lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2001887 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET BRINGUIER - RICHELME - ROUSSET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mars 2020, et un mémoire enregistré le 23 juillet 2021, Habitat Marseille Provence, représenté par Me Rosenfeld, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement les sociétés Gallois Dudzik et associés, Sogea Nord-Ouest, Aménagement rénovation carrelage Delor (ARCADE), GTM Sud venant aux droits de la société Campenon Bernard méditerranée, la Mutuelle des architectes français, la SMABTP, la MAIF, la société Generali Iard et la société Sagena à lui verser la somme de 348 538 euros TTC correspondant au montant des travaux de reprise des 49 logements collectifs cité Saint-Joseph, à Marseille, 8% de ce montant correspondant aux frais de maîtrise d'œuvre, 21 838, 96 euros au titre des pertes de loyers ainsi que 10 000 euros à titre de dommages et intérêts, assortis des intérêts au taux légal ;
2°) de condamner les sociétés Gallois Dudzik et associés, Sogea Nord-Ouest, ARCADE, GTM Sud, la Mutuelle des architectes français, la SMATP, la MAIF, la société Generali Iard et la société Sagena au paiement des dépens ;
3°) de mettre à la charge solidaire des sociétés Gallois Dudzik et associés, Sogea Nord-Ouest, ARCADE, GTM Sud, la Mutuelle des architectes français, la SMATP, la MAIF, la société Generali Iard et la société Sagena le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est fondée à rechercher la responsabilité des intervenants à l'opération de travaux en litige sur le fondement de la responsabilité décennale ;
- à titre subsidiaire, elle est fondée à solliciter la condamnation des intervenants au titre du désordre concernant le delta MS sur le fondement de la garantie contractuelle ;
- la maîtrise d'œuvre est responsable des problèmes causés par les coursives, notamment l'absence de différence de niveau entre ces dernières et le carrelage des appartement ;
- la société TCEI est responsable de la mise en œuvre de l'étanchéité du complexe d'étanchéité le long des bâtiments ;
- la société ARCADE est responsable du carrelage intérieur et extérieur ;
- la société Hertmann est responsable des receveurs de douche ;
- la société Campenon Bernard méditerranée est responsable de ses sous-traitants.
- il convient de l'indemniser du montant des travaux de reprise des désordres tels qu'évalués à hauteur de 348 538 euros TTC par le rapport d'expertise soit :
- 44 027, 50 euros TTC pour la réparation du Delta MS ;
- 233 200 euros TTC pour la fermeture des coursives ;
- 56 000 euros TTC pour la reprise de peinture et préparation du support dans huit appartements ;
- 10 500 euros TTC pour la reprise des salles d'eau dans dix appartements ;
- 5 000 euros TTC pour la peinture des salles d'eau des dix appartements ;
- il convient d'ajouter 8 % du montant des travaux de reprise au titre de la maîtrise d'œuvre d'exécution ;
- il convient également de l'indemniser de 21 838, 96 euros au titre des pertes de loyers et 10 000 euros à titre de dommages et intérêts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2020, la MAIF et la société ARCADE, représentées par Me Richelme-Boutière concluent au rejet de la requête.
Elles soutiennent que :
- à titre principal, les demandes formées contre la MAIF, assureur de la société Campenon Bernard, doivent être rejetées ;
- à titre principal, la société ARCADE ne peut être concernée que par le désordre lié aux infiltrations d'eau de pluie par les coursives et doit être mise hors de cause s'agissant des autres désordres ;
- sa responsabilité ne peut être engagée car elle n'a pas réalisé les regards situés à l'entrée des appartements, n'était pas en charge de prestations d'étanchéité sous le carrelage mais seulement de la pose du carrelage ;
- l'origine de ce désordre est lié à un défaut de conception et non d'exécution ;
- à titre subsidiaire, le montant de sa condamnation doit être diminué ;
- Habitat Provence Marseille n'est pas fondé à être indemnisé des pertes de loyers résultant de l'insolvabilité des locataires.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er avril 2021, la SMABTP, représentée par Me Bouty-Duparc, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de toute partie perdante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, le juge administratif est incompétent pour statuer sur les demandes dirigées à son encontre ;
- à titre subsidiaire, le chiffrage des travaux retenu par l'expert est erroné ;
- ses garanties ne sont pas mobilisables ;
- les sociétés Babikian architectes, Gallois Dudzik et la MAF, leur assureur, ainsi que la société GTM sud et la société ARCADE doivent la garantir de toute condamnation prononcée contre elle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juillet 2021, la société Generali, représentée par Me De Angelis, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de toute partie perdante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le juge administratif est incompétent pour statuer sur les demandes dirigées à son encontre dès lors qu'elles concernent des relations de droit privé entre un assureur et son assuré ;
- à titre subsidiaire, sa responsabilité ne peut être engagée dès lors que la société TCEI n'a commis aucune faute s'agissant des désordres relatifs aux infiltrations ;
- les garanties souscrites par la société TCEI ne sont pas mobilisables dès lors que les dégradations affectant le Delta MS ne sont pas de nature décennale et que la police d'assurance ne couvre pas les dommages relevant de la responsabilité contractuelle ;
- à titre subsidiaire, la société TCEI n'a commis aucune faute au titre de la responsabilité contractuelle dès lors que la pose de protections type Delta MS en parois enterrées ne lui incombait pas ;
- Habitat Provence Marseille n'est pas fondé à être indemnisé des pertes de loyers ;
- la société ARCADE, la société Herteman, la société Campenon Bernard et la maîtrise d'œuvre doivent la garantir de toute condamnation prononcée contre elle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juillet 2021, la SAS Gallois Dudzik et associés, la SARL M.A.X architectes et la Mutuelle des architectes français (MAF), représentées par Me Hugon de Villers, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge d'Habitat Marseille Provence ou de toute partie perdante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- à titre principal, le juge administratif est incompétent pour statuer sur les demandes dirigées à l'encontre de la MAF ;
- les conclusions formées à l'encontre de la société Max architectes sont irrecevables dès lors que cette société a fait l'objet d'une radiation ;
- la société Gallois Dudzik n'est pas responsable des dommages car elle n'est intervenue qu'au stade de la conception de la maîtrise d'œuvre ;
- à titre subsidiaire, la SAS Gallois Dudzik, la SARL MAX Architectes et la MAF doivent être garanties de toute condamnation prononcée à leur encontre par la société GTM Sud pour les infiltrations sur les bacs à douche et les coursives ;
- Habitat Marseille Provence est seule responsable du défaut d'entretien de la VMC, qui est à l'origine des désordres liés aux infiltrations dans les salles d'eau et de nature à l'exonérer de leur responsabilité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 août 2021, la société GTM Sud, la société Sogea Nord Ouest et la SMA SA venant aux droits de la Sogena, représentées par Me Durant, concluent au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge d'Habitat Marseille Provence et la somme de 10 000 euros à la charge solidaire des parties perdantes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- à titre principal, le juge administratif est incompétent pour statuer sur les demandes dirigées à l'encontre de la SMA SA ;
- le décollement affectant le Delta MS ne relève pas de la garantie décennale ;
- leur responsabilité contractuelle ne peut être engagée dès lors que la réception des travaux a été prononcée sans réserve liée aux désordres constatés ;
- la responsabilité des maitres d'œuvre est engagée au titre du suivi de chantier ;
- les infiltrations de l'appartement n°4 sont dues à un défaut d'utilisation de sorte que le coût des travaux de reprise incombe à Habitat Marseille Provence ;
- les désordres affectant les appartements 8, 9 et 10 ne sont pas imputables aux constructeurs dès lors que le bac à douche a été changé et qu'il ne s'agit plus de l'ouvrage d'origine ;
- les travaux de reprise de l'appartement n°15 ne peuvent être mis à leur charge car il n'a pu être visité ;
- les travaux de réfection complète de l'appartement n°17 ne sont pas justifiés ;
- les travaux de réfection de la salle d'eau de l'appartement n°35 ne sont pas justifiés car aucun désordre n'a été constaté ;
- aucune condamnation ne peut être prononcée à leur encontre pour l'appartement n°45 dès lors qu'il a été dévasté par un acte de vandalisme ;
- seuls les travaux de reprise du bac à douche de l'appartement n°47 peuvent être admis et doivent être limités à la somme de 1 550 euros ;
- le devis communiqué par Habitat Marseille Provence concernant la fermeture des coursives ne mentionne pas le nombre de coursives concernées ; la mise en place de plexiglas doit faire l'objet d'une autorisation d'urbanisme ;
- la demande formée au titre des loyers ne s'appuie sur aucun justificatif et est sans lien avec les désordres ;
- la demande formée au titre des dommages et intérêts n'est pas justifiée ;
- les sociétés Babikian architectes et Gallois Dudzik doivent les garantir des condamnations prononcées contre elles.
Par ordonnance du 17 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 15 octobre 2021.
Le 13 décembre 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen d'ordre public tiré du défaut d'intérêt à agir de la société M.A.X architectes dans la présente instance, cette dernière ayant cédé son marché de maîtrise d'œuvre à la société Babikian architecture par un avenant du 21 octobre 2009.
La société GTM Sud, la société Sogea Nord-Ouest et la SMA, d'une part, et la société SMABTP, d'autre part, ont produit des observations en réponse à ce moyen d'ordre public le 19 décembre 2022, qui n'ont pas été communiquées.
Vu
- l'ordonnance du juge des référés n° 1609082 du 28 décembre 2016 ordonnant une expertise ;
- le rapport de l'expert, remis le 18 mars 2019 ;
- l'ordonnance du 5 septembre 2019 par laquelle la présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des marchés publics ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B ;
- les conclusions de M. Grimmaud, rapporteur public ;
- les observations de Me Cagnol, représentant la société requérante, de Me Xavier, représentant les sociétés GTM Sud, Sogea Nord-Ouest et SMA SA, de Me Karamani, représentant la SMABTP, et de Me Delhaye, représentant la société Generali Iard.
Considérant ce qui suit :
1. La société Habitat Marseille Provence a procédé, dans le cadre d'une opération de renouvellement urbain, à la démolition d'un ensemble immobilier et à la reconstruction de 92 logements sociaux répartis dans quatre bâtiments situés dans le 14ème arrondissement de Marseille. La maîtrise d'œuvre de l'opération a été confiée, par acte d'engagement signé le 8 octobre 2007, à un groupement conjoint composé de la société Gallois Dudzik, mandataire, et de la société M.A.X architecte, laquelle a cédé son marché à la société Babikian architectes par avenant du 21 octobre 2009. La réalisation des travaux a été confiée à un groupement d'entreprises solidaire composé de la société Campenon Bernard méditerranée, mandataire, aux droits de laquelle est venue la société GTM Sud, et de la société Sogea Nord-Ouest. L'entreprise Campenon Bernard méditerranée assurait le rôle de mandataire des deux groupements. La société Campenon Bernard a sous-traité une partie des travaux à la société TCEI et à la société Herteman, dont les assureurs respectifs sont les sociétés Generali et SMABTP, ainsi qu'à la société ARCADE. La réception des travaux relatifs à l'îlot nord, composé de 49 logements, a été prononcée le 1er avril 2011, avec une levée des réserves le 6 septembre 2011. Postérieurement à cette réception, des infiltrations sont apparues dans plusieurs appartements, ainsi que des problèmes d'étanchéité des façades. La société requérante a sollicité une expertise auprès du tribunal, lequel a fait droit à sa demande par une ordonnance du 28 décembre 2016. L'expert a déposé son rapport le 18 mars 2019, complété par un additif le 13 septembre 2019. Habitat Marseille Provence demande au tribunal de condamner in solidum les sociétés Gallois Dudzik et associés, Sogea Nord-Ouest, ARCADE, GTM Sud, la Mutuelle des architectes français, la SMABTP, la MAIF, la société Generali Iard et la société SMA SA à lui verser la somme de 348 538 euros TTC correspondant au montant des travaux de reprise des 49 logements, 8 % de ce montant correspondant aux frais de maîtrise d'œuvre, 21 838, 96 euros au titre des pertes de loyers ainsi que 10 000 euros à titre de dommages et intérêts, assortis des intérêts au taux légal.
Sur l'exception d'incompétence opposée en défense :
2. Si l'action directe ouverte par l'article L. 124-3 du code des assurances à la victime d'un dommage ou à l'assureur de celle-ci subrogé dans ses droits, contre l'assureur du responsable du sinistre, tend à la réparation du préjudice subi par la victime, elle se distingue de l'action en responsabilité contre l'auteur du dommage en ce qu'elle poursuit l'exécution de l'obligation de réparer qui pèse sur l'assureur en vertu du contrat d'assurance. Dès lors, il n'appartient qu'aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des actions tendant au paiement des sommes dues par un assureur au titre de ses obligations de droit privé, alors même que l'appréciation de la responsabilité de son assuré dans la réalisation du fait dommageable relèverait de la juridiction administrative.
3. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Habitat Marseille Provence à l'encontre de la société SMA SA, de la MAIF, de la Mutuelle des Architectes Français, de la société Generali et de la société SMABTP en sa qualité d'assureur de la société Herteman, qui tendent uniquement à obtenir le paiement des sommes dues par ces sociétés au titre de leurs obligations de droit privé, relèvent de la compétence des juridictions de l'ordre judiciaire et sont ainsi portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître. Par suite, il y a lieu d'accueillir l'exception d'incompétence soulevées par les sociétés MAIF, Generali, MAF, SMA SA et SMABTP.
Sur la recevabilité des conclusions présentées par la société M.A.X architectes :
4. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la société M.A.X architectes a cédé, par avenant du 21 octobre 2009, son marché de maîtrise d'œuvre conclu avec Habitat Marseille Provence à la société Babikian architectes et ainsi, les droits et obligations en découlant. Par suite, la société M.A.X architectes n'a pas d'intérêt à agir dans la présente instance et ses conclusions ne peuvent qu'être rejetées comme irrecevables.
Sur la recevabilité des conclusions dirigées contre la société ARCADE :
5. Il résulte de l'instruction que la société ARCADE, qui est intervenue pour la pose du carrelage, a agi en qualité de sous-traitante de la société Campenon Bernard. Dès lors, cette société, qui n'a jamais été liée par contrat au maître d'ouvrage, n'a pas la qualité de constructeur qui serait seule de nature à rendre recevables, devant le juge administratif, des conclusions dirigées contre elle fondées sur la garantie décennale. Par suite, les conclusions d'Habitat Marseille Provence dirigées contre la société ARCADE ne peuvent qu'être rejetées.
Sur la responsabilité contractuelle au titre du désordre relatif à l'étanchéité des façades :
6. La réception est l'acte par lequel le maître de l'ouvrage déclare accepter l'ouvrage avec ou sans réserve. Elle met fin aux rapports contractuels entre le maître de l'ouvrage et les constructeurs en ce qui concerne la réalisation de l'ouvrage. La réception interdit, par conséquent, au maître de l'ouvrage d'invoquer, après qu'elle a été prononcée, et sous réserve de la garantie de parfait achèvement, des désordres apparents causés à l'ouvrage ou des désordres causés aux tiers, dont il est alors réputé avoir renoncé à demander la réparation. L'intervention du décompte général et définitif du marché a pour conséquence d'interdire au maître de l'ouvrage toute réclamation à cet égard.
7. En se bornant à invoquer la " garantie contractuelle des intervenants ", sans autre précision, Habitat Marseille Provence ne met pas le tribunal à même d'apprécier le bien-fondé de sa demande. À supposer que la société requérante ait entendu rechercher la responsabilité contractuelle des constructeurs au titre de défaut de conception et de réalisation du Delta MS, il résulte de l'instruction que la réception des travaux relatifs à l'étanchéité des façades a été prononcée le 1er avril 2011, avec levée des réserves le 6 septembre 2011, et que les rapports contractuels ont pris fin à cette date. S'agissant de la garantie de parfait achèvement, il résulte de l'instruction que le délai pour l'engager est manifestement expiré. Dès lors, Habitat Marseille Provence n'est pas fondée à rechercher la responsabilité contractuelle des constructeurs au titre du désordre lié à l'étanchéité des façades.
Sur la responsabilité décennale :
En ce qui concerne le caractère décennal des désordres :
8. Il résulte des principes qui régissent la garantie décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans, dès lors que les désordres leur sont imputables, même partiellement et sauf à ce que soit établie la faute du maître d'ouvrage ou l'existence d'un cas de force majeure. Toutefois, la garantie décennale ne peut être mise en œuvre si les désordres présentent un caractère apparent à la date de réception de l'ouvrage.
9. Il résulte de l'instruction que les désordres portent sur des infiltrations d'eau par les seuils des portes d'entrée de certains appartements, des infiltrations des bas de murs ainsi que la présence d'humidité importante dans les salles d'eau, notamment les coins douche. Ces désordres concernent également, ainsi qu'il a été dit au point 7, le décollement des protections de l'étanchéité et le percement de l'étanchéité en pieds de murs de certaines façades des bâtiments A, B et C.
S'agissant des infiltrations dans les appartements :
10. Il résulte du rapport d'expertise que les infiltrations d'eau dans les appartements entrainent des dégradations sur les plafonds des appartements inférieurs ainsi qu'une humidité constante. Il n'est pas contesté que de tels désordres sont de nature à rendre ces ouvrages impropres à leur destination. Il résulte de l'instruction que ces infiltrations trouvent leur origine dans l'absence de protection contre la pluie des coursives, lesquelles ne sont pas closes, dans l'absence de différence de niveau entre le carrelage intérieur et extérieur, qui n'est pas conforme au plan d'exécution qui prévoyait une différence de deux centimètres entre les sols finis intérieurs des logements et ceux des coursives, l'eau passant ainsi sous les portes palières, et dans l'absence d'étanchéité des sols des coursives, des regards et des départs de fourreau de gaine situés devant les portes palières, l'eau pénétrant ainsi sous le carrelage dans les appartements.
11. L'absence de seuils entre les sols des appartements et ceux des coursives y donnant accès résulte de vices d'exécution apparents à la réception, qui n'ont pourtant fait l'objet d'aucune réserve, et dont Habitat Marseille Provence ne pouvait ignorer les conséquences dommageables à terme. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à rechercher la responsabilité décennale des constructeurs au titre de l'absence de seuils.
12. Si l'absence de protection contre la pluie des coursives était apparente au moment de la réception, cette disposition de l'ouvrage, tenant à un vice de conception, était toutefois conforme aux plans et il ne résulte pas de l'instruction que le maître d'ouvrage pouvait avoir connaissance des désordres que cela pouvait entraîner. Enfin les défauts d'étanchéité des sols, des regards et des départs de fourreau de gaine n'étaient pas apparents à la réception. Il s'ensuit qu'Habitat Marseille Provence est seulement fondé à rechercher la responsabilité décennale des constructeurs au titre de ces défauts de conception et d'exécution.
S'agissant des infiltrations dans les salles d'eau :
13. Les infiltrations d'eau dans les sols et murs des salles d'eau, entraînant une humidité constante, sont de nature à rendre les appartements impropres à leur destination. Il n'est pas contesté que ces désordres n'étaient pas apparents au moment de la réception. Par suite, Habitat Marseille Provence est fondé à rechercher la responsabilité décennale des constructeurs au titre de ce désordre.
S'agissant des protections d'étanchéité des façades :
14. L'expert mandaté par le tribunal a constaté que le système Delta MS mis en place est en grande partie détruit. Ce vice est dû à une mauvaise fixation des solines, lesquelles ne couvrent pas totalement cette membrane. Il résulte toutefois de l'instruction, et notamment du rapport de l'expert mandaté par la SMABTP, daté du 17 mai 2016, réalisé à la suite d'une expertise du 21 avril 2016 à laquelle était présente Habitat Marseille Provence, que ces anomalies de fixation étaient visibles au moment de la réception et ont fait l'objet de réserves localisées, qui ont toutes été levées alors que les vices subsistaient et que les fixations mécaniques qui ont été posées n'ont pas permis d'y remédier. Dans ces conditions, dès lors que le problème de protection d'étanchéité présentait un caractère apparent au moment de la réception des travaux et qu'Habitat Marseille Provence ne pouvait en ignorer les conséquences sur l'étanchéité des bâtiments, il n'est pas fondé à rechercher la responsabilité décennale des constructeurs au titre de ce désordre.
En ce qui concerne l'imputabilité des désordres :
S'agissant des infiltrations dans les appartements :
15. La réalisation des travaux pour lesquels des défauts de conception et d'exécution ont été relevés, à savoir l'absence de protection contre la pluie des coursives, l'absence d'étanchéité des sols des coursives et des ouvrages situés devant les portes palières, incombait à la société Campenon Bernard, aux droits de laquelle vient la société GTM Sud. Il résulte de l'instruction que ces défauts d'exécution sont aussi imputables à un défaut de contrôle de l'exécution des travaux par la maîtrise d'œuvre. Les éléments produits au dossier, s'ils attestent que les maîtres d'œuvre ont proposé la mise en œuvre " d'un complément d'étanchéité sur les balcons ", qu'Habitat Marseille Provence a décliné au motif que cela n'était pas une nécessité réglementaire mais d'ordre esthétique, ne sont pas de nature à caractériser une faute du maître d'ouvrage de nature à exonérer les maîtres d'œuvre de leur responsabilité. Il résulte du marché de maîtrise d'œuvre conclu avec le groupement Gallois Dudzik et la société Babikian architectes que le suivi de l'exécution des travaux incombait à la société Babikian architectes pour 70 % et à la société Gallois Dudzik pour 30 %. Cette dernière n'est donc pas fondée à soutenir qu'elle ne serait intervenue qu'au stade de la conception des travaux.
16. Il suit de là qu'Habitat Marseille Provence est fondée à solliciter la condamnation solidaire des société GTM Sud et Sogea Nord-Ouest, groupement solidaire d'entreprises titulaire du marché de travaux, et de la société Gallois Dudzik, maître d'œuvre, au titre de ces désordres.
S'agissant des infiltrations dans les salles d'eau :
17. L'expert a constaté que les bacs à douche et les systèmes d'évacuation ne jouent pas leur rôle d'étanchéité, Il résulte de l'instruction que les receveurs de douche de certains appartements et les joints n'ont pas été correctement posés. Si GTM Sud invoque l'absence de rideau de douche dans les salles d'eau, imputable à Habitat Marseille Provence, il résulte de l'instruction que si cette circonstance a facilité la survenance des infiltrations, elle n'en n'est toutefois pas la cause, l'expert précisant d'ailleurs que l'installation de porte ou de rideau de douche doit être prévue par Habitat Marseille Provence, qui doit également sensibiliser les usagers à leur utilisation, afin de préserver l'état des travaux de rénovation. L'exécution des travaux des salles d'eau incombait à la société Campenon Bernard, titulaire du marché. Par suite, Habitat Marseille Provence est fondé à solliciter la condamnation solidaire de la société GTM Sud et de la société Sogea Nord-Ouest au titre de ce désordre.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des désordres résultant de l'absence d'étanchéité des coursives et des sols :
18. Il résulte de l'instruction que les travaux de reprise des infiltrations dans les appartements, causées en partie par l'absence d'étanchéité des coursives, nécessitent la fermeture de celles-ci. L'expert a validé le devis de la société Parduzi Construction, transmis par Habitat Marseille Provence, d'un montant de 233 200 euros TTC, laquelle s'est déplacée sur site et dont le devis répond aux normes exigées par le plan de prévention du risque incendie de forêt (PPRIF) de la ville de Marseille. Dans ces conditions, il y a lieu de prendre en compte le montant de ce devis pour fixer le montant de la réparation des coursives.
19. Les travaux de reprise comprennent également la rénovation des appartements, qu'il convient de repeindre. Il résulte de l'instruction que la société Habitat Marseille Provence a procédé à la rénovation des appartements n°1, 2, 3, 5, 14, 16, 20, 21, 27, 29, 31, 33, 35, 37, 42, 43 et 49, de sorte qu'il reste huit appartements à refaire en peinture du fait des infiltrations (appartements n°8, 9, 10, 15, 17, 39, 40 et 45). S'agissant de l'appartement n°45, il résulte de l'instruction que ce dernier a été dévasté suite à un acte de vandalisme, de sorte que le préjudice subi n'est plus actuel. Les travaux de reprise correspondants à cet appartement ne peuvent être indemnisés. S'agissant de l'appartement n°15, il résulte de l'instruction que si l'expert n'a pu le visiter, le rapport de l'expert de l'assurance daté du 17 mai 2016 y a constaté des traces d'infiltrations au plafond d'une chambre et de la cuisine, de sorte que les travaux de reprise sont justifiés. Contrairement à ce que soutiennent les sociétés GTM Sud et Sogea Nord-Ouest, s'agissant de l'appartement n°17, l'expert n'a pas préconisé sa réfection complète mais seulement la reprise des peintures après la fermeture des coursives. L'expert a estimé les travaux de reprise de peinture à 7 000 euros TTC par appartement, soit 49 000 euros TTC pour les sept appartements pour lesquels les préjudices sont établis, qu'il y a lieu de retenir. En l'absence de devis produits par les parties permettant de préciser le montant exact des travaux à entreprendre, il y a lieu de prendre en compte ce montant.
20. Il résulte du rapport d'expertise qu'il convient de prévoir l'intervention d'un maître d'œuvre d'exécution pour le suivi des travaux, que l'expert a estimé entre 4 et 7 % du prix du marché. Si Habitat Marseille Provence sollicite l'application d'un taux de 8 % du prix des travaux en raison d'un volet médiation sociale qu'il conviendrait d'intégrer, il ne résulte pas de l'instruction qu'une telle mission incombe à la maîtrise d'œuvre d'exécution et Habitat Marseille Provence ne justifie pas d'un tel tarif. Par suite, il y a lieu de retenir un taux de 7 % de frais de maîtrise d'œuvre, qu'il convient d'ajouter au montant de ces travaux, soit 19 754 euros TTC.
21. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner solidairement la société GTM Sud, la société Sogea Nord-Ouest et la société Gallois Dudzik à verser à Habitat Marseille Provence la somme totale de 301 954 euros TTC pour les travaux de reprises des infiltrations dans les appartements.
S'agissant des infiltrations dans les salles d'eau :
22. Il résulte de l'instruction que dix appartements sont concernés par ces désordres n°4, 8, 9, 10, 15, 31, 35, 39, 45 et 47. L'expert préconise le remplacement des douches avec mise en œuvre d'un carrelage avec joint d'étanchéité et retour sur la tranche et à environ 50 cm sur le mur afin de prolonger la protection des murs. Elle chiffre le montant de ces travaux à 1 050 euros TTC, auquel il convient d'ajouter 500 euros TTC pour la reprise de la peinture. S'agissant de l'appartement n°4, si l'expert signale que l'absence de fermeture de la douche est la cause essentielle des désordres constatés dans la salle d'eau, il résulte toutefois de l'instruction que le bac à douche n'a pas été changé, ni la faïence, de sorte que les travaux de rénovation de la salle d'eau de cet appartement sont justifiés. Il résulte l'instruction que s'agissant de l'appartement n°35, si ce dernier ne présente plus de désordres apparents dès lors que la peinture a été entièrement refaite, il est nécessaire de refaire la salle d'eau afin de remédier aux désordres d'origine. En revanche, il n'y a pas lieu de retenir des travaux de peinture pour cet appartement. Il résulte également de l'instruction que le bac à douche des appartements n°8, 9 et 10 a été changé par Habitat Marseille Provence, toutefois, l'expert constate que les désordres d'origine persistent et qu'il y a lieu de refaire entièrement la salle d'eau, de sorte que les travaux de reprise de salle d'eau et de peinture sont justifiés pour ces appartements. Il ne résulte pas de l'instruction que le bac à douche de l'appartement n°10 aurait été changé, ainsi que le soutient la société GTM Sud.
23. Il y a donc lieu de retenir un montant de 10 500 euros TTC pour la réfection des salles d'eau des dix appartements, et un montant de 4 500 euros TTC pour la reprise des peintures des salles d'eau de neuf appartements, soit un total de 14 550 euros TTC, auquel il convient d'ajouter 7 % de frais de maîtrise d'œuvre d'exécution, soit 1 050 euros.
24. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner solidairement la société GTM Sud et la société Sogea Nord-Ouest à verser à Habitat Marseille Provence la somme de 16 050 euros TTC pour les travaux de reprises des infiltrations dans les salles d'eau.
S'agissant de la perte de loyers :
25. L'expert a évalué, suivant les dires du conseil d'Habitat Marseille Provence, la perte de loyers subie par cette société à 21 338, 56 euros. Il résulte des écritures de l'office que ce montant correspond aux dettes locatives des locataires de deux appartements à leur sortie. Habitat Marseille Provence n'apporte aucun élément de nature à établir que l'absence de paiement de ces loyers par les locataires présenterait un lien de causalité avec les désordres. Dans ces conditions, Habitat Marseille Provence n'est pas fondé à être indemnisé à ce titre.
S'agissant des autres préjudices :
26. Dès lors que la responsabilité contractuelle des intervenants n'est pas engagée, Habitat Marseille Provence n'est pas fondée à solliciter une indemnisation de 10 000 euros " de dommages et intérêts au titre de la méconnaissance de leurs obligations contractuelles par les différents intervenants ".
Sur les appels en garantie :
27. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la société MAX architecture a cédé son marché et les droits et obligations en résultant à la société Babikian architectes. Par suite, la société GTM Sud et la société Sogea Nord-Ouest ne sont pas fondées à appeler en garantie la société MAX architecture.
28. Compte tenu de ce qui a été dit au point 15, il y a lieu de retenir une part de responsabilité de 40 % pour la société GTM Sud dans la survenance des désordres liés aux infiltrations dans les appartements et une part de 60 % pour les maîtres d'œuvre. Dès lors, il y a lieu de condamner la société GTM Sud à garantir la société Gallois Dudzik à hauteur de 40 % de la condamnation prononcée contre elle, et la société Gallois Dudzik à garantir la société GTM Sud à hauteur de 60 % de la condamnation prononcée à son encontre au titre de ce désordre.
29. Ainsi qu'il a été dit au point 17, la société Campenon Bernard est seule responsable du désordre lié aux infiltrations dans les salles d'eau. Dès lors, l'appel en garantie formée par les sociétés GTM Sud et Sogea Nord-Ouest à l'encontre de la société Gallois Dudzik doit être rejeté s'agissant de ce désordre.
30. Compte tenu de ce qui a été dit au point 2, il y a lieu de rejeter les appels en garantie formées par les sociétés SMABTP, SMA SA, et Generali.
Sur les intérêts :
31. Habitat Marseille Provence a droit aux intérêts au taux légal de la somme de 318 004 euros TTC à compter de la date d'introduction de sa requête, le 3 mars 2020.
Sur les frais d'expertise :
32. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge des sociétés GTM Sud et Sogea Nord-Ouest, à hauteur de 40 %, et de la société Gallois Dudzik, à hauteur de 60 %, les frais et honoraires de l'expertise de Mme A, liquidés et taxés à la somme de 14 007, 31 euros, qui constituent des dépens de l'instance.
Sur les frais liés au litige :
33. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce la somme demandée par les sociétés Gallois Dudzik, la MAF et MAX architectures soit mise à la charge d'Habitat Marseille Provence, qui n'a pas la qualité de partie perdante, au titre des frais d'instance non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire des sociétés Gallois Dudzik, GTM Sud et Sogea Nord-Ouest la somme de 2 000 euros à verser à Habitat Marseille Provence au titre de ces mêmes dispositions.
Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la SMABTP, Generali, la MAF et la SAM SA au titre de ces dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à la condamnation de la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics (SMABTP), de la société MAIF assurances, de la mutuelle des architectes français (MAF) de la société SMA SA et de la société Generali sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.
Article 2 : La société GTM Sud, la société Sogea Nord-Ouest et la société Gallois Dudzik sont solidairement condamnées à verser à Habitat Marseille Provence la somme de 301 954 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 3 mars 2020.
Article 3 : La société GTM Sud et la société Sogea Nord-Ouest sont condamnées solidairement à verser à Habitat Marseille Provence la somme de 16 050 euros. Cette somme portera intérêts au taux légal à compter du 3 mars 2020.
Article 4 : La société GTM Sud est condamnée à garantir la société Gallois Dudzik à hauteur de 40 % de la condamnation prononcée contre elle à l'article 2.
Article 5 : La société Gallois Dudzik est condamnée à garantir la société GTM Sud à hauteur de 60 % de la condamnation prononcée contre elle à l'article 2.
Article 6 : Les dépens de l'instance, liquidés et taxés à la somme de 14 007, 31 euros, sont mis à la charge des sociétés GTM Sud et Sogea Nord-Ouest à hauteur de 40 % et de la société Gallois Dudzik à hauteur de 60 %.
Article 7 : La société GTM Sud, la société Sogea Nord-Ouest et la société Gallois Dudzik verseront la somme globale de 2 000 euros à Habitat Marseille Provence sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 8 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Habitat Marseille Provence, à la société mutuelle d'assurance du bâtiment et des travaux publics, à la société MAIF Assurances, à la mutuelle des architectes français, à la société SMA SA, à la société Generali, à la société GTM Sud, à la société Gallois Dudzik et à la société Babikian architectes.
Copie en sera adressée à Mme A, en sa qualité expert.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
La rapporteure,
Signé
C. B
Le président,
Signé
P-Y. Gonneau
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026