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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301391

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301391

jeudi 24 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301391
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 juillet 2023, M. A C B, représenté par Me Pialou, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et, a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de la Guyane de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois et, dans l'attente de lui remettre une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Pialou sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence de son auteure ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il est entaché de deux erreurs de fait dès lors que, d'une part, son contrat de travail a débuté le 1er décembre 2020 et non le 1er mars 2021 et que depuis le 1er décembre 2022, il n'est plus technicien mais qu'il dispose du statut de cadre ; d'autre part, qu'il n'est pas célibataire et qu'il vit en concubinage depuis le 12 décembre 2018 ;

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de la Guyane qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Topsi, conseillère.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C B, ressortissant surinamais, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 22 novembre 2002. Il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 mai 2023, le préfet de la Guyane a refusé de renouveler son titre de séjour, a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et, a fixé le pays de destination. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

3. M. B, ressortissant surinamais, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français le 22 novembre 2002 alors âgé de quatre ans. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Guyane a relevé que l'intéressé a été condamné en 2016 et 2017 par le tribunal correctionnel de Cayenne à une amende de 300 euros et 150 heures de travail d'intérêt général, pour des faits de délit de fuite après un accident par un conducteur de véhicule terrestre ainsi que de recel et conduite d'un véhicule sans permis. Pour opposer la réserve d'ordre public, le préfet s'est également fondé sur les mentions issues du fichier de Traitement des Antécédents Judiciaires (TAJ) selon lesquelles M. B est fiché pour des faits de violences sur conjoint au cours de la période de validité de sa dernière carte de séjour, des faits de transport de stupéfiants en 2018 et violences aggravées en 2016. Toutefois, il ne ressort d'aucun élément du dossier que ces infractions aient fait l'objet de poursuites judiciaires à son encontre. Par ailleurs, il ressort d'une déclaration sur l'honneur que M. B est en couple avec une ressortissante française depuis le 12 décembre 2018. À la date de l'arrêté, cette dernière était enceinte de leur enfant. L'intéressé se prévaut également de la présence sur le territoire de sa mère et de son père, titulaires respectivement d'une carte de séjour pluriannuelle et d'une carte de résident. En outre, il justifie par la production d'un contrat à durée indéterminée et de bulletins de paie, d'une insertion socioprofessionnelle stable sur le territoire français depuis le 1er mars 2021 ainsi que d'une habilitation à la garde, la mise en œuvre et le tir de produits explosifs délivrée le 28 mars 2023. Compte tenu de ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français, M. B est fondé à soutenir que le préfet de la Guyane a méconnu les stipulations qu'il a visées, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que les décisions du 15 mai 2023 portant refus de renouvellement du titre de séjour de M. B et obligation de quitter le territoire français doivent être annulées, ainsi que par voie de conséquence, celles du même jour lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Guyane, sur le fondement des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à M. B un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " autorisant l'exercice d'une activité professionnelle en vertu des dispositions combinées des articles L. 414-10, L. 414-11, L.441-1 et L. 441-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et qu'il lui délivre, dans un délai qu'il convient de fixer à quinze jours à compter de cette même date, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 mai 2023 par lequel le préfet de la Guyane a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A C B, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Guyane de délivrer à M. B un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " autorisant l'exercice d'une activité professionnelle, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de cette même date.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2025 à laquelle siégeaient :

M. Guiserix, président,

Mme Topsi, conseillère,

Mme Lebel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 avril 2025.

La rapporteure,

Signé

M. TOPSILe président,

Signé

O. GUISERIXLa greffière,

Signé

S. PROSPER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en Cheffe,

Ou par délégation la greffière,

Signé

S. MERCIER

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