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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2501665

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2501665

lundi 25 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2501665
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantAARPI BELLIARD RATRIMOARIVONY CHHANN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a suspendu les effets de l'interdiction de retour sur le territoire français d'un an prononcée par le préfet de Mayotte à l'encontre de M. C A, ressortissant comorien né à Mayotte. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie et que la mesure portait une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Cette solution repose sur la résidence continue de l'intéressé à Mayotte depuis plus de dix ans, sa scolarité ininterrompue et la présence de sa mère et de ses frères et sœurs sur l'île.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 août 2025, M. F C A, représenté par Me Belliard, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de suspendre les effets de l'arrêté n° 14005/2025 du 11 juillet 2025 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait interdiction de revenir sur le territoire français pendant une durée d'une année ;

2°) d'enjoindre au préfet de Mayotte d'organiser son retour à Mayotte, avec le concours des autorités consulaires françaises aux Comores, par tous moyens, aux frais de l'Etat, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il se trouve aux Comores éloigné des membres de sa famille, qu'il doit très prochainement commencer les cours de terminale et qu'il justifie être de nationalité française ;

- la mesure d'interdiction litigieuse méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme, dès lors qu'il est français, qu'il réside à Mayotte depuis naissance, ou il a été scolarisé de manière ininterrompue jusqu'en classe de terminale, et ou vivent ses frères et sœurs mineurs, ainsi que sa mère, Mme E, ressortissante comorienne en situation régulière, revenue à Mayotte depuis le 8 août 2025 après avoir séjournée à La Réunion depuis 2022 pour assister l'un de ses enfants dans le cadre évacuation sanitaire.

Vu :

- la convention européenne des droits de l'homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en qualité de juge des référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience publique qui a eu lieu le 18 août 2025 à 15 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l'article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme D étant greffier d'audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir, au cours de l'audience publique :

- présenté son rapport,

- les observations de Me Sunar, qui substitue Me Belliard, avocat du requérant ;

- les observations de Mme B, représentante du préfet de Mayotte ;

- et les observations de la mère du requérant, Mme E, présente dans la salle d'audience à Mayotte.

La clôture d'instruction a été différé au vendredi 22 août à 17 heures.

Vu la note en délibéré enregistrée le 22 août pour le compte du requérant.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté n° 14005/2025 du 11 juillet 2025, le préfet de Mayotte a fait obligation à M. F C A, ressortissant comorien né le 14 mars 2007, de quitter sans délai le territoire français, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'une année. Dans le cadre de la présente instance, à la suite de son éloignement aux Comores en exécution de cet arrêté, M. C A demande la suspension des effets de l'interdiction de retour prononcée à son encontre le 11 juillet 2025 et qu'il soit enjoint au préfet de Mayotte d'organiser son retour à Mayotte, aux frais de l'Etat, sous astreinte.

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public () aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. L'intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l'existence d'une situation d'urgence impliquant qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d'une liberté fondamentale.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction, et notamment des certificats de scolarité, des bulletins scolaires produits et de certains extraits probants de son carnet de santé, que le requérant, née à Mayotte le 14 mars 2007, justifie que, jusqu'à son récent éloignement, il réside de manière continue à Mayotte au moins depuis la rentrée scolaire 2014/2015, soit une durée de plus de 10 années à la date de la présente décision, et l'âge de 7 ans. Il résulte également de l'instruction qu'il est isolé aux Comores, dés lors que son père réside en France métropolitaine et que sa mère, qui se trouvait à La Réunion depuis 2022, est revenue à Mayotte depuis le 8 aout 2025, avec l'intention de rester durablement à Mayotte, attestée par le dépôt d'une demande de titre de séjour au préfet de Mayotte effectuée le 22 août 2025. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la condition d'urgence est satisfaite et que l'interdiction de retour litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de suspendre les effets de cette mesure d'interdiction, ainsi que celle de la mesure d'éloignement prononcée le même jour, et d'enjoindre au préfet de Mayotte de délivrer au requérant, par l'intermédiaire des autorités consulaires françaises aux Comores, un laisser-passer l'autorisant à revenir à Mayotte et une autorisation provisoire de séjour à Mayotte.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Les effets de l'arrêté préfectoral n° 14005/2025 du 11 juillet 2025 sont suspendus en tant qu'il est fait obligation à M. F C A de quitter le territoire sans délai et interdiction d'y revenir pendant une année.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer à M. F C A, par l'intermédiaire des autorités consulaires françaises aux Comores, un laisser-passer l'autorisation à revenir à Mayotte, ainsi qu'une autorisation provisoire de séjour à Mayotte.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F C A et au préfet de Mayotte.

Copie en sera, en outre, transmise au ministre de l'intérieur.

Fait à Mamoudzou, le 25 août 2025.

Le juge des référés,

F. SAUVAGEOT

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2501665

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