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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2003137

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2003137

mardi 18 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2003137
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantPHILIP

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 10 avril et le 7 décembre 2020, la SCI La Résidence des Neiges, représentée par Me Philip, demande au tribunal :

1°) à titre principal, la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties auxquelles elle a été assujettie dans les rôles de la commune d'Enchastraye au titre des années 2014 à 2018 pour un bien immobilier situé section E, numéro 404, lieudit Le Supersauze Ouest ;

2°) à titre subsidiaire, la réduction à hauteur de 1 500 euros, des cotisations de taxe foncière à laquelle elle a été assujettie pour ce même bien au titre des années 2014 à 2018 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que sa réclamation contentieuse a été prise en charge par les services postaux le 31 décembre 2019 ;

- en l'absence de production par l'administration des extraits de rôles homologués rendus exécutoires par l'autorité compétente conformément à l'article 1658 du code général des impôts, comportant l'identification du contribuable ainsi que le total par nature d'impôt et par année des sommes à acquitter, la mise en recouvrement des impositions est irrégulière ;

- l'imposition en litige est illégale car fondée sur des modalités d'imposition applicables aux seuls locaux commerciaux, alors que la SCI exerce une activité de location de logements qui est par nature civile et non commerciale ;

- l'administration fiscale a reconnu qu'elle exerce " une activité de location de logements ", ce qui constitue une prise de position au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;

- elle n'a exercé aucune activité depuis l'acquisition du bien ;

- l'immeuble qui a fait l'objet de l'imposition est vacant et complètement dégradé ;

- la valeur locative doit prendre en compte l'état de délabrement de l'immeuble ;

- l'imposition en litige est disproportionnée, ce qui est contraire à l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 octobre 2020, le directeur régional des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par la SCI La Résidence des Neiges ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties établies au titre des années 2014 à 2017, du fait de la tardiveté de la réclamation préalable.

Par une ordonnance du 9 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 27 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI La Résidence des Neiges a été assujettie, à raison d'un immeuble comportant quatre locaux à usage d'hôtel, de restaurant, de remise et d'habitation, situé à Enchastrayes (04400), section E, numéro 404, lieudit Le Supersauze Ouest, à des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2014 à 2018, dont elle demande la décharge à titre principal, et la réduction à hauteur de 1 500 euros par année, à titre subsidiaire.

Sur la recevabilité des conclusions aux fins de décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties établie au titre des années 2014 à 2017 :

2. Aux termes de l'article R. 196-2 du livre des procédures fiscales : " Pour être recevables, les réclamations relatives aux impôts directs locaux et aux taxes annexes doivent être présentées à l'administration des impôts au plus tard le 31 décembre de l'année suivant celle, selon le cas : / a) De la mise en recouvrement du rôle ou de la notification d'un avis de mise en recouvrement ".

3. La société requérante n'établit pas avoir présenté, avant sa réclamation adressée le 31 décembre 2019 et reçue le 3 janvier 2020 par le service, de réclamation préalable tendant à la décharge de la taxe foncière sur les propriétés bâties établie au titre des années 2014 à 2017. Ces impositions ont été mises en recouvrement le 31 août de chacune de ces années, de sorte que le délai de réclamation expirait pour chacune d'entre elle, respectivement, le 31 décembre 2015, 2016, 2017 et 2018. Dans ces conditions, la réclamation en date du 31 décembre 2019 est tardive. Par suite, la SCI La Résidence des Neiges n'est pas recevable à solliciter la décharge des cotisations de taxe foncière établie au titre des années 2014 à 2017.

Sur les conclusions aux fins de décharge des cotisations de taxe foncière sur les propriétés bâties établie au titre de l'année 2018 :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

4. Aux termes de l'article 1658 du code général des impôts dans sa version applicable au litige : " Les impôts directs et les taxes assimilées sont recouvrés en vertu soit de rôles rendus exécutoires par arrêté du directeur général des finances publiques ou du préfet, soit d'avis de mise en recouvrement. / Pour l'application de la procédure de recouvrement par voie de rôle prévue au premier alinéa, le représentant de l'Etat dans le département peut déléguer ses pouvoirs aux agents de catégorie A placés sous l'autorité des directeurs départementaux des finances publiques ou des responsables de services à compétence nationale, détenant au moins un grade fixé par décret en Conseil d'Etat. La publicité de ces délégations est assurée par la publication des arrêtés de délégation au recueil des actes administratifs de la préfecture ". Aux termes de l'article 376-0 bis de l'annexe II à ce code : " Le grade mentionné au second alinéa de l'article 1658 du code général des impôts est celui d'administrateur des finances publiques adjoint ".

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le rôle de la taxe foncière établie au titre de l'année 2018 a été homologué par M. A, administrateur des finances publiques adjoint. L'administration produit l'arrêté préfectoral n° 2016-001-007 du 1er janvier 2016 portant délégation de signature dont l'article 1er dispose que " délégation de pouvoirs est donnée aux collaborateurs du directeur départemental des finances publiques des Alpes-de-Haute-Provence ayant au moins le grade d'administrateur des finances publiques adjoint, à l'exclusion du responsable de pôle Gestion Publique, pour rendre exécutoires les rôles d'impôts directs et taxes assimilées ainsi que les titres de recouvrement émis par les Etats étrangers dans le cadre des conventions bilatérales d'assistance administrative au recouvrement ". Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration n'établit pas la compétence du signataire du rôle de la taxe foncière au titre de l'année 2018.

6. En second lieu, lorsque l'administration entend procéder au recouvrement d'une créance fiscale en vertu d'un rôle homologué, conformément aux dispositions précitées de l'article 1658 du code général des impôts, ce rôle doit comporter l'identification du contribuable, ainsi que le total par nature d'impôt et par année des sommes à acquitter. En l'espèce, l'administration a produit le rôle et une fiche informatisée du rôle comportant le nom et l'adresse de la société requérante, la nature, le montant et l'année de l'imposition en litige. Par suite, la SCI La Résidence des Neiges n'est pas fondée à soutenir que la mise en recouvrement des impositions est irrégulière du fait de l'absence de production par l'administration d'un rôle régulier.

En ce qui concerne le bien-fondé de l'imposition :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 1517 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - 1. Il est procédé, annuellement, à la constatation des constructions nouvelles et des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi qu'à la constatation des changements d'utilisation des locaux mentionnés au I de l'article 1498. Il en va de même pour les changements de caractéristiques physiques ou d'environnement ". Aux termes de l'article 1406 du même code : " I. - Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret. () ". L'article 321 E de l'annexe III au même code dispose, dans sa version applicable au litige, que : " Les constructions nouvelles, les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties ainsi que les changements d'utilisation des locaux professionnels mentionnés au I de l'article 1498 du code général des impôts sont déclarés par les propriétaires sur des imprimés conformes à des modèles établis par l'administration ".

8. Il résulte des dispositions précitées de l'article 1406 du code général des impôts et de l'article 321 E de l'annexe III au même code qu'il appartient au propriétaire d'un bien d'informer l'administration des changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties dans un délai de quatre-vingt-dix jours à compter de ce changement. Cependant, dans l'hypothèse où le contribuable n'aurait pas informé l'administration de tels changements par la déclaration prévue par l'article 321 E précité, il lui appartient d'établir que le bien n'est plus affecté à un usage commercial à la date du 1er janvier de l'année en litige.

9. En l'espèce, à supposer même que l'administration ait admis, dans le cadre d'une assignation en liquidation judiciaire de la SCI, que celle-ci exerce " une activité de location de logements ", une telle assertion, qui en tout état de cause ne peut être sérieusement regardée comme une prise de position de l'administration au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, ne caractérise pas un changement d'affectation des locaux de la société requérante. De plus, la circonstance que les locaux auraient été vacants est sans incidence sur la détermination de leur affectation. Par suite, en se bornant à produire un permis de construire délivré le 2 mai 2007 afin de transformer l'hôtel en appartement, alors même que les travaux et la rénovation envisagés n'ont pas été réalisés, la SCI La Résidence des Neiges ne démontre pas, alors qu'en l'absence de dépôt de la déclaration prévue à cet effet il lui appartient d'apporter cette démonstration, que la valeur locative des locaux dont elle est propriétaire, aurait dû être évaluée en prenant en compte une affectation à usage d'habitation.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1415 du code général des impôts, " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année de l'imposition ". L'article 1498 du même code dispose que : " La valeur locative de tous les biens autres que les locaux visés au I de l'article 1496 et que les établissements industriels visés à l'article 1499 est déterminée au moyen de l'une des méthodes indiquées ci-après : () / 2° a. Pour les biens loués à des conditions de prix anormales ou occupés par leur propriétaire, occupés par un tiers à un autre titre que la location, vacants ou concédés à titre gratuit, la valeur locative est déterminée par comparaison () ". Aux termes de l'article 324 Z du même code, dans sa version applicable au litige : " I. L'évaluation par comparaison consiste à attribuer à un immeuble ou à un local donné une valeur locative proportionnelle à celle qui a été adoptée pour d'autres biens de même nature pris comme types. / II. Les types dont il s'agit doivent correspondre aux catégories dans lesquelles peuvent être rangés les biens de la commune, visés aux articles 324 Y à 324 AC, au regard de l'affectation de la situation de la nature de la construction de son importance de son état d'entretien et de son aménagement ". L'article 324 AA de l'annexe III au même code, dans sa version applicable au litige, dispose que : " La valeur locative cadastrale des biens () vacants () est obtenue en appliquant aux données relatives à leur consistance - telles que superficie réelle, nombre d'éléments - les valeurs unitaires arrêtées pour le type de la catégorie correspondante. Cette valeur est ensuite ajustée pour tenir compte des différences qui peuvent exister entre le type considéré et l'immeuble à évaluer, notamment du point de vue de la situation, de la nature de la construction, de son état d'entretien, de son aménagement, ainsi que de l'importance plus ou moins grande de ses dépendances bâties et non bâties si ces éléments n'ont pas été pris en considération lors de l'appréciation de la consistance ".

11. En l'espèce, la SCI La Résidence des Neiges demande la prise en compte, dans l'évaluation de la valeur locative de son immeuble, de la dégradation de ce dernier, qui caractériserait un changement de ses caractéristiques physiques au sens des dispositions précitées de l'article 1517 du code général des impôts. Toutefois, si le constat d'huissier qu'elle produit, réalisé le 4 février 2020 comprend la description d'un immeuble très dégradé, appuyée par de nombreuses photographies documentant ce délabrement, il ne permet pas d'établir qu'il y a eu un changement des caractéristiques physiques du bien entre son acquisition et le 1er janvier de l'année d'imposition. En outre, il résulte de l'instruction que l'administration a tenu compte, par le biais des mécanismes de planchonnement et de lissage, de l'état d'abandon et de dégradation avancée du bien dans le calcul de sa valeur locative, en appliquant un coefficient de vétusté de 50 % à la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 des locaux à usage professionnel. La SCI La Résidence des Neiges n'est donc pas fondée à soutenir que la valeur locative retenue serait excessive ou que l'imposition en litige est disproportionnée et par suite, contraire au premier article du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 1389 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au présent litige : " I. - Les contribuables peuvent obtenir le dégrèvement de la taxe foncière en cas de vacance d'une maison normalement destinée à la location ou d'inexploitation d'un immeuble utilisé par le contribuable lui-même à usage commercial ou industriel, à partir du premier jour du mois suivant celui du début de la vacance ou de l'inexploitation jusqu'au dernier jour du mois au cours duquel la vacance ou l'inexploitation a pris fin. / Le dégrèvement est subordonné à la triple condition que la vacance ou l'inexploitation soit indépendante de la volonté du contribuable, qu'elle ait une durée de trois mois au moins et qu'elle affecte soit la totalité de l'immeuble, soit une partie susceptible de location ou d'exploitation séparée ".

13. Il résulte de ces dispositions que si l'inexploitation d'un immeuble à usage commercial peut ouvrir droit au dégrèvement qu'elles prévoient, c'est notamment à la double condition que le contribuable utilise lui-même cet immeuble à des fins commerciales ou industrielles et que son exploitation soit interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté. Le respect de cette condition impose, en principe, que le contribuable exploite lui-même l'établissement avant l'interruption de l'exploitation. Toutefois, lorsqu'un contribuable achète un immeuble dont l'exploitation à des fins industrielles ou commerciales est interrompue du fait de circonstances indépendantes de sa volonté, il peut prétendre à l'exonération prévue par ces dispositions s'il résulte de l'instruction qu'il a acquis cet immeuble en vue de l'exploiter lui-même à des fins industrielles et commerciales. Il résulte de l'instruction que la SCI La Résidence des Neiges n'a, depuis l'acquisition de l'immeuble à raison duquel a été établie l'imposition en litige, jamais utilisé elle-même cet immeuble à des fins d'exploitation commerciale, ni manifesté sa volonté de l'utiliser à de telles fins. Dès lors, la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge de l'imposition en litige en raison de la vacance de son bien.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la SCI La Résidence des Neiges doit être rejetée, y compris ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI La résidence des Neiges est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCI La Résidence des Neiges et à la directrice régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d'Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 4 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Menasseyre, présidente,

Mme Bruneau, conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2022.

La rapporteure,

signé

G. Pouliquen

La présidente,

signé

A. MenasseyreLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N° 2005045

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