LogoMeilleurAvocats.fr
AvocatsAssistant IABlogPrix
ConnexionDéposer ma demande

Vous avez un problème juridique ?

Décrivez votre situation en 2 minutes — un avocat spécialisé vous répond sous 24h.

Déposer ma demandeJe suis avocat
Logo MeilleurAvocats.frMeilleurAvocats.fr

Mise en relation avocat–client par l'IA. Gratuit pour les particuliers.

Particuliers

  • Déposer une demande
  • Trouver un avocat
  • Assistant IA gratuit
  • Bibliothèque juridique
  • Guides pratiques
  • Jurisprudence

Avocats

  • Pour les avocats
  • Espace avocat
  • Tarifs et formules
  • Recevoir des leads
  • Programme d'affiliation
  • Contact commercial

Spécialités

  • Droit général
  • Droit du travail
  • Droit de la sécurité sociale et de la protection sociale
  • Droit fiscal et droit douanier
  • Droit de la famille, des personnes et de leur patrimoine
  • Droit immobilier

Légal

  • Mentions légales
  • Confidentialité
  • CGU
  • Cookies
  • Contact

Newsletter juridique hebdomadaire

Décisions clés, évolutions législatives, conseils pratiques — chaque semaine.

© 2026 MeilleurAvocats.fr— KONSEIL SAS. Tous droits réservés.

Mentions légales|Confidentialité|Cookies

BOB★La messagerie française & cryptée pour des échanges confidentiels entre avocats et clients.

En savoir +TéléchargerBOB
AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2002672

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2002672

mardi 16 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2002672
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantCHIARELLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 23 mars 2020, le 26 janvier 2021, le 19 mars 2021, le 1er septembre 2021, le 10 mars 2022 et le 8 juin 2022, Mme F B et M. C B, représentés par la SELARL Consolin Zanarini, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Digne-les-Bains à leur verser la somme de 413 383,19 euros en réparation du préjudice résultant de la prise en charge médicale de Mme B à compter du 4 janvier 2013 ;

2°) de condamner le centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud à leur verser la somme de 5 640 euros en réparation du préjudice résultant de la prise en charge médicale de Mme B à compter du 7 juin 2016 ;

3°) à titre subsidiaire, de mettre ces sommes à la charge de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales au titre de la solidarité nationale du fait de son infection nosocomiale ;

4°) d'assortir ces sommes des intérêts au taux légal à compter du 10 novembre 2020, date de sa demande indemnitaire préalable, et leur capitalisation à compter du 10 novembre 2021 ;

5°) de mettre à la charge solidaire du centre hospitalier de Digne-les-Bains et du centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud, les entiers dépens, les frais d'expertise, et la somme de 6 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- Mme B a été victime d'une errance diagnostique, d'un défaut de surveillance de la part du centre hospitalier de Digne-les-Bains et d'une faute dans ses actes de soins qui ont favorisé l'apparition de l'infection, en engageant sa responsabilité ;

- le centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud a commis une faute en procédant avec retard au retrait de son implant fémoral engageant sa responsabilité ;

- les préjudices de Mme B doivent être réparés à hauteur de 6 909,07 euros au titre des frais d'aide à domicile, 216,45 euros au titre des frais de photocopie, 909 euros au titre des frais de forfait télévision, 388,30 euros au titre des frais de déplacement, 3 144,11 euros au titre des frais de carburant, 2 400 euros au titre des frais d'assistance à expertise, 7 980 euros au titre des frais d'assistance par une tierce personne, 77 542,17 euros au titre des dépenses de santé futures, 51 394,60 euros au titre des frais de logement adapté, 163 335,49 euros au titre de l'assistance par une tierce personne, 35 304 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire, 50 000 euros au titre des souffrances endurées, 1 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire, 32 400 euros au titre du déficit fonctionnel permanent, 6 500 euros au titre du préjudice esthétique permanent, 10 000 euros au titre du préjudice d'agrément et 1 500 euros au titre du préjudice sexuel.

Par des mémoires, enregistrés le 25 mai 2020, le 18 novembre 2021 et le 12 septembre 2022, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence, représentée par Me Chiarella, demande au tribunal de mettre à la charge des centres hospitaliers en cause la somme de 309 035,49 euros au titre de ses débours, la somme de 1 091 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ainsi que la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 25 juin 2020, le 18 mai 2022 et le 28 octobre 2022, le centre hospitalier de Digne-les-Bains, représenté par Me Deguitre conclut, dans le dernier état de ses écritures, à sa mise hors de cause ou s'en rapporte à la justice quant à sa responsabilité, au rejet ou à la réduction des prétentions indemnitaires de la requérante et des demandes de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence.

Il fait valoir que :

- le dernier mémoire de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes ne doit pas être pris en compte dès lors qu'il a été enregistré postérieurement à la clôture de l'instruction ;

- le chirurgien en cause exerçant à titre libéral, le centre hospitalier n'a pas à supporter la responsabilité de ses manquements ;

- il s'en rapporte à la justice quant à sa responsabilité concernant l'infection liée à l'antibioprophylaxie non conforme ;

- la requérante présente un état antérieur évalué à 15% ; le taux de déficit fonctionnel permanent doit être fixé à 10% ;

- il n'est responsable des préjudices qu'à hauteur de 50% ;

- certaines demandes indemnitaires ne sont pas fondées ;

- la demande de la caisse au titre des dépenses de santé futures doit être rejetée ;

- les débours doivent être réduit de ceux n'étant pas justifiés ou imputables à l'état antérieur de la requérante ;

- la demande de capitalisation des frais futurs doit être rejetée.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 31 juillet 2020, le 16 avril 2021, le 5 janvier et le 23 mars 2022, le centre hospitalier intercommunal des Alpes du sud (CHICAS), représenté par la SCP TGA avocat, conclut, dans le dernier état de ses écritures, à limiter sa part de responsabilité à la réparation de 51 jours du DFT et 10% des souffrances endurées, à la réduction des prétentions indemnitaires de la requérante, au rejet des demandes de la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence, ou à la limitation de sa responsabilité à 10% des sommes demandées, au rejet des demandes formulées au titre des dépens et au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou à la limitation de sa responsabilité à 10% des frais.

Il fait valoir que :

- l'état de la requérante aurait été le même, avec ou sans l'intervention du CHICAS, cette intervention ne visant qu'à réparer le préjudice causé par les manquements fautifs du centre hospitalier de Digne-les-Bains ;

- le médecin traitant de la requérante doit être appelé en la cause pour répondre de ses propres fautes ayant contribué à retarder ou aggraver le préjudice de sa patiente ;

- la requérante présente un état antérieur évalué à 15% lequel doit déterminer sa propre part de responsabilité ;

- en cas de condamnation solidaire, le centre hospitalier de Digne-les-Bains et le médecin traitant de la requérante doivent garantir le CHICAS, lequel ne peut être responsable de plus de 5% du dommage ;

- la somme demandée au titre des souffrances endurées est manifestement disproportionnée ;

- il ne saurait être condamné à rembourser les débours et l'indemnité de gestion de la caisse, vu sa faible part de responsabilité, et en tout état de cause, sa part doit être limitée à 10% des dépens ;

- il ne saurait être condamné aux dépens, vu sa faible part de responsabilité, et en tout état de cause, sa part doit être limitée à 10% des dépens ;

- le montant demandé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est manifestement surévalué, et en tout état de cause, sa part doit être limitée à 10% de la somme allouée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par la SELARL de la Grange et Fitoussi, conclut à sa mise hors de cause, et demande qu'il soit mis à la charge de toute partie succombante la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il fait valoir que la requérante ne formule aucune demande à destination de l'ONIAM, que les dommages qu'elle présente sont entièrement et directement imputables à des fautes et que les conditions ne sont pas réunies pour une indemnisation au titre de la solidarité nationale.

Le CHICAS a présenté un mémoire le 27 novembre 2023, non communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- l'ordonnance du 20 février 2019 par laquelle la première vice-présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr G E à hauteur de 900 euros ;

- l'ordonnance du 28 mars 2019 par laquelle la première vice-présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr D A à hauteur de 900 euros ;

- l'ordonnance du 19 novembre 2020 par laquelle la première vice-présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr G E à hauteur de 1 080 euros ;

- l'ordonnance du 19 novembre 2020 par laquelle la première vice-présidente du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le Dr D A à hauteur de 800 euros.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- l'arrêté du 18 décembre 2023 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2024 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,

- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique,

- et les observations de Me Marais, représentant le CHICAS.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a fait l'objet, le 4 janvier 2013, d'une intervention chirurgicale pour la pose d'une prothèse totale de la hanche droite au sein du centre hospitalier de Digne-les-Bains. Les suites ont été marquées par l'apparition d'un syndrome inflammatoire et par une impotence fonctionnelle douloureuse de la hanche opérée, ce qui a nécessité deux nouvelles interventions chirurgicales au sein du centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud les 7 juin et 27 juillet 2016, afin de procéder au retrait complet du matériel prothétique en raison d'une infection chronique. Elle a bénéficié par la suite d'une remise en place d'une prothèse totale de hanche le 7 février 2018.

2. À la suite de la remise du rapport définitif de l'expertise médicale diligentée par le tribunal, Mme B, qui estime avoir été victime d'une faute du centre hospitalier de Digne-les-Bains et du centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud, a sollicité l'indemnisation de ses préjudices par courriers reçus le 10 novembre 2020. En l'absence de réponse du centre hospitalier de Digne-les-Bains et suite au rejet explicite de sa demande par le CHICAS du 26 novembre suivant, Mme F B et M. C B demandent au tribunal de condamner les deux établissements à indemniser Mme B de l'ensemble des préjudices ayant résulté de ces interventions chirurgicales.

Sur la responsabilité pour faute et les droits à indemnisation au titre de la solidarité nationale :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () II. Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ". Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 % () ". En vertu des articles L. 1142-17 et L. 1142-22 du même code, la réparation au titre de la solidarité nationale est assurée par l'ONIAM.

4. Si les dispositions de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique font obstacle à ce que l'ONIAM supporte au titre de la solidarité nationale la charge de réparations incombant aux personnes responsables d'un dommage en vertu du I du même article, elles n'excluent toute indemnisation par l'Office que si le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant leur responsabilité.

En ce qui concerne les fautes du centre hospitalier de Digne-les-Bains :

5. Lorsqu'un dommage trouve sa cause dans plusieurs fautes qui, commises par des personnes différentes ayant agi de façon indépendante, portaient chacune en elle normalement ce dommage au moment où elles se sont produites, la victime peut rechercher devant le juge administratif la réparation de son préjudice en demandant la condamnation de l'une de ces personnes à réparer l'intégralité de son préjudice. L'un des coauteurs ne peut alors s'exonérer, même partiellement, de sa responsabilité en invoquant l'existence de fautes commises par l'autre coauteur. La victime peut demander la condamnation d'une personne publique à réparer l'intégralité de son préjudice lorsque la faute commise portait normalement en elle le dommage, alors même qu'une personne privée, agissant de façon indépendante, aurait commis une autre faute, qui portait aussi normalement en elle le dommage au moment où elle s'est produite. Il n'y a, dans cette hypothèse, pas lieu de tenir compte du partage de responsabilité entre les coauteurs, lequel n'affecte que les rapports réciproques entre ceux-ci, mais non le caractère et l'étendue de leurs obligations à l'égard de la victime du dommage. Il incombe à la personne publique, si elle l'estime utile, de former une action récursoire à l'encontre du coauteur personne privée devant le juge compétent, afin qu'il soit statué sur ce partage de responsabilité.

6. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise définitif, que, lors de l'intervention du 4 janvier 2013 visant à faire bénéficier Mme B d'une prothèse totale de hanche droite en traitement de sa coxarthrose majeure, le chirurgien a pratiqué " dans le même temps un geste septique sur un ongle incarné et un geste prothétique sur la hanche ", et que le médecin anesthésiste participant à l'intervention a administré une antibioprophylaxie non conforme, car non doublée comme le poids de la patiente l'exigeait. Il en résulte que l'imputabilité du sepsis est double : " pour 50% des préjudices, du fait d'une antibioprophylaxie non conforme, car la dose administrée par l'anesthésiste (), n'a pas été doublée comme le poids de la patient l'exigeait (IMC à 53,9) ; pour 50% des préjudices, une indication non conforme du chirurgien de pratiquer dans le même temps un geste septique sur un ongle incarné et un geste prothétique sur la hanche ". Dès lors, " la dose insuffisante de l'antibioprophylaxie et le fait d'avoir une lésion infectieuse concomitante (ongle incarné) " représentant des facteurs de risque d'acquisition de l'infection, chacune de ces fautes portent normalement en elle le dommage subi par la requérante. Mme B peut demander la condamnation du centre hospitalier de Digne-les-Bains à réparer l'intégralité de son préjudice.

En ce qui concerne la faute du CHICAS :

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise définitif, que pour l'intervention du 7 juin 2016 de reprise de sa prothèse totale de hanche droite descellée, une voie antérieure de Hueter a été effectuée alors que cette voie ne permettait pas le traitement d'un descellement cotyloïdien septique lors de la même intervention. Le choix de cette voie plutôt que la voie postérieure, et alors que l'origine du descellement cotyloïdien devait être considéré comme septique avant la preuve contraire, a empêché d'effectuer une fémorotomie dans le même temps opératoire et a fait perdre quarante jours à la patiente avant l'ablation complète de ses éléments prothétiques. Ce choix thérapeutique erroné est constitutif d'une faute susceptible d'engager la responsabilité du CHICAS.

En ce qui concerne le lien de causalité entre la faute du centre hospitalier de Digne-les-Bains et les préjudices invoqués :

8. Il résulte de l'instruction que, dans les suites de l'intervention de pose d'une prothèse totale de hanche réalisée 4 janvier 2013, Mme B a souffert d'une infection de la prothèse de hanche droite à streptococcus dysgalactiae, dont elle conserve des troubles moteurs constitutifs d'un déficit fonctionnel permanent au taux de 18% selon le rapport d'expertise. Si ce même rapport rappelle que la requérante a pour état antérieur une obésité morbide majeure, laquelle est un facteur important de sa gêne fonctionnelle, et une coxarthrose majeure de sa hanche droite, responsable d'une incapacité évaluée à 15%, la pose d'une prothèse de hanche avait pour objectif de remédier à cette incapacité. Cet état antérieur ne peut être regardée comme caractérisant une origine des dommages autre que la prise en charge de Mme B. Les fautes entachant l'intervention du 4 janvier 2013 portent donc en elle l'entier dommage corporel, incluant les complications successives dont ils sont à l'origine directe et certaine, nonobstant l'état antérieur de la patiente. Dès lors, le centre hospitalier de Digne-les-Bains doit en réparer totalement les conséquences.

En ce qui concerne le lien de causalité entre la faute du CHICAS et les préjudices invoqués :

9. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise, que la faute du CHICAS a entraîné pour la requérante uniquement un déficit fonctionnel permanent de 50 jours ainsi que 10% de la totalité des souffrances endurées évaluées. Dès lors, le CHICAS ne peut utilement se prévaloir, pour demander que sa responsabilité soit limitée à l'égard de la requérante, de ce que les préjudices subis par cette dernière trouveraient également leur origine dans le retard de diagnostic de son affection de la part de son médecin traitant.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le dommage est entièrement la conséquence directe d'un fait engageant la responsabilité soit du centre hospitalier de Digne-les-Bains, soit du CHICAS. Les conclusions dirigées contre l'ONIAM doivent, en conséquence, être rejetées.

Sur l'indemnisation :

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

S'agissant des frais divers :

11. En premier lieu, Mme B demande le remboursement des frais qu'elle a engagés et dont elle justifie au titre de l'assistance à expertise. Ce préjudice sera exactement réparé par la somme de 2 400 euros.

12. En deuxième lieu, les requérants demandent l'indemnisation de 216,45 euros de frais de photocopie. Les documents produits par les requérants à l'appui de ses prétentions ne permettent pas de justifier que ces frais soient imputables aux fautes retenues ou à la présente procédure. Dès lors, la demande d'indemnisation au titre de ce poste de préjudice ne peut qu'être écartée.

13. En troisième lieu, les requérants demandent l'indemnisation de 909 euros de frais de forfait télévision et internet. Ces frais exposés pendant la durée du séjour de Mme B au CHICAS et au centre de rééducation l'Eau vive constituent des frais de convenances personnelles et doivent par conséquent rester à sa charge.

14. En quatrième lieu, si les requérants demandent l'indemnisation de frais de déplacement à hauteur de 388,30 euros et de frais de carburant à hauteur de 3 144,11 euros, les documents produits à l'appui de ces prétentions ne permettent pas d'identifier les itinéraires, et, à supposer qu'ils aient été exposés par Mme B, d'établir que ces frais soient en lien avec les fautes retenues. La demande d'indemnisation au titre de ce poste de préjudice ne peut qu'être écartée.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les préjudices au titre des frais divers de Mme B doivent être évalués à la somme de 2 400 euros réparés intégralement par le centre hospitalier de Digne-les-Bains.

S'agissant de l'assistance d'une tierce personne :

16. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

17. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que Mme B a eu besoin, du fait du dommage subi, de l'assistance d'une tierce personne pour les gestes de la vie courante à raison de 2 heures par jour du 10 juin au 10 septembre 2018, soit 93 jours, à raison de 1 heure et 30 minutes par jour du 11 septembre 2018 au 18 février 2019, date de consolidation, soit 160 jours. Mme B a, depuis le lendemain de la date de consolidation et du fait du dommage subi, besoin de l'assistance d'une tierce personne pour les gestes de la vie courante à raison d'une heure par jour. Par ailleurs, il doit être tenu compte du salaire minimum interprofessionnel de croissance, augmenté des charges sociales, pour une année évaluée à 412 jours pour tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés et d'un taux horaire pour une aide non spécialisée de 13 euros. Compte tenu de ces modalités de calcul, le préjudice au titre de l'assistance par tierce personne jusqu'à la date du jugement doit être évaluée à la somme de 32 576,22 euros.

18. Il convient de déduire de cette dernière somme le montant de l'allocation personnalisée d'autonomie dont bénéficie la requérante. Il résulte de l'instruction, et notamment de la décision d'allocation personnalisée d'autonomie à domicile du 2 mai 2018, que la requérante a bénéficié à ce titre d'une allocation mensuelle de 328,33 euros versée directement à l'organisme prestataire du 1er mai 2018 au 1er juin 2023, date à compter de laquelle cette allocation a été portée à 407,37 euros par une décision du 2 mai 2023. L'indemnité due par le centre hospitalier de Digne-les-Bains au titre de l'assistance à tierce personne s'élève donc à la somme de 9 475,74 euros.

19. S'agissant des frais d'assistance par tierce personne qu'exposera Mme B à compter de la présente décision, ceux-ci doivent être arrêtés sur la base d'une heure par jour, en tenant compte du salaire minimum interprofessionnel de croissance, augmenté des charges sociales, pour une année évaluée à 412 jours pour tenir compte des dimanches et jours fériés ainsi que des congés payés et d'un taux horaire pour une aide non spécialisée de 13 euros. Ainsi, il convient de retenir une rente trimestrielle de 1 339 euros. Cette rente sera revalorisée par la suite en application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale. La rente sera versée à chaque mois échu, sous déduction, le cas échéant, des sommes versées à Mme B au titre des aides financières à la tierce personne, dont l'allocation personnalisée d'autonomie et y compris le crédit d'impôt prévu à l'article 199 sexdecies du code général des impôts, qu'il appartiendra à l'intéressée de porter à la connaissance du centre hospitalier de Digne-les-Bains.

S'agissant des dépenses de santé future :

20. En premier lieu, Mme B demande le remboursement de frais restés à sa charge, liés aux achats de cannes, fauteuil roulant et fauteuil roulant électrique, de table de lit sur roulettes, de semelles orthopédiques, de talonnettes, d'une potence de lit et d'un rollator, représentant un montant total de 77 542,17 euros pour la période postérieure à la date de consolidation et le renouvellement futur de ces équipements. Il résulte de l'instruction et particulièrement du rapport d'expertise que sont nécessaires et imputables aux fautes commises par le centre hospitalier de Digne-les-Bains des semelles orthopédiques internes et talonnettes externe de compensation de la différence de longueur à renouveler tous les six mois, une potence de lit, des cannes, un rollator et un fauteuil roulant à renouveler tous les cinq ans, de l'entretien musculaire avec un kinésithérapeute à raison de deux séries de vingt séances par an et des traitements à visée antalgique. Les semelles orthopédiques, les fauteuil roulant ou fauteuil roulant électrique et les cannes faisant l'objet d'une prise en charge par la caisse primaire d'assurance maladie, leur coût ne peut être compris dans les frais restant à charge de Mme B. L'achat d'une table de lit sur roulette n'est pas imputable à la complication septique. En prenant en compte le coût annuel des talonnettes externes de compensation pour un montant de 24 euros, d'une potence de lit pour un montant de 32 euros, d'un rollator pour 18,76 euros, le coût total annuel des aides techniques nécessaires à Mme B, restant à sa charge et imputable à la complication septique de sa prothèse totale de hanche droite est de 74,76 euros. Il sera fait une juste appréciation de ces dépenses, pour la période située entre le lendemain de la consolidation, le 19 février 2019 et le présent jugement, du 16 janvier 2024, correspondant à près de 5 ans, en les fixant au montant total de 375 euros. Ces sommes seront mises à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains.

21. En second lieu, ces dépenses seront supportées à titre viager. Compte tenu du barème de capitalisation, pour une femme âgée de 68 ans à la date du présent jugement, publié à la gazette du Palais, actualisé en 2022, reposant sur la table de mortalité sexuée 2017-2019 et un taux d'intérêt de 0%, soit en l'espèce un coefficient de rente viagère de 22,967, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, en le fixant à la somme de 1 717 euros, qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains.

S'agissant des frais de logement adapté :

22. Conformément au principe de réparation intégrale, les frais que doit débourser la victime directe à la suite du dommage pour adapter son logement à son handicap et bénéficier d'un habitat en adéquation avec ce handicap constitue un préjudice matériel réparable.

23. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise et de l'évaluation ergothérapique, que Mme B a des difficultés pour se déplacer et qu'à cet égard, elle doit aménager son logement. Le rapport d'expertise retient comme en rapport direct, certain et exclusif avec les séquelles de la complication septique et imputable au centre hospitalier de Digne-les-Bains du fait des fautes commises : l'aménagement de l'escalier extérieur donnant sur les appartements du niveau supérieur par la fourniture et la pose de 2 mains courantes, une de chaque côté, la fourniture et la pose de nez de marche antidérapants et contrastés en aluminium, la fourniture et pose de giron de marche avec un revêtement régulier et antidérapant afin de sécuriser le déplacement et la fourniture et la pose d'un encadrement et seuil encastrés pour l'entrée principale avec remise à niveaux afin de combler le seuil de marche ; l'aménagement du parking, avec la fourniture et la pose d'un revêtement régulier de type dalle afin de permettre une continuité de déplacement ; l'aménagement des toilettes par la mise en place de barres d'appui pour sécuriser les transferts ; l'aménagement de la salle de bain par la fourniture et la pose d'une porte coulissante, la fourniture et la pose d'une paroi triple coulissante pour faciliter l'entrée dans la douche et la mise en place de barres d'appui dans la douche ; l'aménagement de la cuisine par la fourniture d'un siège assis-debout afin de favoriser le positionnement devant le plan de travail et le déplacement du four à micro-ondes à hauteur du plan de travail. Si la requérante avance des devis datés du 15 mai 2017 d'un montant de 17 750 euros et du 12 janvier 2021 d'un montant de 27 699,60 euros au soutien de ses prétentions, ils ont pour objet respectivement la création d'un élévateur vertical et d'une rampe pour fauteuil roulant et ne peuvent être retenus. La requérante produit également un devis d'un montant total de 19 335 euros couvrant les travaux retenus par l'expert. Dès lors, il sera fait une juste réparation des frais d'adaptation du logement de Mme B en mettant à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains une somme de 19 335 euros.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

24. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise, que Mme B a subi un déficit fonctionnel temporaire partiel à 25% du 12 novembre 2013 au 30 mai 2016, soit 931 jours, puis du 11 septembre 2018 au 18 février 2019, soit 160 jours. Elle a également subi un déficit fonctionnel temporaire partiel à 50% du 10 juin 2018 au 10 septembre 2018, soit 93 jours. Enfin, elle a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 31 mai 2016 au 9 juin 2018, soit 740 jours.

25. Il résulte du rapport d'expertise que ce préjudice est imputable au CHICAS du 7 juin 2016 au 26 juillet 2016, soit 50 jours de déficit fonctionnel temporaire total. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 13,33 euros par jour, par la somme de 667 euros mis à la charge du CHICAS.

26. Il résulte du rapport d'expertise que les autres périodes de déficit fonctionnel temporaire partiel et total sont entièrement imputables au centre hospitalier de Digne-les-Bains. Ce préjudice sera exactement réparé, sur une base de 13,33 euros par jour, par la somme de 13 453 euros mis à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains.

S'agissant des souffrances endurées :

27. Il résulte de l'instruction que les souffrances endurées par Mme B doivent être évaluées à 5 sur une échelle de 7. Ce préjudice sera justement réparé par une somme de 14 500 euros.

28. Il résulte du rapport d'expertise que 10% de ces souffrances sont imputables au CHICAS et 90% au centre hospitalier de Digne-les-Bains. Dès lors, il y a lieu de mettre à la charge du CHICAS une somme de 1 450 euros et à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains une somme de 13 050 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

29. Il résulte de l'instruction et plus particulièrement de l'expertise que Mme B souffre d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 18 % compte tenu notamment de la limitation des amplitudes de la hanche droite avec une perte de force musculaire et du raccourcissement de deux centimètres aux dépends du côté droit. Il s'ensuit que ce préjudice doit être évalué à la somme de 22 500 euros, mise à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains.

S'agissant du préjudice d'agrément :

30. Si la requérante soutient qu'avant la survenue du dommage, elle était impliquée dans une association, elle n'apporte aucun élément de nature à justifier de cette activité avant l'intervention ayant causé le dommage. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à solliciter qu'une somme lui soit allouée à ce titre.

S'agissant du préjudice esthétique :

31. Il résulte du rapport d'expertise que Mme B a subi un préjudice esthétique temporaire et permanent évalué à 1,5 sur une échelle de 1 à 7 compte-tenu d'une boiterie nécessitant l'aide de cannes et du raccourcissement d'un membre. Il y a lieu de fixer l'indemnité globale qui est due à Mme B à ce titre à la somme de 1 400 euros mis à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains.

S'agissant du préjudice sexuel :

32. Il résulte des rapports d'expertise que Mme B subi une gêne positionnelle très modérée en rapport avec sa douleur à la hanche. Ce préjudice sera justement réparé à hauteur de la somme de 500 euros.

En ce qui concerne les intérêts :

33. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus en application de l'article 1153 du code civil courent à compter de la réception par la partie débitrice de la réclamation de la somme principale. Aux termes de l'article 1154 du code civil : " Les intérêts échus des capitaux peuvent produire des intérêts, ou par une demande judiciaire, ou par une convention spéciale, pourvu que, soit dans la demande, soit dans la convention, il s'agisse d'intérêts dus au moins pour une année entière ". Pour l'application de ces dispositions, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière. Le cas échéant, la capitalisation s'accomplit à nouveau à l'expiration de chaque échéance annuelle ultérieure sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.

34. Mme F B a droit aux intérêts légaux sur les sommes en capital de 84 205,74 euros et 2 117 euros à compter du 10 novembre 2020, date de réception de ses demandes préalables de réparation par le centre hospitalier de Digne-les-Bains et le CHICAS. Les intérêts courront jusqu'à la date de l'exécution du présent jugement. Elle a également droit à la capitalisation annuelle des intérêts à compter du 10 novembre 2021.

Sur les conclusions de la caisse primaire centrale d'assurance maladie des Hautes-Alpes :

En ce qui concerne les débours :

35. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " Lorsque, sans entrer dans les cas régis par les dispositions législatives applicables aux accidents du travail, la lésion dont l'assuré social ou son ayant droit est atteint est imputable à un tiers, l'assuré ou ses ayants droit conserve contre l'auteur de l'accident le droit de demander la réparation du préjudice causé, conformément aux règles du droit commun, dans la mesure où ce préjudice n'est pas réparé par application du présent livre ou du livre Ier. / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident () ".

36. La caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence, justifie avoir exposé pour le compte son assurée la somme de 251 405,39 euros de frais hospitaliers, médicaux, pharmaceutiques, d'appareillage et de transport pour la période du 12 novembre 2013 au 18 février 2019. L'état des débours produit est suffisamment détaillé et est accompagné d'une attestation d'imputabilité du médecin conseil. L'ensemble des frais apparaît en lien direct et certain avec les fautes commises par le centre hospitalier de Digne-les-Bains. Cependant, il résulte de l'instruction que les frais dus à la période du 7 juin 2016 au 26 juillet 2016 sont imputables à un choix thérapeutique erroné constitutif d'une faute commise par le CHICAS. La caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes est fondée à solliciter le remboursement de ses débours causés par les fautes du centre hospitalier de Digne-les-Bains, sous réserve de la déduction des frais liés à la période du 7 juin 2016 au 26 juillet 2016, imputable au CHICAS. Ces préjudices seront exactement réparés à hauteur de 211 030,39 euros par le centre hospitalier de Digne-les-Bains et de 40 375 euros par le CHICAS.

37. La caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence sollicite le remboursement au titre des frais futurs de son assurée la somme de 57 630,10 euros, correspondant aux acquisitions ou renouvellement de semelles orthopédiques, d'un fauteuil roulant électrique, de cannes, à la prise en charge d'une consultation généraliste par an, d'une consultation d'infectiologue tous les deux ans, d'une radiographie tous les deux ans, d'une biologie une fois par an, de vingt séances de kinésithérapie, d'une boite de Tramadol par mois. Il résulte de l'instruction, et particulièrement du rapport d'expertise précédemment mentionné, que seuls sont imputables aux fautes commises par le centre hospitalier de Digne-les-Bains les semelles orthopédiques, les cannes, un fauteuil roulant, les séances de kinésithérapie et la boîte mensuelle de Tramadol. La demande formulée par la requérante, reprise à son compte par la caisse, d'indemnisation d'un fauteuil roulant électrique ne peut être accueillie, l'expertise s'étant prononcée sur l'imputabilité du fauteuil roulant manuel alors utilisé par la requérante, acquis en 2018 pour un montant de 558,99 euros. Les autres dépenses de santé dont l'indemnisation est demandée par la caisse sont liées à l'état antérieur de la requérante. En prenant en compte le coût annuel des semelles orthopédiques pour un montant de 14,43 euros, des cannes pour un montant de 12,20 euros, du fauteuil roulant manuel pour 111,80 euros, des séances de kinésithérapie pour 326 euros et des frais pharmaceutiques pour 41,04 euros, le coût total annuel des frais d'appareillage, des frais médicaux et pharmaceutique à la charge de la caisse et strictement imputable à la complication septique de sa prothèse totale de hanche droite est de 505,47 euros. Il sera fait une juste appréciation de ces dépenses, pour la période située entre le lendemain de la consolidation, le 19 février 2019 et le présent jugement, du 16 janvier 2024, correspondant à près de 5 ans, en les fixant au montant total de 2 527,35 euros. Ces sommes seront mises à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains.

38. Il résulte de l'instruction, en particulier de l'état détaillé des frais futurs produits par la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence, que les dépenses de santé qu'exposera la caisse pour le compte de Mme B postérieurement au jugement comprennent les frais futurs annuels mentionnés au point précédent. Le centre hospitalier défendeur s'étant opposé au versement immédiat d'un capital représentatif, il y a lieu d'allouer à la caisse primaire d'assurance maladie le remboursement sur justificatif à mesure de leur engagement des frais futurs qu'elle exposera au titre des frais strictement imputables aux fautes du centre hospitalier de Digne-les-Bains, tels que listés dans le rapport d'expertise et mentionnés au point précédent, dans la limite de l'évaluation de ces frais par la caisse, soit 57 630,10 euros.

En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :

39. En application de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale et de l'article 1er de l'arrêté du 18 décembre 2023 susvisé et eu égard à la somme dont elle obtient le remboursement dans le présent jugement, la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence est en droit d'obtenir le versement d'une indemnité forfaitaire de gestion d'un montant de 1 191 euros. Cette indemnité doit être mise à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains.

Sur les frais d'instance :

En ce qui concerne les frais d'expertise :

40. En application de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Digne-les-Bains les frais de l'expertise ordonnée en référé le 10 avril 2018, taxés et liquidés à la somme de 1 800 euros par ordonnances des 20 février et 28 mars 2019. Il y a également lieu de mettre à la charge définitive du centre hospitalier de Digne-les-Bains les frais de l'expertise ordonnée en référé le 19 décembre 2019, taxés et liquidés à la somme de 1 880 euros par ordonnances du 19 novembre 2020.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

41. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

42. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du centre hospitalier de Digne-les-Bains une somme de 3 000 euros à verser à Mme B, ainsi que les sommes de 800 euros chacun à verser à l'ONIAM et à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Digne-les-Bains est condamné à verser une somme de 84 205,74 euros avec intérêts au taux légal à compter du 11 novembre 2020 à Mme B. Les intérêts échus le 11 novembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette dernière date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : Le centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud est condamné à verser une somme de 2 117 euros avec intérêts au taux légal à compter du 11 novembre 2020 à Mme B. Les intérêts échus le 11 novembre 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette dernière date seront capitalisés pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 3 : Le centre hospitalier de Digne-les-Bains est condamné à verser une rente trimestrielle d'un montant de 1 339 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne à Mme B, dans les conditions énoncées au point 19 du présent jugement.

Article 4 : Le centre hospitalier de Digne-les-Bains est condamné à verser la somme de 213 557,74 euros, les frais futurs mentionnés dans le présent jugement sur justificatifs, au fur et à mesure de leur engagement, dans la limite de 57 630,10 euros et la somme de 1 191 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion, à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence.

Article 5 : Le centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud est condamné à verser la somme de 40 375 euros à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence

Article 6 : Les frais d'expertise sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Digne les-Bains.

Article 7 : Le centre hospitalier de Digne-les-Bains versera une somme de 3 000 euros à Mme B et la somme de 800 euros chacun à l'ONIAM et à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 8 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 9 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B, à la caisse commune de sécurité sociale des Hautes-Alpes, agissant pour le compte de la caisse primaire d'assurance maladie des Alpes-de-Haute-Provence, au centre hospitalier de Digne-les-Bains, au centre hospitalier intercommunal des Alpes du sud et à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales.

Copie en sera adressée aux docteurs A et E, experts.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

M. Derollepot, premier conseiller,

Mme Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Derollepot

Le président,

signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en cheffe,

La greffière,

Décisions similaires

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

← Retour aux décisions