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AccueilJurisprudence administrativeN° TA107-2600712

Tribunal Administratif de Mayotte — Décision N° TA107-2600712

jeudi 26 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Mayotte
SectionTribunal Administratif de Mayotte
N° DossierTA107-2600712
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Avocat requérantBAYON

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Mayotte, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... D... visant à suspendre l'obligation de quitter le territoire français sans délai prise par le préfet de Mayotte. Le juge a considéré que la condition d'urgence était satisfaite, mais a estimé que la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale (article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme), compte tenu des condamnations pénales du requérant et de l'absence de preuve suffisante de sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. La solution retenue est donc le rejet de la demande de suspension.

Texte intégral

de Mayotte,Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en production enregistrés le 25 février 2026, M. F... A... D... demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et de lui désigner un avocat d’office ;

2°) de suspendre les effets de l’arrêté n° 2026-4952 du 24 février 2026 par lequel le préfet de Mayotte lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai ;

3°) d’enjoindre au préfet de Mayotte de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l’attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) le cas échéant, d’enjoindre au préfet de Mayotte d’organiser son retour à Mayotte, par tous moyens, au frais de l’Etat, dans un délai de 8 jours, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors qu’il peut être éloigné à tout moment en exécution de la mesure d’éloignement litigieuse ;
- la mesure d’éloignement sans délai prononcé à son encontre porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme, dès lors qu’il réside régulièrement à Mayotte depuis une dizaine d’année, et qu’il est père de 3 enfants nés de son union avec Mme E..., compatriote en situation régulière avec laquelle il vit, dont 2 disposent de la nationalité française, et à l’éducation et l’entretien desquels ils contribuent ensemble ;
- son éloignement, avant qu’il ne soit statué sur sa requête interviendrait en méconnaissance des stipulations de l’article 13 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du 2° de l’article L. 761-9 du code du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2026, le préfet de Mayotte, représenté par Me Claisse, conclut au rejet de la requête ;

Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas satisfaite s’agissant des conclusions dirigées contre l’interdiction de retour sur le territoire français, dès lors que le requérant peut demander l’abrogation de cette mesure et qu’aucun refus d’abrogation n’est encore né. Elle l’est en revanche s’agissant des conclusions dirigées contre la mesure d’éloignement ;
- la mesure d’éloignement litigieuse ne méconnait pas les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que, par les pièces qu’il produit, il ne justifie de la nationalité française que d’un seul enfant, pour lequel il n’établi pas sa contribution à son éducation et son entretien. L’intéressé a fait l’objet de 2 condamnations pénales, le 3 avril 2024, pour violence avec usage et menace d’une arme et le 14 novembre 2023 pour violences volontaires n’ayant pas entrainé d’ITT ;
- la mesure d’éloignement ne méconnait pas l’intérêt supérieur de son enfant français, dés lors que le requérant peut reconstituer sa cellule familiale dans son pays d’origine.


Vu :
- les pièces du dossier ;
- la convention européenne des droits de l’homme et de sauvegarde des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Vu la décision, prise en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative, par laquelle le président du Tribunal a désigné M. Sauvageot, premier conseiller, en qualité de juge des référés.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience publique qui a eu lieu le 26 février 2026 à 15h15 heures, le magistrat constituant la formation de jugement compétente siégeant au tribunal administratif de La Réunion dans les conditions prévues à l’article L. 781-1 et aux articles R. 781-1 et suivants du code de justice administrative, M. C... B..., étant greffier d’audience au tribunal administratif de Mayotte.

Après avoir, au cours de l’audience publique :
- présenté son rapport,
- entendu les observations de Me Bayon, avocat de permanence qui se constitue à l’audience dans les intérêts du requérant ;
- et les observations de Me Ben Attia, pour le préfet de Mayotte.


Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté n° 2026-4952 du 24 février 2026, le préfet de Mayotte a fait obligation de quitter le territoire français sans délai à M. F... A... D..., ressortissant comorien né le 22 décembre 1980 aux Comores (Bambao Mtsanga). Dans le cadre de la présente instance, M. A... D... demande la suspension des effets de la mesure d’éloignement prononcée à son encontre.

Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :


2. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public (…) aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ».

3. L’intervention du juge des référés saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative est subordonnée à l’existence d’une situation d’urgence impliquant qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures pour assurer la sauvegarde d’une liberté fondamentale. En l’espèce, la condition d’urgence est remplie dès lors que le requérant est susceptible d’être éloigné à tout moment vers les Comores en exécution de la mesure d’éloignement dont il demande la suspension.

4. En premier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

5. Le requérant soutient qu’il réside régulièrement à Mayotte depuis une dizaine d’année, qu’il est père de 3 enfants nés son union avec Mme E..., compatriote en situation régulière avec laquelle il vit maritalement, dont 2 disposent de la nationalité française, et à l’éducation et l’entretien desquels ils contribuent ensemble.

6. Toutefois, si, par le titre de séjour expirés et les bulletins de salaires qu’il produit, le requérant justifie de sa présence régulière à Mayotte au moins depuis octobre 2017, il avait 37 ans à cette date. En outre, il ne produit aucune pièce justificative de sa qualité de père de 3 enfants nés de son union avec Mme E.... Enfin, s’il produit le titre de séjour de celle-ci, valable jusqu’au 9 juillet 2026, ce titre mentionne une adresse différente de celle figurant sur ses titres de séjour expirés, de telle sorte qu’il ne justifie pas de leur communauté de vie. Dans ces conditions, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la mesure d’éloignement litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée.
7. Aux termes de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation. L’intérêt d’un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui est titulaire à son égard de l’autorité parentale.

8. En l’espèce, le requérant ne justifie pas être le père d’enfant mineur qui réside à Mayotte. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de leur intérêt supérieur doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de suspendre les effets de la mesure d’éloignement prise à son encontre et d’enjoindre au préfet de Mayotte de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

10. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». Dans les circonstances de l’espèce, Me Bayon s’étant constitué à l’audience dans les intérêts du requérant, il y a lieu d’admettre, à titre provisoire, M. F... A... D... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.




ORDONNE :




Article 1er : M. F... A... D... est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les effets de l’arrêté litigieux n° 2026-4952 du 24 février 2026 sont suspendus en tant qu’il est fait obligation à M. F... A... D... de quitter le territoire français sans délai.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de Mayotte délivrer M. F... A... D... une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F... A... D... et au préfet de Mayotte.

Copie en sera, en outre, transmise au ministre de l’intérieur.

Fait à Mamoudzou, le 26 février 2026.


Le juge des référés,


F. SAUVAGEOT

La République mande et ordonne au préfet de Mayotte en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier



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