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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2104735

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2104735

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2104735
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET CASSEL (SELAFA)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés les 1er décembre 2021 et 5 janvier 2023, M. A B, représenté par le cabinet Cassel, demande au tribunal :

1°) de condamner le département à lui verser la somme de 56 960 euros en réparation de ses préjudices avec intérêts de droit à compter du 19 août 2021, date de dépôt de sa demande préalable ;

2°) de mettre à la charge du département la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le département de Mayotte a commis une faute dans la gestion de sa carrière et la dégradation de ses conditions de travail dès lors que :

- ses horaires de travail méconnaissent la convention du travail maritime de 2006 et ont été fixés en méconnaissance de la durée maximale de travail hebdomadaire ;

- le calcul des heures supplémentaires s'est fait sur une durée hebdomadaire de travail de référence de 304 heures au lieu de la durée de 152 heures prévue par le règlement intérieur des conditions de travail et de sécurité du Conseil départemental de Mayotte ;

- les horaires de travail de 4h30 à 12h n'ont pas été respectés dès lors qu'il a été amené à travailler de 4h à 12h ou de 12 h à 12h 30 ;

- les permanences qu'il a effectuées en assurant des départs de Petite Terre à 5h30mn ou 6h00mn n'ont jamais été indemnisées, de même que la permanence du 1er mai ;

- le calcul de ses heures supplémentaires de novembre et décembre 2020 est entaché d'inexactitude pour avoir été calculé selon un taux unique ;

- il a effectué 130 heures supplémentaires qui n'ont pas été indemnisées ;

- il n'a pas été indemnisé de ses jours de congés annuels non pris avant sa démission ;

- son employeur n'a pas pris à sa charge les frais de formation qu'il a dû acquitter d'un montant de 460 euros ;

- le département n'a pas suspendu le recouvrement du titre exécutoire de sa créance, ce qui constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'administration ;

- ses préjudices s'élèvent à la somme de 16 000 euros au titre de la perte de traitement, des heures non payées de janvier à mai 2021, à la somme de 2 000 euros au titre de ses heures supplémentaires non payées ; à la somme de 6 000 euros au titre de ses permanences non payées ; à la somme de 2 500 euros au titre de ses jours de congés annuels non pris ; à la somme de 460 euros au titre du préjudice subi par la prise en charge à ses frais d'une formation que l'employeur aurait dû prendre en charge et à la somme de 30 000 euros au titre de son préjudice moral.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 décembre 2022, le département de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les conclusions indemnitaires ne sont pas fondées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention du travail maritime de l'Organisation internationale du travail adoptée à Genève le 7 février 2006 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le décret n° 2005-542 du 19 mai 2005 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience :

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Monlaü, premier conseiller ;

-et les conclusions de M. Ramin, rapporteur public ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par le conseil départemental de Mayotte en qualité d'agent contractuel pour exercer pendant un an, à compter du 15 septembre 2020 jusqu'au 14 septembre 2021 les fonctions de commandant, à la direction adjointe chargée de l'exploitation au service des transports maritimes. Il a présenté sa démission au président du conseil départemental le 19 avril 2021 lequel l'a acceptée par un arrêté du 5 mai 2021. Par courrier reçu par son employeur le 27 mai 2021, M. B a sollicité la régularisation de sa situation au regard de ses droits à rémunération et indemnités résultant de son contrat de travail. A la suite du rejet de sa demande par le président du conseil départemental le 22 juillet 2021, M. B a présenté une demande préalable indemnitaire le 9 août 2021, reçue le 19 août suivant, qui a donné lieu, aux termes des deux mois de silence gardé par le conseil départemental sur cette demande, à une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner le département à lui verser la somme globale de 56 960 euros en réparation de ses préjudices résultant de l'absence de régularisation de sa situation administrative avec intérêts de droit à compter du 19 août 2021, date de dépôt de sa demande préalable.

Sur la responsabilité :

En ce qui concerne la méconnaissance de la durée maximale de travail hebdomadaire, et la prise en compte de la durée mensuelle de travail de référence pour le calcul des heures supplémentaires :

2. Le paragraphe 5 de la norme A2.3 relative à la durée du travail ou du repos de la convention du travail maritime de 2006 prévoit que les limites des heures de travail ou de repos sont établies comme suit : " a) le nombre maximal d'heures de travail ne doit pas dépasser : i) 14 heures par période de 24 heures ou le nombre minimal d'heures de repos ne doit pas être inférieur à : i) 10 heures par période de 24 heures ". Le b) de l'article 3 du règlement intérieur des conditions de travail et de sécurité du conseil départemental relatif à l'horaire quotidien précise " que le temps de travail quotidien peut être continu ou discontinu, et ne peut pas excéder 10 heures par jour. S'il est continu, supérieur à six heures, les agents bénéficieront d'une pause de 20 minute considérée comme du temps de travail. ". Les agents du conseil départemental bénéficient des horaires ci-après, sauf dérogation expresse : " () 3. Equipages des navires de jour Equipe matin horaires de travail 4h30 à 12h00 avec un temps de pause de 20 minutes pour une durée mensuelle de travail de référence de 152 heures ". Le d) du règlement relatif aux heures supplémentaires précise que les membres du personnel à temps complet peuvent être amenés à titre exceptionnel, à effectuer des heures supplémentaires. En accord avec le responsable de service, les heures supplémentaires seront soit : " 1. Récupérées dans les conditions compatibles avec le bon fonctionnement et la continuité du service ; 2. Rémunérées dans la limite de 25 heures par mois. Ces heures supplémentaires, qui sont indemnisées à condition qu'elles soient motivées par le Directeur et validées par le DGA concerné, par le DGS pour le personnel rattaché à lui et par le directeur de cabinet ".

3. M. B soutient en produisant ses tableaux de service, qu'il a travaillé au-delà des limites des heures de travail prévues par la convention du travail maritime de 2006 et au-delà de la durée maximale de travail hebdomadaire prévue par l'article 3 du règlement intérieur précité, pendant la période de septembre 2020 à mai 2021, et que la durée mensuelle de travail de référence prise en compte pour le calcul des heures supplémentaires a été établie sur une base de 304 heures au lieu de 152 heures. Toutefois, le tableau comportant le pointage des heures qu'il a réalisées de septembre 2020 à mai 2021 dont certains feuillets ne sont pas signés par l'intéressé lui-même ne permet pas de démontrer que le requérant aurait travaillé au-delà des limites des heures de travail prévues par la convention du travail maritime de 2006, ni que la durée de travail hebdomadaire autorisée au regard des contraintes du service aurait été dépassée, ni que la base mensuelle prise en compte pour le calcul des heures supplémentaires aurait été de 304 heures au lieu de 152 heures. Enfin, si le requérant soutient que ses heures travaillées pouvaient excéder la durée maximale de travail hebdomadaire dès lors qu'elles courraient de 4h à 12h et de 12h à 12h30, il ne l'établit pas davantage par la production de ses propres feuilles de pointage, alors que le département fait valoir sans être contredit que les heures travaillées figurant dans le tableau de pointage restent en deçà de la durée de travail de 152 heures. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le département de Mayotte a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne l'absence d'indemnisation versée au titre de la période de permanence et de la journée du 1er mai 2021 :

4. Le e) de l'article 3 précise que " la permanence correspond à l'obligation faite à un agent de se trouver sur son lieu de travail habituel ou un lieu désigné par son chef de service, pour nécessité de service, la nuit, un samedi, un dimanche ou un jour férié, sans qu'il y ait travail effectif ou astreinte ". Le b du 2) de l'article 3 relatif aux jours fériés prévoit au sujet du 1er mai, fête du travail, que " () le travail du 1er mai () est obligatoirement compensé : - soit les agents perçoivent des heures supplémentaires au taux des heures du dimanche et jours fériés, conformément au régime indemnitaire institué ; - soit la journée du 1er mai est récupérée heure pour heure ".

5. En l'espèce, si M. B soutient, d'une part, qu'il a assuré des permanences dès lors qu'en sa qualité de commandant de la barge, devant assurer des départs de Petite Terre à 05h30 ou 6h00, il ne pouvait pas rentrer sur Grande Terre où il est domicilié, cette circonstance ne permet pas d'établir qu'il s'agirait d'une obligation qui lui aurait été imposée par son chef de service de sorte que le requérant ne justifie pas d'une situation susceptible de caractériser une permanence au sens du règlement intérieur précité, d'autre part, en se bornant à soutenir qu'il n'a pas été indemnisé de la journée du 1er mai en raison de sa démission, alors que celle-ci est intervenue le 5 mai suivant, le requérant ne justifie pas que cette journée qu'il affirme avoir travaillé n'aurait pas été indemnisée. Par suite, aucune faute ne peut être retenue à l'encontre du département.

En ce qui concerne le taux applicable aux heures supplémentaires des mois de novembre et décembre 2020 et les heures supplémentaires non indemnisées, effectuées au titre des mois de septembre et octobre 2020 et des mois de janvier à mai 2021

6. M. B conteste, d'une part, le taux qui a été retenu pour le calcul du montant des heures supplémentaires qu'il a effectuées au mois de novembre et décembre 2020 au motif que ces heures auraient été calculées selon un taux unique, alors qu'un taux différent aurait dû s'appliquer pour les heures supplémentaires effectuées la nuit, le dimanche et les jours fériés. Toutefois, la seule production de son bulletin de paie du mois d'avril 2021 ne permet pas de démontrer que le taux retenu pour le calcul des montants de ses heures supplémentaires des mois de novembre et décembre 2020 serait erroné. D'autre part, pour les mêmes raisons, en se bornant à faire référence au bulletin de paie du mois d'avril 2021 pour contester la non prise en compte de 88 heures supplémentaires non indemnisées au titre des périodes de septembre et octobre 2020 et de janvier à mai 2021, le requérant n'établit pas que le département aurait, en s'abstenant de lui régler ses heures supplémentaires au juste taux sur les périodes considérées, commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

En ce qui concerne l'indemnisation des congés annuels non pris et la prise en charge de frais de formation :

7. En l'espèce, si M. B demande l'indemnisation des congés annuels qu'il n'a pas pu prendre, il ne résulte ni du règlement intérieur, ni de son contrat de travail, ni des dispositions du décret n°88-145 du 15 février 1988 dans sa rédaction applicable, qu'il serait en mesure de prétendre à une indemnité compensatrice de congés annuels. Par ailleurs, si le requérant soutient qu'il appartiendrait à son employeur de prendre en charge les frais d'un montant de 462 euros de la formation Recyclage CFBS qu'il a suivie, il ne démontre pas avoir acquitté cette facture. Par suite, en l'absence de faute commise par le département, le requérant n'est pas fondé à solliciter l'indemnisation des congés annuels qu'il n'a pu solder avant sa démission.

8. Il résulte de tout ce qui précède, qu'en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité du département de Mayotte, M. B n'est pas fondé à lui demander la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de la gestion de sa carrière et la dégradation de ses conditions de travail.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du département de Mayotte, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au département de Mayotte.

Délibéré après l'audience du 6 février 2024 à laquelle siégeaient :

- M. Sorin, président ;

- M. Monlaü, premier conseiller ;

- Mme Tomi, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2024.

Le rapporteur,

X. MONLAÜ

Le président,

T. SORIN

La greffière,

A. THORAL

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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