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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2502262

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2502262

jeudi 16 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2502262
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, suspend l'exécution de l'arrêté du préfet de Mayotte du 14 octobre 2025 obligeant M. D..., ressortissant comorien, à quitter le territoire français sans délai. Le juge retient que la condition d'urgence est remplie en raison du caractère exécutoire de la mesure d'éloignement. Il estime que cette décision porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé, garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et à l'intérêt supérieur de son enfant, protégé par l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2025 à 22h34 (heure de Mayotte),
M. C... D..., représenté par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de l’arrêté n° 21898/2025 du 14 octobre 2025 par lequel le préfet de Mayotte l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d’un an, en tant qu’il porte obligation de quitter le territoire français ;

2°) d’enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


M. D... soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il est exposé à un éloignement imminent ;
- l’obligation de quitter sans délai le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l’intérêt supérieur de son fils.



La requête a été communiquée au préfet de Mayotte qui n’a pas produit de mémoire en défense.



Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Jégard, pour statuer sur les demandes en référé en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 15 octobre 2025 à 13 heures (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion, dans les conditions prévues à l’article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative,
Mme E... étant greffière d’audience au tribunal administratif de Mayotte.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 15 octobre 2025 à 13 heures :
- le rapport de M. Jégard, juge des référés,
- les observations de Me Belliard, représentant M. D..., qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,
- et les observations de Mme B..., représentant le préfet de Mayotte, qui indique ne pas avoir d’observation.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :


M. C... D..., ressortissant comorien né en 2000 à Mayotte, a saisi le juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, dans le but de voir suspendre l’exécution de l’arrêté du préfet de Mayotte lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour sur le territoire français.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». Il résulte de ces dispositions que l’intervention du juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, est subordonnée à l’existence d’une situation d’urgence impliquant qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d’une liberté fondamentale.

En premier lieu, dès lors que M. D... fait l’objet d’une mesure d’éloignement présentant un caractère exécutoire, il justifie de l’existence d’une situation d’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l’obligation de quitter le territoire fiançais sans délai.

En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Aux termes de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / (…) ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.


Il résulte de l’instruction que M. D..., qui est né à Mayotte, a effectué une partie de sa scolarité à Mayotte, vit maritalement avec une ressortissante comorienne,
Mme F... A..., en situation régulière, avec qui il a eu un enfant, de nationalité française, par application du double droit du sol, et dont il s’occupe. Mme A... travaille sous couvert d’un contrat à durée indéterminée et M. D... justifie d’une promesse d’embauche sous condition de régularisation de sa situation. M. D... établit avoir demandé un titre de séjour au préfet de Mayotte. Il est par ailleurs investi comme bénévole dans une association d’aide et de soutien à la jeunesse. Dans ces conditions, et eu égard aux éléments d’insertion dont le requérant fait preuve, il est fondé que l’obligation de quitter le territoire français porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ainsi qu’à l’intérêt supérieur de son enfant. M. D... est, dès lors, fondé en à demander la suspension des effets.


Sur les autres conclusions de la requête :

Compte tenu des motifs de la présente ordonnance, il y a lieu d’enjoindre au préfet de Mayotte de délivrer sans délai à M. D... une autorisation provisoire de séjour dans l’attente de l’examen de sa situation.


Sur les frais d’instance :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État une somme de 600 euros au titre des frais d’instance.



O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution de l’arrêté n° 21898/2025 du 14 octobre 2025 pris à l’égard de M. D... est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Mayotte de délivrer sans délai à M. D... une autorisation provisoire de séjour dans l’attente du réexamen de sa situation.

Article 3 : L’État versera à M. D... une somme de 600 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... D... et au préfet de Mayotte.

Copie en sera transmise à la ministre des outre-mer en application de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.


Fait à Mamoudzou, le 16 octobre 2025.


Le juge des référés,

X. JÉGARD
La greffière,

L. E...



La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.




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