lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-1903797 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | TSOUDEROS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 avril 2019, le B d'Indemnisation des Victimes de l'Amiante (FIVA), représenté par Me Tsouderos, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 145 600 euros avec intérêt et capitalisation ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'affection de M. C était d'origine professionnelle ;
- le lien de causalité entre l'affection et l'activité professionnelle est établi ;
- il a indemnisé les ayants droits de M. C des préjudices résultant de ses pathologies liées à l'exposition à l'amiante ;
- il est fondé à demander à l'Etat le remboursement des indemnités versées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2021, le ministre de l'éducation de la jeunesse, des sports et de l'enseignement supérieur et de la recherche, conclut à titre principal, au rejet de la requête et à titre subsidiaire, ou à défaut, de ramener à de justes proportions les sommes réclamées par le FIVA.
Il fait valoir que :
- l'Etat n'est pas la personne publique responsable ;
- l'indemnisation sollicitée doit être ramenée à de justes proportions.
Une ordonnance du 11 janvier 2021 a fixé la clôture de l'instruction au 11 février 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n°2000-1257 du 23 décembre 2000 ; ;
- le décret n°65-773 du 9 septembre 1965 ;
- l'arrêté du 5 mai 2002 fixant la liste des maladies dont le constat vaut justification de l'exposition à l'amiante au regard des dispositions de l'article 53 de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2001 instituant le B d'indemnisation des victimes de l'amiante ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Salvage, président-rapporteur,
- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, né le 14 août 1942, est décédé le 1er janvier 2011 des suites d'une pathologie asbestosique consécutive à un mésothéliome pleural, due à l'inhalation de poussières d'amiante. Le 23 mars 2012, les ayants-droits de M. C ont accepté l'offre d'indemnisation du FIVA. Le FIVA demande la condamnation de l'Etat à lui rembourser la somme de 145 600 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'imputabilité au service et la personne responsable :
2. D'une part, aux termes de l'article 53 de la loi du 23 décembre 2000 : " I. - Peuvent obtenir la réparation intégrale de leurs préjudices : / 1° Les personnes qui ont obtenu la reconnaissance d'une maladie professionnelle occasionnée par l'amiante au titre de la législation française de sécurité sociale ou d'un régime assimilé ou de la législation applicable aux pensions civiles et militaires d'invalidité ; / 2° Les personnes qui ont subi un préjudice résultant directement d'une exposition à l'amiante sur le territoire de la République française ; / 3° Les ayants droit des personnes visées aux 1° et 2°. / II. - Il est créé, sous le nom de "B d'indemnisation des victimes de l'amiante", un établissement public national à caractère administratif, doté de la personnalité juridique et de l'autonomie financière, placé sous la tutelle des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Cet établissement a pour mission de réparer les préjudices définis au I du présent article. / () III () Vaut justification de l'exposition à l'amiante () le fait d'être atteint d'une maladie provoquée par l'amiante et figurant sur une liste établie par arrêté des ministres chargés du travail et de la sécurité sociale. / VI. - Le B est subrogé, à due concurrence des sommes versées, dans les droits que possède le demandeur contre la personne responsable du dommage ainsi que contre les personnes ou organismes tenus à un titre quelconque d'en assurer la réparation totale ou partielle dans la limite du montant des prestations à la charge desdites personnes () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 5 mai 2002 du ministre de l'emploi et de la solidarité : " La liste des maladies valant justification de l'exposition à l'amiante en application de la seconde phrase du quatrième alinéa du III de l'article 53 de la loi du 23 décembre 2000 susvisée est fixée comme suit : / 1° Mésothéliome malin primitif de la plèvre, du péritoine, du péricarde et autres tumeurs pleurales primitives ; () ".
3. M. C était ouvrier professionnel au sein du collège Sylvain Menu de Marseille depuis 1969, puis a été mis à disposition en 2005 du Conseil départemental des Bouches-du-Rhône. Le 1er janvier 2011, M. C est décédé des suites d'une pathologie asbestosique consécutive à un mésothéliome pleural diagnostiqué le 25 mars 2010, maladie valant justification de l'exposition à l'amiante en application des dispositions précitées. Après que la commission de réforme des collectivités territoriales ait émis un avis favorable, le 9 juin 2011 à la demande de reconnaissance du caractère professionnel de l'affection, le Département des Bouches-du-Rhône a reconnu l'imputabilité au service de la maladie de M. C par décision en date du 2 août 2011. Le compte rendu d'expertise en date du 22 novembre 2010 mentionne ainsi que le poste de travail de l'intéressé l'a exposé de manière continue entre 1968 et 2008 à l'amiante, présente dans les faux plafonds du bâtiments, que la pathologie invoquée est en lien direct, certain et exclusif avec le poste de travail de l'intéressé, qu'à ce titre elle est reconnue maladie professionnelle n° 30, fixant un taux d'incapacité permanente professionnelle à 90%. Il s'ensuit que l'imputabilité au service de la maladie, qui d'ailleurs n'est pas contestée par le ministre de l'éducation, est établie.
4. Lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs faits générateurs qui, imputables à différentes personnes ayant agi de façon indépendante, portaient chacun en eux normalement ce dommage au moment où ils se sont produits, la victime peut rechercher la réparation de son préjudice en demandant la condamnation de l'une de ces personnes ou de celles-ci conjointement, sans préjudice des actions récursoires que les coauteurs du dommage pourraient former entre eux. Il en va de même de la personne morale subrogée dans les droits de la victime.
5. Comme il vient d'être dit, il est constant que M. C a été exposé à l'amiante au cours de son activité professionnelle entre 1968 et 2008. Cette exposition portait normalement en elle le dommage qu'a subi l'intéressé au moment où il s'est produit. Il s'ensuit que, même si l'intéressé, fonctionnaire d'Etat a été, entre 2005 et 2008, mis à disposition du Département des Bouches-du-Rhône, le FIVA, subrogé dans les droits de la victime et de ses ayants droits, est fondé à demander le remboursement des indemnités versées à ces derniers, sous réserve d'action récursoire de l'Etat s'il s'y croit fondé. Dès lors, le ministre de l'éducation n'est pas fondé à soutenir que le FIVA ne pourrait lui réclamer qu'une partie des sommes en cause.
En ce qui concerne les sommes versées au titre des préjudices personnels de M. C et des ayants droits de M. C :
6. D'une part, et compte tenu de l'extrême gravité de l'affection en cause qui a provoqué le décès prématuré de M. C, âgé de 61 ans, et de l'ensemble des préjudices qu'il a pu subir entre le mois de mars 2010 et le 1er janvier 2011, date de son décès, le FIVA ne peut être regardé comme ayant procédé à une évaluation excessive des troubles de toute nature subis par M. C en allouant à ses ayants droit une somme de 104 300 euros, qui n'est d'ailleurs pas contestée par le ministre.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction et notamment de l'analyse de la nomenclature des préjudices à laquelle recourt le FIVA qu'il peut être fait une juste appréciation du préjudice moral de Mme C, veuve de M. C et de Mme D, fille de l'intéressé, en l'évaluant respectivement à la somme de 32 600 euros et de 8 700 euros, non contestée.
8. Par suite, il y a lieu de condamner l'Etat à verser au FIVA, subrogé dans les droits des ayants-droits de M. C, la somme totale de 145 600 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
9. Le FIVA a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 145 600 euros à compter du 4 janvier 2019, date de réception de sa demande par le ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. En outre, la capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois le 29 avril 2019, date d'enregistrement de la requête. A cette date, les intérêts n'étaient pas dus pour une année entière. Par suite, cette demande doit prendre effet à compter du 29 avril 2020, date à laquelle les intérêts étaient dus pour une année entière.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser au B d'indemnisation des victimes de l'amiante la somme de 145 600 euros au titre de l'action subrogatoire que le B a exercée. Cette somme portera intérêts à compter du 4 janvier 2019. Les intérêts échus à la date du 29 avril 2020 seront capitalisés à cette date.
Article 2 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros au B d'indemnisation des victimes de l'amiante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au B d'indemnisation des victimes de l'amiante et au ministre de l'éducation de la jeunesse et des sports.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Salvage, président-rapporteur,
- Mme Le Mestric, première conseillère,
- Mme Houvet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.
Le président,
Signé
F. SALVAGELa première assesseure,
Signé
LE MESTRIC
La greffière,
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale de la jeunesse et des sports en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026