lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-1907591 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL DE LA GRANGE ET FITOUSSI AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 septembre 2019, 15 octobre 2021 et 5 janvier 2022, M. A D, représenté par Me Saint-Pierre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'ONIAM à lui verser la somme de 502 603,60 euros à titre de dommages intérêts venant indemniser des préjudices résultant pour lui de l'accident médical qu'il a subi, ces sommes portant intérêts à compter du 13 septembre 2018 avec capitalisation à chaque échéance annuelle ;
2°) de mettre à la charge de l'ONIAM la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.
Il soutient que :
- il a subi un accident médical durant sa prise en charge pour un cancer du cavum, à compter d'avril 2009, le dommage qu'il a subi présentant un caractère de gravité et d'anormalité permettant d'ouvrir droit pour lui à réparation au titre de la solidarité nationale ;
- il en a résulté des préjudices en termes d'assistance par tierce personne avant et après consolidation, un déficit fonctionnel temporaire puis permanent, des souffrances, des préjudices esthétiques temporaire et permanent, d'agrément et sexuel.
Par des mémoires en défense, enregistré les 7 juillet 2020 et 22 décembre 2021, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, affections iatrogènes et infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me de la Grange, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le risque survenu dans la prise en charge de M. D ne présente pas le critère d'anormalité ouvrant droit à l'indemnisation au titre de la solidarité nationale.
Vu :
- le jugement avant dire droit n°1907591 par lequel le Tribunal a demandé un avis technique au docteur C ;
- l'avis technique remis le 17 septembre 2021 ;
- l'ordonnance du 12 octobre 2021 par laquelle les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 501,08 euros ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. B,
- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,
- et les observations de Me Saint-Pierre pour M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D s'est vu diagnostiquer en 2009 un cancer épidermoïde du cavum. Il a été pris en charge au sein de l'Assistance publique Hôpitaux de Marseille (AP-HM) où lui ont été dispensés, d'avril à juin 2009, des soins de radiothérapie et chimiothérapie. Face à une récidive de ce cancer, il a subi, le 1er juillet 2011, un premier curage ganglionnaire avec nouvelles irradiations du 10 août au 28 septembre 2011. Du fait de l'existence d'une nouvelle récidive ganglionnaire cervicale avec métastase dans le secteur V, un deuxième curage cervical a été pratiqué le 12 décembre 2012. M. D a ensuite bénéficié d'une surveillance rapprochée. L'évolution de son état n'ayant pas été favorable, M. D a subi, le 13 mars 2013, un troisième curage cervical avec radiothérapie du 6 mai 2013 au 19 juin 2013. Au cours de ces divers traitements, M. D a présenté des séquelles neurologiques avec atteinte du plexus brachial gauche se traduisant par des douleurs neuropathiques et un déficit moteur du membre supérieur gauche ainsi qu'une épaule gelée. M. D a saisi la commission de conciliation et d'indemnisation de la région PACA, laquelle a ordonné la désignation des docteurs C, radiothérapeute, et Boulliat, neurologue, en qualité d'experts. Ils ont déposé leur rapport le 6 janvier 2019. A la suite dudit rapport, la commission de conciliation et d'indemnisation a rejeté la demande de règlement amiable de M. D. Celui-ci demande au tribunal de condamner l'ONIAM à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis dans le cadre de la prise en charge de son cancer. Par jugement avant dire droit du 29 mars 2021, un avis technique complémentaire a été demandé par le tribunal au Dr C aux fins de déterminer précisément le pourcentage de risque d'atteinte du nerf spinal avec troubles au niveau du plexus brachial de même nature que ceux présentés par M. D, dans le cadre de la prise en charge d'un cancer du cavum par radiothérapie et curage ganglionnaire cervical en tenant compte du caractère itératif de ces traitements. Le rapport d'expertise complémentaire a été déposé le 17 septembre 2021.
Sur la solidarité nationale :
2. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient () au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire ". Et aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; / 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence. ".
3. En premier lieu, il résulte de l'expertise des docteurs C et Boulliat, d'une part, que l'AP-HM n'a commis aucune faute dans le choix et l'administration des traitements dont a bénéficié le requérant et grâce auxquels il est d'ailleurs désormais considéré comme guéri, tant lors de sa prise en charge initiale que lors des différentes récidives qu'il a présentées et, d'autre part, que l'atteinte neurologique du plexus brachial dont il est victime, laquelle présente un lien de causalité direct et certain avec le cumul de curages ganglionnaires cervicaux et de radiothérapies itératives, constitue un aléa thérapeutique.
4. En second lieu, il résulte des dispositions du II de l'article L. 1142-1 précité que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.
5. D'une part, en ce qui concerne la condition de gravité, il résulte de l'expertise des docteurs C et Boulliat que M. D reste atteint, du fait des troubles neurologiques qu'il présente au niveau du plexus brachial, d'un déficit fonctionnel permanent de 30 %. Le critère de gravité posé par les dispositions précitées est, dès lors, rempli.
6.Toutefois, d'autre part, concernant la condition d'anormalité du dommage, d'une part, le pronostic vital de M. D, victime d'un cancer épidermoïde du cavum, était engagé. Par suite, les conséquences du traitement suivi par le requérant ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles il aurait été exposé s'il n'avait pas été traité de sa pathologie cancéreuse. Par ailleurs, il résulte de l'expertise et d'une étude intitulée " Auris Nasus Larynx " publiée le 10 juin 2014 que sur 42 patients ayant bénéficié d'un curage cervical, trois atteintes des nerfs, dont deux atteintes du nerf vague et une paralysie du nerf facial, sont survenues, toutefois ladite étude n'est pas suffisante pour évaluer la probabilité de survenance des troubles présentés par M. D dès lors, en premier lieu, qu'elle n'aborde pas le taux de survenue spécifique de troubles neurologiques du nerf spinal avec atteinte du plexus brachial et, en second lieu, qu'elle ne prend pas en considération la réitération, d'une part, de curages ganglionnaires cervicaux et, d'autre part, de radiothérapies. Le rapport complémentaire produit par le Dr C le 21 septembre 2021 fait état d'une étude portant sur l'atteinte au plexus brachial à la suite d'un cancer ORL portant sur 43 patients, et qui révélait que pour les 16 patients ayant subi un curage cervical et une réirradiation, 54 % avaient subi des douleurs, 31% un engourdissement et 15 % une faiblesse motrice ou une atrophie musculaire ou des difficultés dans les mouvements de précision à la suite de ce traitement. De plus, sur les 13 patients pour lesquels la réirradiation avait été effectuée moins de 2 ans après l'irradiation, 6 d'entre eux avaient développé ces symptômes. En l'espèce, il est constant que M. D a subi un premier traitement par radiothérapie au printemps 2009, puis un curage cervical avec réirradiation du côté gauche entre août et septembre 2011, et enfin une troisième irradiation entre mai et juin 2013, moins de deux ans après la précédente irradiation. Le rapport d'expertise du Dr C a clairement indiqué que les séquelles neurologiques présentées par M. D sont la conséquence directe des traitements par irradiation qui lui ont été administrés et de la répétition de ces traitements. Dès lors, si le cas de M. D ne correspond pas complètement aux situations analysées dans l'étude citée par l'expert et s'il présente des caractéristiques très spécifiques qui en font un cas rare, cela ne suffit pas à présumer que les séquelles qu'il subit présentent un caractère anormal, alors au contraire que du fait de la répétition des traitements de radiothérapie qu'il a subis et à des intervalles rapprochés, le risque de survenance de telles séquelles neurologiques était significatif, en tout cas supérieur à 5 %, et ne peut donc être qualifié d'anormal.
7. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait droit à réparation du préjudice qu'il a subi du fait de cet accident médical au titre de la solidarité nationale et sa requête doit donc être rejetée.
Sur les dépens :
8. Les frais d'expertise du Dr C, taxés et liquidés à la somme de 501,08 euros par ordonnance du tribunal du 12 octobre 2021 sont mis à la charge de M. D.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ONIAM, qui n'est pas la partie perdante, la somme réclamée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Sur la déclaration de jugement commun :
10. La caisse primaire centrale d'assurance maladie des Hautes-Alpes mise en cause pour le compte de la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, n'a pas produit de mémoire. Par suite, il y a lieu de lui déclarer commun le présent jugement.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Les frais d'expertise du Dr C, taxés et liquidés à la somme de 501,08 euros par ordonnance du tribunal du 12 octobre 2021 sont mis à la charge de M. D.
Article 3 : Le présent jugement est déclaré commun à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Alpes pour le compte de la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à l'office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Alpes pour la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Simon, présidente,
M. Ricard, premier conseiller,
Mme Fabre, première conseillère.
Assistés de Mme Ibram, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
Le rapporteur,
Signé
G. B
La présidente,
Signé
F. SIMON
La greffière
Signé
S. IBRAM
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en cheffe,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026