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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2501216

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2501216

vendredi 4 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2501216
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution d'un arrêté préfectoral du 1er juillet 2025 portant obligation de quitter le territoire français (OQTF) et interdiction de retour d'un an. Le juge a estimé que cette mesure portait une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de la résidence de trente ans à Mayotte, de la vie familiale sur place et d'une précédente suspension d'OQTF. La condition d'urgence a été reconnue en raison du risque d'éloignement imminent. L'État a été condamné à verser 800 euros au requérant au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2025, M. B... A..., représenté par Me Belliard, avocat, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du préfet de Mayotte du 1er juillet 2025 portant obligation de quitter le territoire français (OQTF) et interdiction de retour pour une durée de 1 an ;

2°) d’enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- il est urgent de mettre fin aux mesures prises à son encontre, qui ont pour effet de l’exposer à nouveau à un éloignement imminent et durable ;
- les agissements de l’administration méconnaissent les stipulations de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2025, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie en ce qui concerne l’IRTF ;
- il n’a pas été porté atteinte à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision du président du tribunal désignant M. Aebischer, vice-président, en qualité de juge des référés.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 3 juillet 2025 à 14 heures, le juge des référés siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l’article L. 781-1 du code de justice administrative, Mme C... étant greffière d’audience au tribunal administratif de Mayotte.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Aebischer, juge des référés ;
- les observations de M. B... A... et de Me Belliard, qui confirment les conclusions et moyens du référé.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. (…) ».

2. Il résulte de l’instruction que M. B... A..., ressortissant comorien né le 31 décembre 1977, réside à Mayotte depuis une trentaine d’années, qu’il a disposé pendant une dizaine d’années d’un titre de séjour en tant que conjoint d’une ressortissante française, qu’il a occupé plusieurs emplois à Mayotte et qu’il continue d’y mener sa vie familiale, vivant désormais avec une compatriote et les quatre enfants du couple. Dans ces conditions, alors même qu’une décision de refus de séjour lui a été opposée en 2024, l’arrêté du 1er juillet 2025 par lequel il a été soumis à une OQTF avec interdiction de retour porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Ainsi, Il y a lieu de constater l’atteinte grave et manifestement illégale portée à une liberté fondamentale. Au demeurant, une atteinte de cette nature a déjà été constatée par l’ordonnance n°2500787 du 20 mai 2025 ayant suspendu l’exécution d’une précédente OQTF.

3. L’intéressé étant exposé à la mise à exécution de la mesure d’éloignement, la condition d’urgence caractérisée est remplie en l’espèce.

4. Il résulte de ce qui précède que la suspension d’exécution doit être prononcée à l’égard de l’OQTF du 1er juillet 2025 ainsi que, par voie de conséquence, de l’interdiction de retour.

5. Il n’y a pas lieu, en l’espèce, de faire droit aux conclusions à fin d’injonction.

6. Il y a lieu de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de condamner l’Etat à verser à M. B... A... une somme de 800 euros au titre des frais exposés.


ORDONNE :


Article 1er : L’exécution de l’arrêté du préfet de Mayotte du 1er juillet 2025 faisant obligation à M. B... A... de quitter le territoire français et lui interdisant d’y retourner pendant un an est suspendue.

Article 2 : L’Etat versera à M. B... A... la somme de 800 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.

Fait à Mamoudzou, le 4 juillet 2025.



Le juge des référés,





M.-A. AEBISCHER




La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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