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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-1908106

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-1908106

lundi 18 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-1908106
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCP VINSONNEAU-PALIES NOY GAUER AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 24 septembre 2019, 19 mars 2020, 13 avril 2020, 28 janvier 2021, 3 février 2022 et 25 avril 2022, Mme G D, représentée par Me Moutet, demande au tribunal :

1°) de condamner le Centre hospitalier de Salon-de-Provence à l'indemniser de tous les préjudices temporaires et permanents résultant de l'intervention chirurgicale effectuée le 10 octobre 2014 sur sa personne par le Dr F avec intérêts aux taux légal et capitalisation des intérêts à compter de la requête ;

2°) de mettre à la charge du Centre hospitalier de Salon-de-Provence la somme de 15 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens incluant les frais d'expertise.

Elle soutient que :

- le Centre hospitalier a commis une faute lors l'intervention du 10 octobre 2014 du fait d'un mauvais geste opératoire et d'un défaut d'organisation du service et a manqué à son devoir d'information sur les risques inhérents à l'acte chirurgical qui a été pratiqué ;

- ces fautes lui causent des préjudices en termes de frais divers, médicaux, pharmaceutiques, de transport, photocopie de son dossier, perte de gains professionnels, déficit fonctionnel temporaire et permanent, de souffrances endurées, de préjudice esthétique temporaire et définitif, de frais d'adaptation de son logement et de son véhicule, d'aide humaine permanente, de préjudice d'agrément, d'incidence professionnelle.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 janvier 2020, 20 mars 2020, 2 avril 2020, 3 juillet 2020, 17 février 2022 et 26 avril 2022 le centre hospitalier de Salon-de-Provence représenté par Me Zandotti, conclut à la mise hors de cause du Dr F, au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'une nouvelle expertise doit diligentée et que les demandes de la requérante soient réduites à de plus justes proportions, et que les demandes de la Caisse primaire d'assurance maladie soit rejetées s'agissant des soins post consolidation viagers.

Il fait valoir que :

- il n'a pas manqué à son devoir d'information ;

- il n'a commis aucune faute dans la prise en charge de Mme D et n'a présenté aucun défaut d'organisation du service ;

- les demandes indemnitaires de la requérante sont excessives ;

- la demande de la CPAM au titre des soins futurs est injustifiée ;

- la demande de la Caisse des dépôts et consignations n'est pas justifiée.

Par des mémoires, enregistrés les 8 janvier 2020, 4 mars 2020, 1er février 2021, 7 février 2022, 29 mars 2022 et 4 mai 2022 la Caisse primaire d'assurances maladie des Bouches-du-Rhône, représentée par Me Constans, conclut dans le dernier état de ses écritures que le Centre hospitalier de Salon-de-Provence soit condamné à la garantir des débours engagés pour la prise en charge de Mme D du fait des manquements dans sa prise en charge, à hauteur de 63 896,19 euros, assortie des intérêts, outre l'indemnité forfaitaire de gestion de 1 114 euros et une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en intervention enregistrés les 22 juin 2020 et 25 février 2022 l'Assistance publique Hôpitaux de Marseille demande le remboursement des rémunérations versées à Mme D durant son congé de maladie imputable à la faute du Centre hospitalier.

Par des mémoires enregistrés les 14 avril et 27 avril 2022, la Caisse des dépôts et consignations, venant aux droits de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, demande que le Centre hospitalier de Salon-de-Provence soit condamné à lui verser une somme de 274 328,95 euros et une somme de 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'elle a versé une rente d'invalidité et une pension de retraite anticipée du fait de la faute du Centre hospitalier et qu'elle est subrogée dans les droits de la victime.

Par un courrier du mars 2022 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la date ou de la période à laquelle il est envisagé d'appeler l'affaire à l'audience et précisant la date à partir de laquelle l'instruction pourra être close dans les conditions prévues par le dernier alinéa de l'article R. 613-1 et le dernier alinéa de l'article R. 613-2.

Par une ordonnance du 12 mai 2022, a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Un mémoire déposé le 12 mai 2022 pour la CPAM des Bouches-du-Rhône n'a pas été communiqué.

Des mémoires déposés les 13 mai et 7 juin 2022 pour Mme D n'ont pas été communiqués.

Un mémoire déposé le 17 mai 2022 pour la Caisse des dépôts et consignations n'a pas été communiqué.

Vu :

- l'ordonnance n° 1701611 du 17 juin 2017 par laquelle le juge des référés du Tribunal a désigné le docteur B en qualité d'expert ;

- le rapport d'expertise remis le 20 janvier 2018;

- l'ordonnance du 1er février 2018 par laquelle les frais et honoraires de l'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 1 000 euros ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'ordonnance n° 59-76 du 7 janvier 1959 ;

- la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. C,

- les conclusions de M. Martin, rapporteur public,

- les observations de Me Moutet pour Mme D et de Me France pour le Centre hospitalier de Salon-de-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D demande réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait des fautes commises lors de l'intervention chirurgicale pratiquée sur sa personne au Centre hospitalier de Salon de Provence, le 10 octobre 2014, qui portait sur les disques vertébraux L5 et S1 afin de procéder à une arthrodèse et cure de la hernie discale.

Sur la responsabilité du Centre hospitalier de Salon-de-Provence :

2. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / () ".

3. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport du Dr B, expert judiciaire, qu'une faute a été commise lors de l'intervention du 10 octobre 2014 du fait que la vis L5-S1 a été mal positionnée et au motif que cette maladresse n'a pas été décelée tout de suite malgré deux contrôles clinique et radiologique. Si le centre hospitalier fait valoir qu'il s'agirait là d'un aléa thérapeutique, qui se rencontrerait fréquemment dans des opérations de ce type, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette affirmation, aucune publication scientifique ou expertise de nature à remettre en cause les conclusions de l'expert retenant une faute du chirurgien, qui au demeurant ne l'a pas contestée durant les opérations d'expertise, indiquant ne pas comprendre comment le mauvais positionnement de la vis a pu ne pas être détecté. Il résulte de l'instruction que l'ensemble des complications neurologiques subies par Mme D sont la conséquence de cette maladresse et le Centre hospitalier de Salon-de-Provence est donc tenu de réparer l'intégralité des préjudices en résultant pour Mme D.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme D est fondée à demander réparation intégrale des préjudices résultant pour elle des fautes commises par le Centre hospitalier dans sa prise en charge et lors de l'intervention du 10 octobre 2014, sans qu'il soit nécessaire de se prononcer sur les autres manquements reprochés au Centre hospitalier, dès lors qu'aucun préjudice résultant spécifiquement de ces manquements n'est invoqué.

Sur les préjudices de Mme D :

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux temporaires :

5. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel temporaire de Mme D a été total pendant une période de 3 mois puis de 50 % entre le 21 janvier 2015 et le 1er mars 2015 et de 20% entre le 2 mars 2015 et le 21 juillet 2017, date de la consolidation. Toutefois, l'expert relève que l'opération subie, même réalisée dans les règles de l'art, aurait entraîné un déficit fonctionnel temporaire total de trois mois, et la période de déficit temporaire indemnisable commence donc trois mois après l'intervention, le 10 janvier 2015 et non le 21 janvier 2015, à hauteur de 50 %. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, sur la base d'une somme de 400 euros par mois pour un déficit de 100 %, en le fixant à la somme de 2 655 euros.

6. En deuxième lieu, selon le rapport d'expertise, les souffrances endurées par Mme D du fait des fautes commises durant sa prise en charge sont évaluées à 3,5 sur une échelle de 1 à 7. Il en sera fait une juste appréciation en les fixant à la somme de 5 400 euros.

7. En revanche, en dernier lieu, si Mme D fait état d'un préjudice esthétique temporaire, celui-ci se confond avec le préjudice esthétique permanent et ne peut faire l'objet d'une indemnisation spécifique.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux temporaires :

8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme D a eu besoin d'une aide humaine pendant 7 heures par semaine entre le 10 janvier 2015 et le 1er mars 2015 puis pendant 5 heures par semaine sur la période du 2 mars 2015 au 21 juillet 2017. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, sur la base d'un taux horaire de 13 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés, en le fixant à la somme de 9 750 euros.

9. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que si le traitement principal de Mme D a été maintenu par son employeur, les conséquences de l'intervention du 10 octobre 2014 ont entraîné pour Mme D une perte de gains professionnels, résidant pour elle dans la perte de la prime de service au titre de l'année 2016, pour un montant de 1 838,79 euros et pour l'année 2017 pour la période courant jusqu'au 21 juillet 2017, pour un montant de 953,44 euros, soit un préjudice total de 2 792,23 euros, ce préjudice étant imputable à la faute du Centre hospitalier car la requérante aurait perçu cette prime si elle avait pu reprendre son service après l'intervention chirurgicale en cause, comme elle l'avait perçue les années précédentes. Le Centre hospitalier devra donc l'indemniser de cette perte de gains professionnels à hauteur de 2 792, 23 euros.

10. En troisième lieu, Mme D justifie de frais de transport pour se rendre à diverses consultations médicales à la suite de l'intervention du 10 octobre 2014 et imputables à cette intervention, représentant une distance de 1 361 km parcourus. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, par application du barème kilométrique publié par l'administration fiscale applicable pour un véhicule de 4 chevaux fiscaux, soit 0,523 euro par km, en le fixant à la somme de 712 euros, somme à laquelle vous pourrez ajouter la somme de 43,90 euros de frais de péage justifiés et la somme de 162 euros de frais d'hébergement pour se rendre à l'expertise judiciaire. En revanche, les frais de bouche invoqués ne pourront être indemnisés dès lors qu'il n'est pas établi qu'ils excèderaient les dépenses quotidiennes normalement acquittées pour les repas.

11. En quatrième lieu, la requérante justifie par la production de factures de 200 euros de frais d'étude de son dossier médical par le Dr A, et de frais de reproduction de son dossier médical dans le cadre de l'expertise de 9,90 euros qui devront être pris en charge par le Centre hospitalier.

12. En revanche, en dernier lieu, si Mme D demandait la prise en charge d'une somme de 100 euros correspondant à une consultation du Dr E, il résulte de l'instruction qu'elle n'a subi aucun reste à charge concernant cette consultation et sa demande devra donc être rejetée à ce titre.

En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux permanents :

13. En premier lieu, il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent de Mme D peut être évalué à 20 %, du fait des séquelles des lésions du nerf sciatique poplité interne et externe qui entraînent des troubles et une instabilité de la marche et de la fatigue. Si le Centre hospitalier soutient que ce taux est surévalué et qu'un taux de 5 % serait adapté, au motif que le taux de 20 % correspond à une paralysie totale du nerf, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, aucune étude ou contre-expertise de nature à remettre en cause les conclusions de l'expert judiciaire, alors que l'expert le Dr B a estimé que la requérante subit une forte gêne en termes de troubles à la marche, de fatigabilité et d'instabilité du membre inférieur gauche. Par conséquent il convient de retenir le taux de 20 % de déficit fonctionnel permanent et dès lors que Mme D avait 54 ans à la date de consolidation en 2017, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 29 000 euros.

14. En deuxième lieu, l'expert a retenu un préjudice esthétique permanent évalué à 2,5 sur une échelle de 1 à 7, lié à sa boîterie et la canne dont elle a besoin pour se tenir debout, dont il sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 2 500 euros.

15. En dernier lieu, Mme D subit un préjudice d'agrément du fait de son invalidité résultant de l'intervention du 10 octobre 2014, dès lors qu'elle ne peut plus pratiquer de le même manière ses activités de jardinage et de marche dont elle démontre avoir été adepte, du fait de la fatigabilité engendrée, et il en sera fait une juste appréciation en le fixant à la somme de 1 500 euros.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux permanents :

16. En premier lieu, la requérante justifie avoir acquitté la somme de 2 400 euros de frais d'assistance à expertise auprès du Dr A, dont le Centre hospitalier devra l'indemniser.

17. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que Mme D aura besoin d'une aide humaine de 4 heures par semaine pour le reste de son existence. Depuis le 21 juillet 2017 jusqu'à la date du jugement, cette aide humaine, calculée sur la base d'un taux horaire de 13 euros et d'une année de 412 jours pour tenir compte des congés, représente un coût de 14 939,06 euros. Pour la période postérieure à la date de lecture du jugement, la requérante demande que le taux horaire soit fixé à la somme de 23,60 euros sur la base d'un devis d'une entreprise prestataire de services, toutefois dès lors qu'elle ne justifie pas avoir personnellement engagé les dépenses mentionnées sur le devis, il convient de procéder à une évaluation forfaitaire basée sur le salaire minimum interprofessionnel de croissance horaire augmenté des charges sociales. Ainsi, le montant annuel que représente une aide humaine de 4 heures par semaine doit être calculée sur la base d'un taux horaire de 14 euros et une année de 412 jours, soit un total de 3 248 euros annuels. Et après application du barème de capitalisation proposé par la Gazette du palais pour une femme de 59 ans, de 27,909, le capital dû par le Centre hospitalier peut être évalué à la somme de 90 648,43 euros, sous réserve des prestations que pourrait percevoir Mme D telles que la prestation de compensation du handicap ou l'allocation personnalisée d'autonomie qui devront être déduites de cette somme. En revanche, si Mme D demande qu'une somme lui soit allouée au titre des prestations de jardinage auxquelles elle devra recourir faute de pouvoir elle-même entretenir son terrain, il résulte de l'instruction qu'elle peut toujours pratiquer le jardinage, que son époux est également en mesure d'assurer l'entretien de ce bien et qu'elle ne justifie pas avoir engagé de dépenses de cet ordre. Par suite, sa demande sur ce fondement ne peut qu'être rejetée.

18. En troisième lieu, il résulte de l'instruction qu'en raison de la faute médicale, Mme D a subi une perte de gains professionnels, jusqu'à son admission à la retraite le 1er décembre 2017, correspondant à la prime de service non perçue entre la date de consolidation et la date d'admission à la retraite, pour un montant de 771,88 euros.

19. En quatrième lieu, Mme D a été admise prématurément à la retraite, à compter du 1er décembre 2017, ce qui a entraîné pour elle l'impossibilité de poursuivre une activité professionnelle et a pu minorer ses droits à la retraite. Il sera fait une juste appréciation du préjudice relatif à l'incidence professionnelle de la faute en le fixant à la somme de 5 000 euros. Toutefois, dès lors que Mme D perçoit une rente d'invalidité depuis le 1er décembre 2017 d'un montant de 580 euros mensuels, cette rente vient en déduction de ses droits au titre de l'incidence professionnelle, et dès lors qu'il est constant qu'à la date du présent jugement la somme perçue dépasse le montant de 5 000 euros sa demande devra être rejetée.

20. En cinquième lieu, il résulte du rapport de l'expert que l'invalidité de Mme D a rendu nécessaire d'installer une rampe dans les escaliers de son logement et des barres d'appui dans sa salle de bains. L'installation de barres d'appui dans la salle de bains représente un montant de 177 euros selon le devis produit par la requérante, mais il ne résulte pas de l'instruction que cela nécessite la réfection totale de la salle de bains comme elle le soutient. De même, l'installation d'un siège monte escaliers motorisé n'apparaît pas nécessaire et la somme réclamée à ce titre ne pourra lui être allouée. En revanche, le Centre hospitalier de Salon-de-Provence devra prendre en charge le coût de l'installation d'une rampe d'escalier, et il résulte d'un devis de la société Roland Gilles du 12 avril 2022 que l'installation de cette rampe avec garde-corps peut être évaluée à la somme de 4 586 euros.

21. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que Mme D ne peut plus conduire un véhicule à boîte de vitesses manuelle mais uniquement un véhicule à boîte automatique. Si la requérante produit un devis d'une entreprise spécialisée dans la transformation des véhicules automobiles, il résulte de l'instruction que ce devis ne concerne pas l'installation d'une boîte de vitesses automatique sur son véhicule actuel, le devis indiquant que cela n'est pas possible. Ainsi, si le préjudice apparait certain, son montant ne peut pas être évalué et il convient donc de condamner le Centre hospitalier à indemniser Mme D du surcoût représenté par l'achat d'un véhicule avec boîte automatique par rapport à l'achat d'un véhicule avec boîte mécanique de classe intermédiaire, sur présentation de justificatifs une fois la dépense engagée.

22. Il résulte de tout ce qui précède que le Centre hospitalier de Salon-de-Provence doit être condamné à verser à Mme D la somme totale de 168 247,40 euros en réparation de ses préjudices, avec intérêts au taux légal à compter de la date de sa requête le 24 septembre 2019 et capitalisation des intérêts à chaque échéance annuelle, ainsi qu'à lui rembourser, sur justificatifs, la somme correspondant au surcoût résultant de l'achat d'un véhicule automobile, de même catégorie que celui dont elle est actuellement propriétaire, doté d'une boîte de vitesses automatique par rapport à un véhicule avec boîte de vitesses manuelle.

Sur les conclusions de l'AP-HM :

23. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 7 janvier 1959 relative aux actions en réparation civile de l'Etat et de certaines autres personnes publiques : " I. - Lorsque le décès, l'infirmité ou la maladie d'un agent de l'Etat est imputable à un tiers, l'Etat dispose de plein droit contre ce tiers, par subrogation aux droits de la victime ou de ses ayants droit, d'une action en remboursement de toutes les prestations versées ou maintenues à la victime ou à ses ayants droit à la suite du décès, de l'infirmité ou de la maladie. / II. - Cette action concerne notamment : Le traitement ou la solde et les indemnités accessoires pendant la période d'interruption du service ; () ". L'article 7 de l'ordonnance prévoit que : " Les dispositions de la présente ordonnance sont applicables aux recours exercés par :() 2° Les établissements publics à caractère administratif () ". L'article 32 de la loi du 5 juillet 1985 tendant à l'amélioration de la situation des victimes d'accidents de la circulation et à l'accélération des procédures d'indemnisation prévoit : " Les employeurs sont admis à poursuivre directement contre le responsable des dommages ou son assureur le remboursement des charges patronales afférentes aux rémunérations maintenues ou versées à la victime pendant la période d'indisponibilité de celle-ci. (). "

24. Il résulte des dispositions précitées que l'AP-HM, qui était l'employeur de Mme D, est fondée à demander le remboursement des rémunérations versées à Mme D et des charges patronales afférentes aux rémunérations versées pendant la période de maladie imputable à la faute et le Centre hospitalier de Salon-de-Provence devra donc lui reverser la somme de 24 534,51 euros sur ce fondement.

Sur les conclusions de la Caisse des Dépôts et consignations :

25. En vertu des dispositions citées au point 23 du présent jugement, la Caisse des dépôts et consignations, venant aux droits de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales, est en droit d'obtenir le remboursement des sommes versées à Mme D du fait de sa cessation anticipée d'activité professionnelle, consistant notamment en une rente d'invalidité versée depuis le 1er décembre 2017, viagère, représentant un montant de 160 099,14 euros. Toutefois, seules les prestations versées en compensation d'un préjudice professionnel de la victime peuvent être prises en charge, et dans la limite du quantum du préjudice imputable à la faute qui a été commise. En l'espèce, le préjudice de Mme D au titre de l'incidence professionnelle ayant été évalué à la somme de 5 000 euros, il y a lieu de condamner le Centre hospitalier à verser cette somme à la Caisse des dépôts et consignations, venant aux droits de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.

Sur les conclusions de la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône :

En ce qui concerne les débours de la caisse :

26. La caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône demande le versement de la somme de 63 896,19 euros. Il résulte d'un état des débours produit par la caisse ainsi que d'une attestation d'imputabilité établie par son médecin conseil qu'elle a exposé, pour le compte de Mme D, du fait de la faute médicale commise par les services du Centre hospitalier de Salon-de-Provence des frais d'hospitalisation, des frais d'appareillage, d'actes médicaux, de radiologie, de pharmacie, avant et après consolidation, pour un montant total de 25 862,01 euros. En revanche, si la caisse demande le paiement de sommes correspondant à des frais futurs, constitués par une consultation mensuelle chez le généraliste, une consultation annuelle chez un neurologue et des frais pharmaceutiques pour des antalgiques à hauteur de 103,46 euros par mois, il ne résulte pas de l'instruction que la faute du Centre hospitalier implique ces frais de manière certaine, et la caisse n'est donc pas fondée à en demande la prise en charge par le Centre hospitalier. Par suite, il y a lieu de mettre à la charge du Centre hospitalier de Salon-de-Provence la somme de 25 862,01 euros avec intérêts à compter de la date de son premier mémoire, le 8 janvier 2020.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

27. En application de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2020 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale, le montant maximum de l'indemnité a été porté à 1 114 euros. Par conséquent, il y a lieu de condamner le Centre hospitalier de Salon-de-Provence à verser à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône cette indemnité à hauteur de ce même montant.

Sur les dépens :

28. Les frais d'expertise ont été taxés et liquidés à la somme de 1 000 euros par ordonnance du 1er février 2018. Il y a lieu de mettre cette somme à la charge définitive du Centre hospitalier de Salon-de-Provence.

Sur les frais liés au litige :

29. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du Centre hospitalier de Salon-de-Provence, d'une part, une somme globale de 2 000 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens, d'autre part, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et non compris dans les dépens. En revanche la Caisse des dépôts et consignations ne justifie pas de frais exposés dans la présente instance et sa demande devra donc être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : Le Centre hospitalier de Salon-de-Provence est condamné à verser la somme de 168 247,40 euros à Mme D à titre de dommages et intérêts, avec intérêts à compter du 24 septembre 2019 et capitalisation des intérêts à chaque échéance annuelle.

Article 2 : Le Centre hospitalier est condamné à rembourser, sur production de justificatifs par Mme D, la somme correspondant au surcoût d'acquisition d'un véhicule, de même catégorie que celui dont elle est propriétaire, doté d'une boîte de vitesses automatique, par rapport au coût d'un véhicule doté d'une boîte de vitesses manuelle.

Article 3 : Le Centre hospitalier de Salon-de-Provence est condamné à verser à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône la somme de 25 862,01 euros au titre des débours qu'elle a engagés ainsi qu'une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion. La somme de 25 862,01 euros portera intérêts au taux légal à compter du 8 janvier 2020.

Article 4 : Le Centre hospitalier de Salon-de-Provence versera la somme de 24 534,51 euros à l'AP-HM.

Article 5 : Le Centre hospitalier de Salon-de-Provence versera la somme de 5 000 euros à la Caisse des dépôts et consignations, venant aux droits de la Caisse nationale de retraite des agents des collectivités locales.

Article 6 : Les frais d'expertise sont mis à la charge définitive du Centre hospitalier de Salon-de-Provence.

Article 7 : Le Centre hospitalier de Salon-de-Provence versera à Mme D la somme de

2 000 euros et à la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône une somme de 800 euros en application de l'article L. 761 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme D, au Centre hospitalier de Salon-de-Provence, à l'Assistance publique - hôpitaux de Marseille, à la caisse primaire d'assurance maladie des Hautes-Alpes pour la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône et à la Caisse des dépôts et consignations.

Délibéré après l'audience du 13 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Simon, présidente,

M. Ricard, premier conseiller,

Mme Fabre, première conseillère.

Assistés de Mme Ibram, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.

Le rapporteur,

Signé

G. C

La présidente,

Signé

F. SIMON

La greffière,

Signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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