Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'arrêté préfectoral du 1er novembre 2025 en tant qu'il rattache l'enfant mineur E..., F... à une mesure d'éloignement. Le juge a retenu que la condition d'urgence était remplie compte tenu du risque imminent d'éloignement de l'enfant, et a estimé que la décision méconnaissait l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, faute de lien familial établi entre l'enfant et l'adulte accompagnant.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er novembre 2025, M. E..., F... représenté par Me Belliard, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté 23669 du 1er novembre 2025 du préfet de Mayotte faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à Mme C... D... en tant qu’il lui rattache l’enfant E..., F... ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat le versement d’une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors que le requérant est mineur et a fait l’objet d’un rattachement à un adulte qui ne présente pas de lien de parenté avec lui, et qu’il est exposé à un éloignement imminent vers son pays d’origine ;
- l’arrêté litigieux méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2025, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête.
Il soutient que le moyen n’est pas fondé dès lors que le requérant a déclaré devant le juge des libertés et de la détention qu’il avait voyagé avec sa sœur, qu’aucun obstacle ne s’oppose à la reconstitution de la cellule familiale dans le pays d’origine et que le lien de filiation avec la mère n’est pas établi.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l’ordonnance du juge des libertés et de la détention statuant sur une requête en contestation de placement en rétention administrative de M. E..., F... du 2 novembre 2025.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Monlaü, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 3 novembre 2025 à 15h00 (heure de Mayotte), le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal de La Réunion dans les conditions prévues aux articles L. 781-1 et R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. A... B... étant greffier d’audience au tribunal administratif de Mayotte.
Après avoir entendu au cours de l’audience publique du 3 novembre 2025 :
le rapport de M. Monlaü, juge des référés,
les observations de Me Ratrimoarivony pour M. F....
les observations de Me Ben Attia pour le préfet de Mayotte.
Considérant ce qui suit :
1. M E..., F..., ressortissant malgache né le 24 décembre 2010, demande, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de l’arrêté du préfet de Mayotte du 1er novembre 2025 faisant obligation de quitter le territoire français sans délai à Mme C... D... en tant qu’il est rattaché à cet adulte.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».
3. En premier lieu, dès lors que l’enfant mineur, M E..., F... fait l’objet, par son rattachement à une personne majeure, d’une mesure d’éloignement présentant un caractère exécutoire, il justifie de l’existence d’une situation d’urgence au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative pour demander la suspension de l’obligation de quitter le territoire français sans délai.
4. En second lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »
5. Il résulte de l’instruction que M. E..., F..., enfant mineur, né en 2010, a été interpellé alors qu’il entrait clandestinement sur le territoire à bord d’une embarcation. Par un arrêté du 1er novembre 2025, le préfet de Mayotte a décidé que Mme C... D... serait placée en rétention et éloignée accompagnée de l’enfant E..., F.... Si cet arrêté ne précise pas l’existence d’un lien familial ou juridique unissant l’enfant mineur et le majeur accompagnant, il résulte de l’instruction et notamment des motifs et dispositif de la décision du juge des libertés et de la détention du 2 novembre 2025 que d’une part, « Mme C... D... a expliqué sa situation et celle de son frère et n’avoir jamais rencontré le mari de leur mère », d’autre part « qu’il est constant que la mère de E..., F... est venue vivre à Mayotte sans son fils et qu’elle en a confié la charge à sa famille, et qu’elle se considère comme en situation régulière, alors que son union avec un ressortissant français n’est pas un mariage civil et qu’elle ne dispose pas d’un titre de séjour régulier, elle a fait venir son enfant en suivant la même route migratoire dangereuse et incertaine. ». Dans ces conditions, M. E..., F... n’est pas fondé à soutenir que le préfet, en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire sans délai, aurait porté, au sens de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, une atteinte manifestement grave et illégale au respect de sa vie privée et familiale.
6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à la suspension de l’exécution de l’arrêté 23669 du 1er novembre 2025 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. F... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. E..., F... et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au ministre des outre-mer conformément aux dispositions de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.
Copie en sera adressée pour information au tribunal judiciaire de Mamoudzou (rétentions administratives)
Fait à Mamoudzou, le 4 novembre 2025.
Le juge des référés,
X. Monlaü
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.