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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2500772

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2500772

jeudi 15 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2500772
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français sans délai prise par le préfet de Mayotte à l'encontre de Mme D..., ressortissante comorienne. Le juge a estimé que cette mesure portait une atteinte grave et manifestement illégale à l'intérêt supérieur de l'enfant, protégé par l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, dès lors que la requérante est la mère d'une fillette de 5 ans atteinte d'une pathologie grave nécessitant une prise en charge médicale spécialisée indisponible aux Comores. Le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressée et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 14 mai 2025, Mme B... D... demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :


1°) de lui désigner un avocat commis d’office ;


2°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 14 mai 2025 du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire pendant une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ainsi qu’un rendez-vous pour enregistrer sa demande de titre de séjour.

Elle soutient que l’obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2025, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.


Il soutient que :

- la condition d’urgence n’est pas satisfaite s’agissant de l’interdiction de retour ;
- l’obligation de quitter le territoire français ne porte aucune atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Beddeleem, conseillère, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, en qualité de juge des référés.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 15 mai 2025 à 13h30 (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l’article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. C... étant greffier d’audience au tribunal administratif de Mayotte.


Après avoir entendu, au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Beddeleem, juge des référés ;
les observations de Me Mohamed, représentant Mme B... D..., qui conclut aux mêmes fins et qui ajoute que la condition d’urgence est remplie et que la décision litigieuse porte une atteinte grave et manifestement illégale à l’intérêt supérieur de l’enfant ;
les observations de Mme B... D... ;
et les observations de Mme A..., pour le préfet de Mayotte.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.



Considérant ce qui suit :


1. Mme B... D..., ressortissante comorienne née le 7 juillet 1992, demande, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée d’un an.


Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. »


3. En premier lieu, dès lors que Mme B... D... fait l’objet d’une mesure d’éloignement présentant un caractère exécutoire, elle justifie de l’existence d’une situation d’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l’obligation de quitter le territoire français sans délai.


4. En second lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, que ce soit le fait des institutions publiques ou privées, de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ».


5. Il résulte des pièces du dossier et des précisions apportées à l’audience que Mme B... D... s’occupe seule de sa fille, âgée de 5 ans, atteinte d’une infirmité motrice cérébrale suite à un accident vasculaire hémorragique. Il résulte également des pièces médicales versées, non utilement contredites par le préfet de Mayotte, que l’état de santé de l’enfant, actuellement suivi par le centre hospitalier de Mayotte, nécessite une prise en charge spécialisée qui n’est pas envisageable dans son pays d’origine. Dans ces conditions Mme B... D..., dont la présence auprès de sa fille à Mayotte est indispensable, est fondée à soutenir que le préfet en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai, a porté, au sens de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte grave et manifestement illégale à l’intérêt supérieur de l’enfant. Par suite, il y a lieu de suspendre l’exécution de l’obligation de quitter le territoire sans délai prise à l’encontre de la requérante par le préfet de Mayotte.


Sur les autres conclusions de la requête :

6. Compte tenu des motifs de la présente ordonnance, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer la situation de la requérante dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours.



ORDONNE :


Article 1er : L’exécution de l’arrêté du 14 mai 2025 du préfet de Mayotte portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de réexaminer la situation de Mme B... D... dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de cinq jours.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... D... et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au ministre des outre-mer conformément aux dispositions de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.

Fait à Mamoudzou, le 15 mai 2025.


La juge des référés,




J. BEDDELEEM


La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.






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