lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-1908681 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET TTLA PARIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 octobre 2019, Mme C A, représentée par Me Labrunie, demande au tribunal :
1°) de condamner le comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN) à lui payer la somme de 15 000 euros au titre de son préjudice de personnel et la somme de 15 400, 73 euros en réparation de son préjudice de perte de jouissance ;
2°) de mettre à la charge du CIVEN la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- le délai de 5 ans mis par le CIVEN pour traiter sa demande d'indemnisation est manifestement déraisonnable ;
- ce délai viole l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'union européenne ;
- il viole l'article 6.1 de la convention européenne des droits de l'homme et de l'article 4 de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français ;
- le CIVEN a méconnu le principe d'égalité entre les citoyens en n'appliquant pas d'intérêts de retard à l'indemnisation versée ;
- la lenteur de l'administration a prolongé son deuil de manière déraisonnable ;
- elle a entrainé une perte de jouissance pour la succession de son époux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 août 2020, le CIVEN conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 18 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée, en application des articles R. 613-1 et R.613-3 du code de justice administrative, au 18 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 2010-2 du 5 janvier 2010 ;
- la loi n°2017-55 du 20 janvier 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,
- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, veuve de M. B A, affecté sur le site des essais nucléaires de Mururoa de juin 1968 à juin 1969 et décédé le 27 octobre 2009 des suites de deux maladies radio-induites, a présenté le 12 juin 2019 une demande d'indemnisation au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires (CIVEN), en raison du retard qu'elle estime abusif de l'administration à statuer sur le droit à indemnisation des préjudices subis par son époux. Une décision implicite de rejet est née du silence de l'administration. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner le CIVEN à lui payer la somme de 15 000 euros au titre de son préjudice personnel et la somme de 15 400.73 euros en réparation de son préjudice de perte de jouissance.
Sur les conclusions à fin indemnitaires :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 6.1 de la convention européenne des droits de l'homme : " Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. Le jugement doit être rendu publiquement, mais l'accès de la salle d'audience peut être interdit à la presse et au public pendant la totalité ou une partie du procès dans l'intérêt de la moralité, de l'ordre public ou de la sécurité nationale dans une société démocratique, lorsque les intérêts des mineurs ou la protection de la vie privée des parti es au procès l'exigent, ou dans la mesure jugée strictement nécessaire par le tribunal, lorsque dans des circonstances spéciales la publicité serait de nature à porter atteinte aux intérêts de la justice. ".
3. Le CIVEN est, en vertu de la loi du 5 janvier 2010 relative à la reconnaissance et à l'indemnisation des victimes des essais nucléaires français et de la loi du 20 janvier 2017 portant statut général des autorités administratives indépendantes et des autorités publiques indépendantes, une autorité administrative indépendante chargée de décider d'indemniser ou non les préjudices subis par les personnes décédées des suites des maladies radio induites imputables aux expositions aux rayonnements ionisants à l'occasion de leur affectation sur les sites des essais nucléaires français. Contrairement à ce que soutient la requérante, le CIVEN ne peut être regardé comme un tribunal statuant en matière civile, dès lors que sa décision peut être contestée devant le tribunal administratif qui statue en exerçant des pouvoirs de pleine juridiction. Par suite, les stipulations de l'article 6.1 de la convention européenne des droits de l'homme, qui s'appliquent aux seules juridictions, ne lui sont pas applicables. Le moyen tiré de sa méconnaissance doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. ". Et aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
5. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Par suite, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un Etat membre doit être écarté comme inopérant.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen : " La Loi est l'expression de la volonté générale. (). Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. ".
7. Mme A se plaint de ce que le CIVEN ne lui aurait pas proposé de majoration des indemnités versées par application des intérêts légaux au titre des retards dans l'instruction de son dossier et qu'il aurait ainsi commis une faute en méconnaissant le principe d'égalité de traitement. Toutefois, d'une part, de tel indemnités ne peuvent être versées qu'au vu d'une décision juridictionnelle, le CIVEN n'étant comme il l'a été dit, pas une juridiction. D'autre part et tout état de cause Mme A n'établit pas qu'une personne dans la même situation qu'elle aurait bénéficié, de la part du CIVEN, d'une telle majoration.
8. Il s'ensuit que Mme A ne peut utilement se prévaloir de ces fondements de responsabilité pour demander l'indemnisation des préjudices qu'elle prétend avoir subis.
9. Au surplus, aux termes de l'article 1er de la loi du 5 janvier 2010 : " Toute personne souffrant d'une maladie radio-induite résultant d'une exposition à des rayonnements ionisants dus aux essais nucléaires français et inscrite sur une liste fixée par décret en Conseil d'Etat conformément aux travaux reconnus par la communauté scientifique internationale peut obtenir réparation intégrale de son préjudice dans les conditions prévues par la présente loi". Aux termes de l'article 2 de cette même loi : " La personne souffrant d'une pathologie radio-induite doit avoir résidé ou séjourné : () / 2° Soit entre le 2 juillet 1966 et le 31 décembre 1998 en Polynésie française ". Aux termes de l'article 4 de cette même loi : " I. Les demandes d'indemnisation sont soumises au comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires, qui se prononce par une décision motivée dans un délai de huit mois suivant le dépôt du dossier complet. (). V. ' Ce comité examine si les conditions de l'indemnisation sont réunies. Lorsqu'elles le sont, l'intéressé bénéficie d'une présomption de causalité. Le comité procède ou fait procéder à toute investigation scientifique ou médicale utile, sans que puisse lui être opposé le secret professionnel ".
10. Il résulte de l'instruction que Mme A a déposé le 28 octobre 2013, une demande d'indemnisation en tant qu'ayant-droit de son époux décédé. Le CIVEN en a accusé réception le 12 novembre 2013. L'intéressée ne produit à l'instance aucune pièce entre 2013 et 2016 permettant de démontrer, comme elle l'allègue, que son dossier était complet et ne présentait pas de difficulté au cours de son instruction. Par courrier du 9 février 2016, le CIVEN l'a informée de ce que sa demande allait être présentée en comité et de ce que le délai de 8 mois courrait à compter de la réception de ce courrier. Par décision du 18 octobre 2016, le CIVEN a fait droit à sa demande d'indemnisation, soit 8 mois et 9 jours au plus tard après le début du délai d'instruction. Dans ces conditions, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le CIVEN aurait instruit sa demande dans un délai anormalement long.
11. En outre, la circonstance qu'une période de trois ans se soit écoulée entre la décision d'indemnisation du 18 octobre 2016 et le versement de son indemnité sur le compte CARPA ouvert au titre de la succession de son mari le 14 novembre 2018 ne peut être reprochée au CIVEN, dès lors que, d'une part, le seul délai de 8 mois fixé par l'article 4 de la loi du 5 janvier 2010 ne concerne que l'examen par le comité de la réunion des conditions d'indemnisation par le demandeur et que d'autre part il n'est pas établi que cette durée quant à l'exécution de la décision du CIVEN, qui exige notamment la réalisation d'une ou plusieurs expertises, soit de son seul fait.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par Mme A doivent être rejetées ainsi que les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au Comité d'indemnisation des victimes des essais nucléaires et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Houvet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé
F. LE MESTRIC
Le président,
Signé
F. SALVAGE La greffière
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026