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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2204507

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2204507

samedi 17 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2204507
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantHESLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 septembre 2022 M. F E, agissant au nom et pour le compte de ses deux enfants mineurs, B et C, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'arrêté municipal du 13 septembre 2022 par lequel le maire de Mamoudzou a décidé la fermeture des écoles maternelles et élémentaires, publiques de la commune jusqu'à nouvel ordre ;

2°) d'enjoindre, à titre principal, au maire de la commune de Mamoudzou d'ouvrir les écoles élémentaires et maternelles, publiques et privées, sans délai à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

Il soutient que :

- il a intérêt à agir car non seulement il est parent d'élèves scolarisés à l'école publique de Mamoudzou mais il est aussi enseignant en maternelle à l'école de M'gombani de Mamoudzou ;

- la condition d'urgence est remplie, en raison de l'atteinte portée au droit à l'éducation car cette décision empêche la scolarisation des enfants ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales que constituent le droit à l'éducation et l'égal accès à l'instruction, ces droits et libertés sont reconnus par l'article 26 de la Déclaration universelle des droits de l'homme, l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant et des articles111-1 et 131-1-1 du code de l'éducation ;

- qu'il est porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés citées car si le maire d'une commune peut ne prendre que des mesures de police générale nécessaires au bon ordre, à la sûreté et à la salubrité en vue de contribuer à la bonne application des mesures décidées par l'Etat, il ne possède qu'une compétence résiduelle, qui doit en outre être cohérente avec l'action étatique et justifiée par des raisons impérieuses liées à des circonstances locales. En l'espèce, la commune de Mamoudzou ne justifie pas de difficulté spécifique pour organiser l'accueil scolaires des écoles primaires ; ces fermetures opposées par le maire aggravent les inégalités scolaires et sociales, d'autant que l'essentiel des établissements scolaires de Mamoudzou sont en REP +. Cette décision est totalement disproportionnée par l'atteinte qu'elle porte aux droits fondamentaux rappelés.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 septembre 2022, le maire de la commune de Mamoudzou, représenté par Me Hesler, avocats, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire au rejet de la requête et à la condamnation du requérant au versement d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi qu'aux entiers dépens.

Il soutient que:

- le requérant ne dispose pas d'un intérêt à agir suffisant pour contester l'arrêté puisqu'il ne démontre pas en quoi la décision l'affecte à titre personnel ;

- que la condition d'urgence n'est pas remplie car la mesure prise par le maire de Mamoudzou a des conséquences limitées sur les enfants du requérant ;

- l'intérêt public de protection de la sécurité des élèves est suffisant pour justifier le maintien de la décision querellée ;

- l'arrêté du maire ne porte aucunement atteinte à une liberté fondamentale. Les articles 72 de la constitution ainsi que l'article L. 2122-24 du code général des collectivités territoriales permettent au maire d'assurer le maintien de la sécurité publique la prévention des accidents et la tranquillité publique. Les graves événements qui ont lieu aux abords des établissements scolaires nécessitait une réponse immédiate ; l'arrêté est justifié par le péril évident qu'entrainerait la poursuite des activités scolaires compte tenu des situations de violences généralisées autour des établissements scolaires de la ville ;

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule ;

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York ;

- le code de l'éducation ;

- le code général des collectivités territoriales;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 16 septembre 2022 à 9 heures 30 (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. A D, étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Cornevaux, juge des référés ;

- les observations de M. E ainsi que les observations de Me Hesler et du directeur général des services de la ville de Mamoudzou, confirmant leurs écrits.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, présente un recours pour le compte de ses deux enfants B et C, scolarisés à l'école élémentaire M'gombani dans la commune de Mamoudzou. Il demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une part de suspendre l'arrêté municipal du 13 septembre 2022 par lequel le maire de Mamoudzou a décidé de procéder à la fermeture des écoles maternelles et élémentaires publiques jusqu'à nouvel ordre à compter du 15 septembre 2022 et d'enjoindre au maire de la commune de Mamoudzou d'ouvrir sans délais les écoles élémentaires et maternelles, publiques.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". Selon l'article L.522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L.521-1 et L.521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. ".

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune de Mamoudzou :

3. Il résulte de l'instruction notamment des pièces versées au dossier que M. E est parent de deux élèves qui sont scolarisés à l'école M'gombani dans la commune de Mamoudzou, comme l'attestent les certificats de scolarités produits. Toutefois, si le requérant justifie d'un intérêt personnel pour demander la suspension de l'arrêté querellé en ce qui concerne le groupe scolaire publique de M'gombani, tant sa qualité d'enseignant que de parent d'élèves ne permet pas de considérer qu'il justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour demander la suspension de la totalité de l'article 2 de l'arrêté municipal du 13 septembre 2022 prévoyant la fermeture des écoles sur l'ensemble de la commune de Mamoudzou. Ainsi, au cas d'espèce, la fin de non-recevoir de la commune ne peut être accueillie en ce qui concerne le groupe scolaire M'Gombani.

Sur la demande en référé :

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. L'arrêté du 13 septembre 2022 du maire de Mamoudzou contesté, porte indéniablement une atteinte immédiate au droit à l'éducation et à l'instruction. Il n'apparaît pas, notamment pour les motifs qui constituent le fondement de cette décision, qu'un intérêt public suffisant s'attache à son maintien. Au surplus, cet arrêté, mesure de police au demeurant, indique en son article 2 que les écoles resteront fermées jusqu'à nouvel ordre, sans aucune autre précision temporelle. La condition d'urgence prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit donc être regardée comme remplie.

En ce qui concerne l'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale

5. Par un arrêté du 13 septembre 2022 pris sur le fondement de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales, le maire de Mamoudzou, a décidé notamment de la fermeture des écoles maternelles et élémentaires jusqu'à nouvel ordre, en raison de la nécessité d'assurer la protection des usagers des établissements scolaires de la commune, compte tenu des attaques permanentes desdits établissements par des " délinquants ". La décision du maire, aux fins de garantir la sécurité des enfants ainsi que des personnels des établissements scolaires, se fondent sur des faits de violences impactant l'ile de Mayotte et particulièrement sa commune, sans toutefois apporter d'éléments précis permettant d'estimer que le groupe scolaire de M'Gombani serait particulièrement impacté par des faits de violences urbaines.

6. En vertu de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales, le maire est chargé, sous le contrôle administratif du préfet, de la police municipale qui, selon l'article L. 2212-2 de ce code, " a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques ". Il résulte de ces dispositions que le maire est chargé du maintien de l'ordre dans la commune. Toutefois, il doit concilier l'accomplissement de sa mission avec le respect des libertés garanties par les lois dont le droit à l'instruction.

7. Ainsi, alors que l'égal accès à l'instruction est garanti par le treizième alinéa du préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère celui de la Constitution de 1958 et que ce droit, confirmé par l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, est en outre rappelé à l'article L. 111-1 du code de l'éducation, qui énonce que "le droit à l'éducation est garanti à chacun" et enfin qu'en vertu de l'article L. 212-4 du même code " La commune a la charge des écoles publiques ", la décision litigieuse porte une atteinte grave et manifestement illégale à l'exercice du droit à l'éducation garanti par les dispositions constitutionnelles, conventionnelles et législatives rappelées. Par suite, les conditions n'étaient manifestement pas réunies, en l'espèce, pour que le maire de Mamoudzou puisse légalement édicter une décision de maintien de fermeture de l'école maternelles et élémentaire de M'gombani sur le fondement de son pouvoir de police générale ou des pouvoirs propres qui lui sont impartis.

8. Il résulte de tout ce qui précède que l'arrêté du maire qui porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à l'éducation et à l'instruction justifie que le juge des référés fasse usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative et enjoigne au maire de la commune de Mamoudzou, après avoir suspendu l'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le maire prononce la fermeture des écoles maternelles et élémentaires jusqu'à nouvel ordre, d'ouvrir le groupe scolaire de M'gombani, en prenant les mesures strictement proportionnées aux risques encourus et appropriées aux circonstances de temps et de lieu, dans les vingt-quatre heures de la notification de la présente ordonnance, sans qu'il soit, dans les circonstances de l'espèce, nécessaire d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les conclusions tendant présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacles aux conclusions de la commune de Mamoudzou qui est, dans la présente instance, la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter ses conclusions présentées à ce titre. Il en sera de même pour les conclusions présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du même code.

ORDONNE :

Article 1er : L'arrêté du 13 septembre 2022 par lequel le maire de Mamoudzou prononce la fermeture de l'école maternelle et élémentaire de M'gombani jusqu'à nouvel ordre est suspendu.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Mamoudzou d'assurer l'ouverture et le bon fonctionnement de l'école maternelle et élémentaire de M'gombani dans un délai de 24 heures à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Mamoudzou présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F E, à la commune de Mamoudzou et au recteur de l'académie de Mayotte.

Copie en sera adressée au préfet de Mayotte.

Fait à Mamoudzou, le 17 septembre 2022.

Le juge des référés,

G. CORNEVAUX

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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