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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2600012

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2600012

lundi 5 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2600012
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantCENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal Administratif de Mayotte, rendue en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme A..., ressortissante malgache, qui contestait un arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français. La requérante invoquait une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et à l'intérêt supérieur de son enfant (article 3-1 de la CIDE). Le juge des référés a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie ou que la demande était manifestement mal fondée, rejetant ainsi la requête sans audience.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête, enregistrée le 2 janvier 2026, Mme B... A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de lui désigner un avocat commis d’office ;

2°) de suspendre l’exécution de l’arrêté n° 67/2026 du 1er janvier 2026 en tant que / par lequel le préfet de Mayotte l’a obligée à quitter le territoire français sans délai / et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation et, dans l’attente de ce réexamen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d’enjoindre au préfet de Mayotte, en cas d’exécution de la mesure d’éloignement, d’organiser et de financer son retour sur le territoire de Mayotte, dans un délai de huit jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir.


Elle soutient que :

- l’urgence est caractérisée par l’éloignement imminent auquel elle est exposée ;
- l’obligation de quitter le territoire français contestée, prise sans examen réel et sérieux de sa situation et en méconnaissance de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, alors qu’elle vit avec un ressortissant français et l’enfant issu de leur union, et que sa présence en France ne présente pas une menace pour l’ordre public ;
- elle porte également une atteinte grave et manifestement illégale à l’intérêt supérieur de l’enfant, protégé par l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- l’exécution de la mesure d’éloignement, après saisine du juge des référés et avant l’information de la tenue ou non d’une audience publique, méconnaît le 2° de l’article L. 761-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et porterait atteinte à son droit à un recours effectif, garanti par l’article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’impossibilité de solliciter la délivrance d’un titre de séjour, à défaut de pouvoir obtenir un rendez-vous par le biais de la plateforme dématérialisée de la préfecture et en l’absence de solution de substitution, porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale et son droit à se maintenir en France, à y poursuivre des études et à y travailler.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne des droits de l’homme ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


La présidente par intérim du tribunal a désigné M. Ramin, premier conseiller, en qualité de juge des référés, en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :


Mme B... A..., ressortissante malgache née le 2 février 1999, à défaut de pouvoir justifier de la régularité de sa situation au regard du droit au séjour, a fait l’objet d’une mesure d’éloignement et a été placée en rétention administrative le 1er janvier 2026. Mme A... demande à titre principal au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de l’arrêté n° 67/2026 du 1er janvier 2026 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ». Aux termes de l’article L. 522-3 du même code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci (…) est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ».

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénale, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

Aux termes du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant du 26 janvier 1990 : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ».

En premier lieu, Mme B... A..., âgée de vingt-six ans, fait valoir qu’elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour. Toutefois, tandis qu’elle ne précise pas la date de son entrée sur le territoire français, elle produit un unique titre de séjour d’une durée de validité d’un an, qui a expiré le 26 octobre 2022 et n’établit pas en avoir sollicité le renouvellement. Elle ne justifie ainsi, ni de l’ancienneté ni de la continuité de son séjour à Mayotte. Si elle se prévaut de ce qu’elle est la mère d’un enfant de nationalité française né en 2018, elle ne justifie pas de ce que le père de cet enfant, dont elle est séparée, contribuerait effectivement à son entretien et à son éducation. Elle affirme en outre que sa fille née le 6 décembre 2025, issue d’une autre union, est de nationalité française. Cependant, elle ne l’établit pas et de démontre ni la communauté de vie alléguée avec le père de ce deuxième enfant, ni que celui-ci contribuerait effectivement à son entretien et à son éducation. L’intéressée n’apporte aucun élément de nature à justifier que la cellule familiale ne pourrait pas se reconstituer à Madagascar, pays dont elle a la nationalité, ni qu’elle y serait dépourvue de toute attache. Dans ces conditions et alors même qu’elle fait valoir une situation d’urgence, résultant de son placement en rétention administrative en vue de son éloignement imminent, Mme A... n’est manifestement pas fondée à soutenir que le préfet de Mayotte aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale aux libertés fondamentales qui s’attachent à son droit au respect de sa vie privée et familiale et à l’intérêt supérieur de l’enfant, en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai.

En second lieu, si elle affirme avoir été dans l’impossibilité de déposer sa demande de titre de séjour, en l’absence de solution de substitution au recours au téléservice imposé par l’autorité préfectorale à Mayotte, Mme A..., ne justifie pas des démarches alléguées. La condition d’urgence exigée par les dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative ne peut donc, à cet égard, être regardée comme remplie.

Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, par application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.


Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». Toutefois, aux termes de l’article 7 de la même loi : « L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive (…) ».

Il résulte de ces dispositions que, la requête de Mme A... étant manifestement dénuée de fondement, sa demande d’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle doit être rejetée.



ORDONNE :



Article 1er : Mme A... n’est pas admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 3 : La présente décision sera notifiée à Mme B... A... et au préfet de Mayotte.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur et à la ministre des outre-mer, en application de l’article R. 751-8 du code de justice administrative.


Fait à Mamoudzou, le 5 janvier 2026.


Le juge des référés,




V. RAMIN


La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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