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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2502978

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2502978

mercredi 17 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2502978
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L.521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de M. C..., ressortissant comorien, qui demandait la suspension de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 13 décembre 2025. Le juge estime que, malgré la continuité de son séjour depuis l'âge de dix ans, les multiples condamnations pénales de l'intéressé (violences, vol, stupéfiants) font obstacle à ce que l'atteinte à son droit à la vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme) soit qualifiée de grave et manifestement illégale. La condition d'urgence n'a pas besoin d'être examinée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 15 décembre 2025, M. D... demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L.521-2 du code de justice administrative :


1°) de l’admettre provisoirement au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de désigner un avocat commis d’office ;

2°) de suspendre l’exécution de l’arrêté pris à son encontre le 13 décembre 2025 par le préfet de Mayotte en tant que, par son article 1er, il lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

3°) d’enjoindre au préfet, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation de séjour provisoire de séjour dans un délai de huit jours mois à compter de l’ordonnance à intervenir ;

4°) en cas d’exécution de la mesure d’éloignement, d’enjoindre au préfet, sous astreinte de 300 euros par jour de retard, d’organiser son retour à Mayotte aux frais de l’Etat dans un délai de huit jours à compter de l’ordonnance à intervenir.

M. C... soutient d’une part, que l’urgence est caractérisée par l’imminence de son éloignement, d’autre part, que le préfet a porté une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et ajoute qu’en cas d’éloignement, il serait porté atteinte grave et manifestement illégale à son droit à un recours effectif garanti par l’article 13 de la même convention.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2025, le préfet de Mayotte conclut au rejet de la requête en opposant l’absence d’atteinte à une liberté fondamentale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.

Par une décision du 1er décembre 2025, la présidente par intérim du tribunal a désigné Mme Lacau, première conseillère, pour statuer notamment sur les litiges visés par l’article L.521-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 16 décembre 2025 à 11 heures 30 (heure de Mayotte), la magistrate constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal de La Réunion dans les conditions prévues aux articles L.781-1 et R.781-1 et suivants du code de justice administrative, Mme B... étant greffière d’audience au tribunal administratif de Mayotte.

Le rapport de Mme Lacau a été entendu au cours de l’audience publique, les parties n’étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. En vertu de l’article L.521-2 du code de justice administrative, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle, notamment, une personne morale de droit public aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Sur le fondement de ces dispositions, M. C..., ressortissant comorien, demande au juge des référés de suspendre l’exécution de l’arrêté du 13 décembre 2025 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français.

2. Il n’y a pas lieu, en l’espèce, d’admettre provisoirement M. C... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

3. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…). 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».


4. Né le 13 octobre 2006, M. C... justifie de la continuité de son séjour en France au plus tard à compter du mois de septembre 2017, date à laquelle il a été scolarisé à l’âge de dix ans. Toutefois, il s’est vu reprocher, en juin 2022 des faits de violence aggravée, en mai 2023 des faits de violence avec usage ou menace d’une arme, en novembre 2023 des faits de vol aggravé, en juillet 2025 des faits de détention de stupéfiants, puis, en novembre 2025 des faits de port d’une arme blanche de catégorie D. Dans les circonstances de l’affaire, compte tenu des conditions de séjour de M. C... et en dépit du jeune âge auquel il est entré en France, l’atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées ne peut être regardée comme « grave et manifestement illégale » au sens des dispositions de l’article L.521-2 du code de justice administrative. Il en résulte, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, que M. C... n’est pas fondé à demander la suspension de l’exécution de la mesure d’éloignement prise à son encontre le 13 décembre 2025. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d’injonction.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D... et au préfet de Mayotte.

Rendue publique par mise à disposition au greffe, le 17 décembre 2025.

La juge des référés,
M. A... Lacau


La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies du droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

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