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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2204488

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2204488

jeudi 15 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2204488
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantRAHMANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 septembre 2022, M. C A, représenté par Me Rahmani, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de l'arrêté du 16 juillet 2022 par lequel le préfet de Mayotte a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte de prendre toutes mesures, avec le concours des autorités consulaires françaises dans l'Union des Comores, de nature à permettre son retour à Mayotte dans un délai de 8 jours à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 1000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a été éloigné le 19 juillet 2022, alors que son recours en référé contre l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai était en cours de délibéré et que son conseil avait adressé de multiples courriels à la préfecture afin de faire échec à son éloignement dans l'attente de la décision du juge des référés ; les effets de la décision portant obligation de quitter le territoire français ont été suspendus par une ordonnance du 19 juillet 2022 ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 septembre 2022, le préfet de Mayotte, représenté par le cabinet Centaure, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la mesure d'éloignement ne méconnait pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- les pièces du dossier ;

- la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné Mme Baizet, première conseillère, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 15 septembre 2022 à 10 heures 15 (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. B D étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baizet, juge des référés ;

- les observations de Me Rahmani pour M. C A ;

- le préfet de Mayotte n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Le mémoire en défense produit par le préfet de Mayotte le 15 septembre 2022 à 14h16 (heure de Mayotte), après clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Considérant ce qui suit :

1. Par ordonnance n° 2203422 du 19 juillet 2022, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, le juge des référés du tribunal administratif de Mayotte a suspendu les effets de l'arrêté du 16 juillet 2022 par lequel le préfet de Mayotte a fait obligation à M. C A, ressortissant comorien né le 25 mai 1997, de quitter le territoire français sans délai, et a rejeté les conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français. Dans le cadre de la présente instance, par requête enregistrée le 14 septembre 2022, présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, M. C A demande au juge des référés de modifier l'ordonnance n° 2203422 pour qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte d'organiser son retour à Mayotte aux frais de l'Etat, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard à compter de la décision à intervenir, au motif qu'il a été éloigné de Mayotte le 19 juillet 2022 avant qu'il ne soit statué sur sa requête enregistrée le 16 juillet 2022.

2. Aux termes de l'article L. 761-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir à Mayotte : / () 2° Si l'étranger a saisi le tribunal administratif d'une demande sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, avant que le juge des référés ait informé les parties de la tenue ou non d'une audience publique en application du deuxième alinéa de l'article L. 522-1 du même code, ni, si les parties ont été informées d'une telle audience, avant que le juge ait statué sur la demande. ". Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. ".

3. Si les ordonnances par lesquelles le juge des référés fait usage de ses pouvoirs de juge de l'urgence sont exécutoires et, en vertu de l'autorité qui s'attache aux décisions de justice, obligatoires, elles sont, compte tenu de leur caractère provisoire, dépourvues de l'autorité de chose jugée. Il en résulte que la circonstance que le juge des référés a rejeté une première demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative ne fait pas obstacle à ce que la même partie saisisse ce juge d'une nouvelle demande ayant le même objet, notamment en soulevant des moyens ou en faisant valoir des éléments nouveaux, alors même qu'ils auraient pu lui être soumis dès sa première saisine. Une telle demande trouve son fondement non dans les dispositions de l'article L. 521-4, qui ne sauraient être utilement invoquées lorsque le juge des référés a rejeté purement et simplement une demande aux fins de suspension, mais dans celles de l'article L. 521-2.

4. D'une part, il résulte de l'instruction et des déclarations du conseil de M. C A à l'audience, que celui-ci demande, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de modifier les termes de l'ordonnance n°2203422 du juge des référés de Mayotte du 19 juillet 2022 uniquement en tant qu'elle concerne la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre le 16 juillet 2022 par le préfet de Mayotte et d'ordonner en conséquence à celui-ci d'organiser son retour sur le territoire français. Toutefois, dès lors que, par l'ordonnance précitée, le juge des référés a rejeté ses conclusions dirigées contre la mesure portant interdiction de retour sur le territoire français, la demande de M. C A ne peut qu'être rejetée.

5. D'autre part, à supposer que M. C A ait entendu en réalité demander la suspension de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre le 16 juillet 2022 par le préfet de Mayotte sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au seul motif que son droit à un recours effectif au sens de l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aurait été méconnu, M. C A, qui a été éloigné à destination des Comores le 19 juillet 2022, soit près de deux mois avant la présente saisine du juge des référés, n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence de circonstances particulières permettant de caractériser une situation d'extrême urgence rendant nécessaire l'intervention du juge du référé liberté pour qu'il se prononce à très bref délai sur la nécessité d'ordonner une mesure provisoire et de sauvegarde.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C A doit être rejetée, y compris les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au préfet de Mayotte. Copie en sera, en outre, transmise au ministre de l'intérieur.

Fait à Mamoudzou, le 15 septembre 2022.

La juge des référés,

E. BAIZET

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2204488

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