Le Tribunal Administratif de Mayotte a été saisi d’un recours en excès de pouvoir contre un arrêté préfectoral du 16 mai 2024 portant obligation de quitter le territoire français, interdiction de retour et fixation du pays de destination. Le préfet a soulevé un non-lieu à statuer, arguant que la requérante avait obtenu un visa long séjour et déposé une demande de titre de séjour en métropole. Le tribunal a constaté que la délivrance d’un récépissé de demande de titre de séjour par le préfet de la Dordogne avait implicitement abrogé les effets de la mesure d’éloignement, rendant les conclusions de la requête sans objet. Sur le fondement de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, il a prononcé un non-lieu à statuer et rejeté le surplus des conclusions, notamment la demande de frais de justice.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 mai 2024, Mme A... B..., représentée par Me Hesler, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français et a fixé le pays de destination ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 février 2026, le préfet de Mayotte conclut au non-lieu à statuer, faisant valoir que Mme B... a bénéficié d’un visa pour se rendre en métropole, et qu’elle y a déposé une demande de titre de séjour.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal par intérim a désigné M. Duvanel, premier conseiller, en application de l’article R. 222-1 du code de justice administrative, pour statuer par ordonnance dans les cas prévus aux 1° à 7° de cet article.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l’article R. 222-1 du code de justice administrative : « (…) les magistrats ayant une ancienneté minimale de deux ans ou ayant atteint au moins le grade de premier conseiller désignés à cet effet par le président de leur juridiction peuvent, par ordonnance : / (…) / 3° Constater qu’il n’y a pas lieu de statuer sur une requête ; / (…) / 5° Statuer sur les requêtes qui ne présentent plus à juger de questions autres que la condamnation prévue à l’article L. 761-1 ou la charge des dépens ; / (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que, sous couvert d’un visa long séjour valable du 7 novembre 2024 au 6 novembre 2025, Mme B... a pu rejoindre le territoire métropolitain. Puis, le 17 novembre 2024, postérieurement à l’arrêté attaqué, le préfet de la Dordogne a enregistré sa demande de titre de séjour présentée au titre de la vie privée et familiale. Dans ces circonstances, le préfet de la Dordogne, en délivrant à la requérante un récépissé de demande de titre de séjour, qui vaut autorisation provisoire de séjour, a implicitement mais nécessairement eu pour effet d’abroger les effets de la mesure d’éloignement. Celle-ci n’ayant reçu aucune application, les conclusions relatives à cette décision sont dès lors devenues sans objet, ainsi que celles relatives à la décision fixant le pays de destination et à l’interdiction de retour.
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme demandée par Mme B... au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d’annulation et d’injonction de la requête présentée par Mme B....
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée [au préfet de Mayotte et] au ministre chargé de l’outre-mer par application de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou le 20 février 2026.
Le magistrat désigné,
F. DUVANEL
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.