise à sa charge le 26 janvier 2023 par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), subsidiairement, de prononcer la décharge du montant de 3.800 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1.500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

La société Sam Xin soutient que :

- la décision du 26 janvier 2023 est insuffisamment motivée au regard des prescriptions des articles L.211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration et des énonciations de la circulaire interministérielle NOR EFIZ1239322C du 28 novembre 2012 relative aux sanctions administratives suite à procès-verbal relevant une infraction de travail illégal ;

- l'OFII s'est fondé sur des faits matériellement inexacts ;

- le présent litige a le caractère d'un litige de plein contentieux ; l'OFII a fait application des dispositions des articles L.8253-1 du code du travail et L.822-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur rédaction issue de la loi n°2012-1509 du 29 décembre 2012 ; l'article L822-3, dans sa rédaction désormais applicable prévoit que le montant total des sanctions pécuniaires ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues aux articles L.8256-2, L.8256-7 et L.8256-8 du même code ; l'article L8256-2 prévoyant une amende de 15 000 euros, elle doit être déchargée du montant de 3.000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2023, l'OFII conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été fixée au 12 août 2023 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code du travail ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 décembre 2006 relatif au montant de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement des étrangers à partir de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion dans leur pays d'origine ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacau,

- les conclusions de M. Gillmann,

- et les observations de Me Semonin pour la société Sam Xin.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L.8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". L'article L.8253-1 du même code prévoit que l'employeur qui a méconnu ces dispositions acquitte, pour chaque travailleur étranger sans titre, une contribution spéciale, dont le montant est fixé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) pour le compte de l'Etat. L'article L.822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date des manquements relevés, prévoit, en outre, que cet employeur acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais de d'éloignement de l'étranger, dont, en vertu de l'article L.822-4 du même code, l'OFII fixe le montant.

2. La SAS Sam Xin, immatriculée au registre du commerce et des sociétés le 8 novembre 2021, exploite à Saint-Laurent du Maroni un restaurant japonais sous l'enseigne " Sushi Ma ". Par une décision du 26 janvier 2023, le directeur général de l'OFII a mis à sa charge la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 18.800 euros et la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement d'un étranger dans son pays d'origine prévue par L.822-2 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 5.575 euros. La société Sam Xin demande la décharge de ces montants, subsidiairement, la décharge du montant de 3.800 euros.

3. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi comme juge de plein contentieux d'une contestation portant sur une sanction prononcée sur le fondement des dispositions citées au point 1, d'examiner tant les moyens tirés des vices propres de la sanction que ceux mettant en cause son bien-fondé et de prendre, le cas échéant, une décision qui se substitue à celle de l'administration.

Sur la légalité externe :

4. En vertu de l'article L.211-2 2° du code des relations entre le public et l'administration, les sanctions doivent être motivées et l'article L.211-5 du même code prévoit que la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. Il résulte de ces dispositions qu'une décision qui met à la charge d'un employeur les contributions spéciale et forfaitaire prévues aux articles L.8253-1 du code du travail et L.822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent.

5. La décision en cause mentionne les articles L.8251-1 et L.8253-1 du code du travail et L.822-2 à L.822-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions sont intégralement reproduites au verso. Elle se réfère, en outre, au procès-verbal d'infraction établi le 25 janvier 2022, puis au courrier du 16 novembre 2022 adressé sous pli recommandé à la société, l'informant des sanctions envisagées. Elle précise les modalités de calcul des montants en se référant, pour la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, aux barèmes fixés par les arrêtés du 5 décembre 2006. Cette motivation est conforme aux prescriptions des articles L.211-2 2° et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

6. Les orientations générales de la circulaire interministérielle NOR : EFIZ1239322C du 28 novembre 2012 relative aux sanctions administratives suite à procès-verbal relevant une infraction de travail illégal, dépourvues de caractère réglementaire et visant les sanctions prononcées par le préfet de département, notamment la fermeture administrative, l'exclusion des contrats administratifs et le sanctions prononcées par les autorités gestionnaires d'aides publique, ne peuvent en tout état de cause être utilement invoquées.

Sur la légalité interne :

7. En premier lieu, si la société requérante, qui conteste la matérialité des faits, fait valoir que le lien de subordination ne peut être tenu pour établi au vu des seules déclarations de l'étranger, assisté d'un interprète en mandarin seulement par téléphone, il n'appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la régularité des procès-verbaux. La nullité du procès-verbal d'infraction ne saurait en tout état de cause faire obstacle à ce que les faits incriminés, qui n'ont pas été contredits par le juge pénal, puissent servir de fondement, dès lors qu'ils sont établis, à la mise en œuvre des contributions spéciale et forfaitaire.

8. Il ressort des mentions du procès-verbal d'infraction dressé le 25 janvier 2022 que le même jour, lors des opérations de contrôle du restaurant exploité par la société Sam Xin, les officiers de police judiciaire ont constaté la présence d'un ressortissant chinois sans titre de séjour et sans contrat de travail, portant un tablier de cuisine, en train de cuisiner. Celui-ci a déclaré lors de son audition qu'après avoir été contacté en Chine " via internet " par le propriétaire de l'établissement pour exercer en qualité de cuistot, employé depuis le 17 janvier 2022, il se trouvait en " phase de test " avant la conclusion d'un éventuel contrat de travail en précisant " je suis le seul à savoir faire des sushis ". Alors que les mentions du procès-verbal d'infraction font foi jusqu'à preuve du contraire, pour établir l'absence de lien de subordination, la société Sam Xin, qui se borne à contester la régularité du procès-verbal, n'apporte aucun commencement de preuve de nature à démontrer l'inexactitude des faits relevés. Dans les circonstances de l'affaire, les faits d'emploi irrégulier d'un travailleur étranger justifiant l'application des sanctions infligées à la société Sam Xin doivent être tenus pour établis.

9. En second lieu, en vertu des dispositions de l'article L.822-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, désormais abrogé par l'article 34 de la n° 2024-42 du 26 janvier 2024, le montant total des sanctions pécuniaires prévues par les articles L.822-2 du même code et L.8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues aux articles L.8256-2, L.8256-7 et L.8256-8 dudit code.

10. Le plafond de 15.000 euros fixé par l'article L.8256-2 du code du travail ne s'applique qu'aux personnes physiques. Il y a lieu, en l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L.8256-2 du même code, en vertu desquelles les personnes morales reconnues pénalement responsables des infractions commises pour leur compte encourent une amende, dans les conditions prévues à l'article 131-38 du code pénal. En vertu des dispositions combinées des articles 121-2 et 131-38 du code pénal, le taux maximum de l'amende est égal au quintuple de celui prévu pour les personnes physiques par la loi qui réprime l'infraction. Ainsi, compte tenu du plafond de 15.000 euros fixé par l'article L.8256-2 du code du travail, l'écrêtement applicable en l'espèce s'élève à 75.000 euros. Dès lors, les conclusions subsidiaires tendant à la décharge du montant de 3.800 euros par application d'un plafond de 15.000 euros ne peuvent qu'être rejetées.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Sam Xin n'est pas fondée à demander la décharge des montants en litige. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre de l'article L.761-I du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Sam Xin est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Sam Xin et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente,

Mme Lacau, première conseillère,

Mme Schor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024

La rapporteure,

Signé

M.T. LACAULa présidente,

Signé

E. ROLINLa greffière,

Signé

R. DELMESTRE-GALPE

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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