Le Tribunal Administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. C... visant à suspendre une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas suffisamment caractérisée et que les moyens soulevés, tirés d'une atteinte à la liberté d'aller et venir et au droit à la vie familiale, n'étaient pas fondés. La liberté d'aller et venir ne peut être invoquée par un étranger en situation irrégulière, et la réalité de la vie familiale avec son épouse et son enfant n'a pas été démontrée par des pièces suffisantes. La requête a été rejetée par ordonnance motivée en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 décembre M B... C..., représenté par Me Kaled demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 10 décembre 2025 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français (OQTF) sans délai et fait interdiction d’y retourner pendant un an ;
2°) d’enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à charge de l’Etat la somme de 1.000 € au titre l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’elle peut être éloigné à tout moment;
- l’arrêté attaqué porte atteinte à son droit à « son droit familial » ;
-il viole sa liberté d’aller et venir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A...Tomi, en qualité de juge des référés, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. (…). ».
Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ».
M C..., ressortissant malgache né le 2 juin 1984 a fait l’objet d’une mesure d’éloignement sans délai, à l’occasion d’un contrôle lors duquel il n’a pu justifier de la régularité de son séjour. Pour contester cette mesure il se prévaut d’une part d’une atteinte à sa vie familiale, d’autre part d’une atteinte à sa liberté d’aller et venir.
En premier lieu, M C... ne peut utilement soutenir que le préfet aurait méconnu sa liberté d’aller et venir qui présuppose qu’il soit en situation régulière. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En deuxième lieu, pour attester la réalité d’une vie privée et familiale, il produit un acte de mariage avec une ressortissante française enregistré à l’état civil de Tsingoni le
10 mai 2025 et un acte de naissance de leur enfant commun né le 27 novembre 2025. Toutefois, alors que le mariage date de sept mois et est donc très récent, il n’établit pas la réalité de la vie commune avec sa femme, dont les pièces produites pour l’année 2025 font état d’une adresse à La Réunion . C’est d’ailleurs à La Réunion que leur enfant commun est né. S’il produit une facture d’électricité pour un logement à Mayotte, datée du 18 novembre 2025, celle-ci est établie au seul nom de sa femme, de sorte que ce document par son caractère isolé ne suffit pas à attester la réalité de la vie commune. De même, le requérant ne produit aucune pièce permettant de justifier de sa contribution comme de celle de la mère de l’enfant à l’éducation et à l’entretien de ce dernier. Par suite, il n’est pas fondé à soutenir que la mesure d’éloignement contestée a porté une atteinte grave et manifestement disproportionnée à son droit au respect de sa vie familiale.
Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée dans l’intégralité de ses conclusions sur le fondement de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
ORDONNE :
Article 1 : La requête de M C... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M B... C... et au préfet de Mayotte.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et au ministre de l’outre-mer en application de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.
Fait à Mamoudzou, le 13 décembre 2025.
La juge des référés,
N.TOMI
La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.