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AccueilJurisprudence administrativeN° TA106-2301931

Tribunal Administratif de la Guyane — Décision N° TA106-2301931

jeudi 22 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de la Guyane
SectionTribunal Administratif de la Guyane
N° DossierTA106-2301931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de la Guyane a rejeté la requête de M. C, ressortissant haïtien, qui contestait un arrêté préfectoral du 2 juillet 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, assortie d'une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence de la signataire, une sous-préfète bénéficiant d'une délégation régulièrement publiée. Il a également jugé que les moyens soulevés contre l'obligation de quitter le territoire français, notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, n'étaient pas fondés. En conséquence, la décision d'interdiction de retour, dont l'illégalité était soulevée par voie d'exception, a été confirmée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2023, M. E, représenté par Me Seube, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2023 par le préfet de la Guyane en tant qu'il a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Guyane de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai, un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois et, de lui délivrer sans délai, un récépissé ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

- l'arrêté est entaché d'une incompétence de sa signataire ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et familiale ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par la voie de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreurs de fait dès lors que c'est à tort que le préfet a retenu qu'il ne démontre pas la date réelle de son entrée sur le territoire ni la continuité de son séjour et qu'il n'établit pas être père ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2023, le préfet de la Guyane, représenté par Me Tomasi et Me Dumoulin, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits des enfants ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Topsi, conseillère.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant haïtien, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2016. Il a fait l'objet, le 2 juillet 2023, d'une interpellation suivie d'une garde à vue pour des faits de complicité de délit de fuite. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Guyane a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai, à destination de son pays d'origine ou tout autre pays dans lequel il établit être légalement admissible, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, soumis à la formalité de publication, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. La signataire de l'arrêté contesté, Mme D, sous-préfète chargée de mission auprès du préfet de la Guyane, disposait d'une délégation du préfet de la Guyane prévue par l'article 3 de l'arrêté n° R03-2022-09-16-00004 du 16 septembre 2022, régulièrement publié le 19 septembre suivant, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A, à l'effet de signer, notamment, les décisions en matière d'immigration. L'article 4 du même arrêté précise que les mesures d'éloignement et les interdictions du territoire sont au nombre de ces décisions. En outre, il n'est pas établi que M. A n'était pas absent ou empêché. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / (). ". L'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / (). ".

4. Il ressort des termes non stéréotypés de la décision portant obligation de quitter le territoire français que le préfet a reproduit les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il a visé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet a fait état des éléments relatifs du parcours de M. C et de sa situation personnelle tels que son entrée irrégulière en 2016, qu'il a été débouté de l'asile le 19 février 2022, qu'il est célibataire et père d'un enfant non français, que sa mère est en situation régulière sur le territoire et qu'il est sans activité professionnelle stable. Par ailleurs, la décision portant interdiction de retour sur le territoire reproduit les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique les éléments de la situation personnelle de l'intéressé qui ont été pris en considération tels que la durée de sa présence, selon ses déclarations, sur le territoire français à compter de 2016, la consistance de ses liens avec la France notamment qu'il est célibataire et père d'un enfant, que sa mère est en situation régulière sur le territoire, qu'il est sans emploi et refuse de répartir dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Guyane a suffisamment motivé le principe et la durée de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français, doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance./ Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. M. C, ressortissant haïtien, a déclaré, lors de son interpellation, être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2016, alors âgé de vingt-quatre ans. Il ressort des termes de l'arrêté qu'il a été définitivement débouté de l'asile, le 9 février 2022. Il fait valoir être en couple avec une ressortissant haïtienne titulaire d'un récépissé de demande de titre de séjour, avec laquelle il a eu un fils né en 2022 sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision en litige, M. C n'avait pas reconnu son fils à l'état civil. En outre, il ne justifie pas par les pièces du dossier ni d'une communauté de vie avec la mère de son fils ni contribuer à l'entretien et l'éducation de ce dernier. Par ailleurs, il se prévaut de la présence sur le territoire de sa mère, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, ainsi que de sa sœur et son frère sans préciser la régularité de leur séjour. Toutefois, cette seule circonstance n'est pas de nature à lui conférer un droit au séjour. Enfin, il ne démontre aucune insertion professionnelle sur le territoire français. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du préfet quant aux conséquences sur sa situation personnelle doit également être écarté.

7. En quatrième lieu, M. C soutient que le préfet a commis des erreurs de fait en considérant qu'il ne démontre pas la date réelle de son entrée sur le territoire ni la continuité de son séjour et qu'il n'établit pas être père de famille. D'une part, à la date de l'arrêté,

M. C n'avait pas reconnu son fils à l'état civil, d'autre part, à supposer les erreurs de fait comme établies, il ne résulte pas de l'instruction que le préfet aurait pris une décision différente s'il ne s'était pas fondé sur ces motifs. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet se serait fondé sur des faits matériellement inexacts doit être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

9. En l'espèce, M. C ne démontre pas sa contribution à l'entretien et l'éducation de son fils. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

10. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points précédents, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français invoquée à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que l'ensemble des conclusions de la requête doit être rejeté y compris les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Seube et au préfet de la Guyane.

Délibéré après l'audience du 24 avril 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Rolin, présidente

Mme Topsi, conseillère,

Mme Lebel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2025.

La rapporteure,

Signé

M. TOPSILa présidente,

Signé

E. ROLINLa greffière,

Signé

S. MERCIER

La République mande et ordonne au préfet de la Guyane en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le Greffier en Chef,

Ou par délégation le greffier,

Signé

C. NICANOR

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