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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-1908375

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-1908375

vendredi 21 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-1908375
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL PHILIPPE PETIT ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2019, la commune du Paradou, représentée par Me Petit, demande au tribunal :

1°) de condamner la communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles à lui verser la somme de 143 532 euros en réparation du préjudice résultant de la répartition illégale de la dotation de solidarité communautaire pour les années 2014 à 2018 ;

2°) de mettre à la charge de la communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la communauté de communes a commis une illégalité fautive en l'absence d'actualisation des critères de répartition de la dotation de solidarité communautaire en ce qui la concerne entre les années 2014 et 2018 ;

- son préjudice s'élève à la somme de 143 532 euros.

La procédure a été régulièrement communiquée le 28 octobre 2019 à la communauté de communes Vallée des Baux Alpilles, qui n'a pas présenté de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 1er octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 22 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts ;

- la loi n° 2004-809 du 13 août 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,

- les observations de Me Roux, représentant la commune du Paradou.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération n° 39/2007 du 17 octobre 2007, le conseil communautaire de la communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles a décidé de répartir la dotation de solidarité communautaire qu'elle a instituée au profit de ses communes membres en fonction de trois critères pondérés, soit 50% pour le produit de la taxe professionnelle, 25% pour le nombre d'habitants et 25% pour le potentiel fiscal. La communauté de communes a adopté ensuite annuellement des délibérations fixant le montant de la dotation attribuée à chaque commune au vu de ces critères, délibérations dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elles aient été notifiées à la commune du Paradou ni que celle-ci ait reçu d'information sur le calcul du montant qui lui était alloué pour l'année en cours. Par un courrier du 28 mai 2019, la commune du Paradou, constatant que les critères de répartition de la dotation de solidarité communautaire attribuée annuellement par la communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles en vertu de délibérations adoptées entre 2014 et 2018 demeuraient inchangés et que les bases de répartition de cette dotation n'avaient pas été actualisées, a demandé au président de la communauté de communes l'indemnisation du préjudice qu'elle estime avoir subi au cours de ces cinq années, consistant en la perte financière correspondante. Une décision implicite de rejet est née du silence de la communauté de communes sur cette demande. La commune du Paradou demande au tribunal de condamner la communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles à lui verser la somme de 143 532 euros correspondant à la part de dotation de solidarité communautaire qu'elle estime ne pas lui avoir été attribuée à tort au titre des années 2014 à 2018.

Sur la responsabilité de la communauté de communes :

2. Aux termes du VI de l'article 1609 nonies C du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur à la date de l'adoption de la délibération du 17 octobre 2007 : " VI. L'établissement public de coopération intercommunale, autre qu'une communauté urbaine, soumis aux dispositions du I peut instituer au bénéfice de ses communes membres et, le cas échéant, d'établissements publics de coopération intercommunale à fiscalité propre limitrophes une dotation de solidarité communautaire, dont le principe et les critères de répartition sont fixés par le conseil communautaire statuant à la majorité des deux tiers. Le montant de cette dotation est fixé librement par le conseil de l'établissement public de coopération intercommunale. Elle est répartie en tenant compte prioritairement de l'importance de la population et du potentiel fiscal ou financier par habitant, les autres critères étant fixés librement par le conseil. () ".

3. Il résulte de l'instruction, en particulier des tableaux de répartition annexés aux budgets approuvés annuellement par la communauté de communes, que, sur le fondement de la délibération du 17 octobre 2007, la part de dotation de solidarité communautaire attribuée à la commune du Paradou a été fixée, de 2014 à 2018, à un montant identique de 41 082 euros, l'enveloppe globale versée au titre de la dotation de solidarité communautaire, d'un montant de 1 275 000 euros et sa répartition ayant été maintenues au titre de chacune de ces années par application des mêmes bases que celles retenues au titre de l'année 2013, ainsi qu'il ressort des mentions portées dans la délibération de la communauté de communes du 17 avril 2014.

4. Il résulte des dispositions précitées de l'article 1609 noniès C VI et du mécanisme de péréquation de la richesse entre communes membres que la mise en œuvre de la dotation de solidarité communautaire poursuit, que, lorsque les bases des critères choisis pour la répartition de la dotation sont évolutives, le calcul annuel de la dotation allouée à la commune doit être actualisé en fonction de cette évolution, dès lors que la délibération instituant la dotation n'en dispose pas autrement. La commune du Paradou établit par des éléments circonstanciés, et sans être au demeurant contredite en l'absence de toute défense de la communauté de communes, que le produit de la taxe professionnelle, le nombre d'habitants et le potentiel fiscal de son territoire ont évolué au cours de ces cinq années, ce qui aurait dû entraîner une variation du montant annuel de sa dotation. Dès lors, l'absence de toute actualisation des éléments retenus pour le calcul de la fraction de la dotation de solidarité communautaire revenant à la commune au titre de chaque critère, révèle une erreur dans le calcul de cette dotation. La commune du Paradou est par suite fondée à soutenir qu'en maintenant le versement à son égard d'un montant identique de dotation de solidarité communautaire pour chacune des années 2014 à 2018, la communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles a méconnu les dispositions précitées de l'article 1609 nonies C du code général des impôts, et a commis une illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité.

Sur l'évaluation du préjudice :

5. La commune du Paradou, à laquelle incombe la charge de la preuve de l'existence du préjudice qu'elle invoque, fait valoir un préjudice financier du fait des recettes issues de la dotation annuelle de solidarité communautaire dont elle a été irrégulièrement privée au cours des années 2014 à 2018, qu'elle évalue à la somme totale de 143 532 euros. Elle produit, sans être contredite, un tableau de calcul retraçant les bases de répartition actualisées par année, et reconstituant les montants dus au titre de chaque critère, ainsi que le montant global de dotation qui aurait dû lui être versé pour les années en litige. Toutefois, à défaut d'éléments permettant de tenir pour certaines les bases de calcul annuelles relevant notamment du produit de la taxe professionnelle et du potentiel fiscal et, partant, de déterminer le montant exact de la part de l'enveloppe globale de 1 275 000 euros que la commune du Paradou aurait dû percevoir et dont elle est fondée à demander à être indemnisée, il y a lieu de la renvoyer devant la communauté de communes pour le calcul du préjudice subi au regard des derniers éléments disponibles définissant les bases annuelles de chaque critère de répartition de la dotation pour la période de 2014 à 2018, et le versement de la somme due, dans la limite de ses conclusions portant sur la somme de 143 532 euros.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles une somme de 1 000 euros à verser à la commune du Paradou en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles est condamnée à verser à la commune du Paradou une indemnité correspondant à la différence entre les sommes qu'elle était en droit de percevoir au titre de la dotation de solidarité communautaire et celles qui lui ont été allouées pour les années 2014 à 2018. La commune du Paradou est renvoyée devant la communauté de communes pour le calcul et le versement de la somme à laquelle elle peut prétendre au titre de cette période conformément aux points 4 et 5 du présent jugement et dans la limite de 143 532 euros.

Article 2 : La communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles versera à la commune du Paradou une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune du Paradou et à la communauté de communes Vallée des Baux-Alpilles.

Délibéré après l'audience du 7 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Felmy, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

E. Felmy

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

2

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