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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2004483

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2004483

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2004483
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantERNST & YOUNG NANTES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 13 juin 2020 et le 4 février 2022, M. C A, représenté par Me Toumi, demande au tribunal :

1°) de condamner le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres à lui verser la somme globale de 117 047,88 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, du fait notamment de l'entretien et des travaux qu'il a réalisés dans le domaine du Mas de Taxil ;

2°) de mettre à la charge du conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens.

Il soutient que :

- contrairement à ce que soutient le conservatoire du littoral, la requête est recevable ;

- l'entretien et les travaux qu'il a réalisés dans le domaine du Mas de Taxil ont procuré au conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres un avantage ;

- l'enrichissement sans cause du conservatoire du littoral au titre de la réfection du chemin d'accès principal, réalisée en mars 2016, s'élève à 30 450 euros ;

- le conservatoire du littoral doit être condamné à lui verser la somme de 1 097,88 euros en remboursement des titres exécutoires indûment mis à sa charge ;

- son préjudice moral né de la résistance injustifiée du conservatoire du littoral à émettre des titres exécutoires de recettes d'irrigation peut être évalué à la somme de 500 euros ;

- l'entretien du domaine qu'il a réalisé, notamment des haies, des canaux, des digues, des chemins, ainsi que sa présence constante dans le domaine du Mas de Taxil, tant dans l'intérêt du conservatoire du littoral que de celui de ses partenaires, peuvent être évalués à la somme de 15 000 euros annuelle, soit 60 000 euros à compter du 1er janvier 2016 ;

- les sujétions qui lui ont été imposées, en particulier laisser l'accès libre et ne pas pouvoir exploiter le domaine en dépit du bail rural dont il disposait, constituent un préjudice anormal et spécial, et, subsidiairement, un enrichissement sans cause du conservatoire du littoral, qui doit être réparé à hauteur de 5 000 euros à compter du 1er janvier 2016, soit un montant de 25 000 euros à parfaire.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2020, le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres, représenté par Me Briec, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, car mal dirigée ;

- la créance au titre des travaux sur le chemin réalisé en 2016 est prescrite ;

- la requête n'est pas fondée.

Par lettres des 3 et 10 février 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible de relever d'office :

- d'une part l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître des conclusions du requérant tendant à engager, pour la période antérieure au 1er janvier 2017 pendant laquelle le domaine du Mas de Taxil appartenait au domaine privé du conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres, la responsabilité de cet établissement pour enrichissement sans cause et pour rupture d'égalité devant les charges publiques ;

- d'autre part l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices nés de l'émission des titres exécutoires du 5 avril 2018 et du 7 février 2019, dont le requérant a eu connaissance au plus tard respectivement le 4 mai 2018 et le 28 février 2019, dates de paiement des sommes réclamées, en raison de leur caractère tardif au regard de l'objet purement pécuniaire du titre en cause et des principes fixés par la décision du Conseil d'Etat n° 405355 du 9 mars 2018.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,

- et les observations de Me Toumi pour M. A, ainsi que celles de Me Radi pour le conservatoire du littoral.

Considérant ce qui suit :

1. M. A occupe et exploite, depuis 1995, une fraction d'environ 71 hectares des parcelles d'une surface de 160 hectares du domaine dit du " Mas de Taxil ", sur le territoire de la commune des Saintes-Maries-de-la-Mer, et y réside. M. A, dont la requête doit être regardée comme tendant à cette seule fin, demande au tribunal de condamner le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres (" conservatoire du littoral ") à lui verser le montant des frais de remise en état du chemin d'accès au Mas de Taxil, à réparer le préjudice financier et moral résultant de l'émission de deux titres exécutoires, à l'indemniser au titre des prestations qu'il a réalisées pour l'entretien et la gestion du domaine, et à réparer le préjudice qu'il a subi dans l'exploitation de son bail.

Sur l'incompétence du juge administratif :

2. M. A demande l'indemnisation de son préjudice au titre de l'enrichissement sans cause du conservatoire du littoral, né, selon lui, d'une part de la réfection du chemin d'accès au domaine du Mas de Taxil qu'il a réalisée en mars 2016, et d'autre part de l'entretien du domaine à compter du 1er janvier 2016. M. A demande également la réparation du préjudice anormal et spécial qu'il estime avoir subi, depuis le 1er janvier 2016, du fait des sujétions qui lui ont été imposées et des troubles de jouissance qu'il a subis. S'il résulte de l'instruction que le domaine du Mas de Taxil est entré dans le domaine public du conservatoire du littoral à compter du 1er janvier 2017, date de publication de la délibération du 21 novembre 2013 par laquelle le conseil d'administration du conservatoire du littoral a décidé de son classement dans son domaine propre, jusqu'à cette date, le domaine du Mas de Taxil ne peut être regardé comme une dépendance de son domaine public. Il résulte de ce qui précède que la créance invoquée par M. A au titre des travaux qu'il soutient avoir réalisés avant le 1er janvier 2017 ne peut être regardée comme issue de relations juridiques de droit public. Par suite, dans cette mesure, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la prescription quadriennale opposée par le conservatoire du littoral, les conclusions à fin d'indemnisation de M. A doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

3. Si M. A se prévaut de l'illégalité des titres exécutoires du 5 avril 2018 et du 7 février 2019 émis par la directrice du conservatoire du littoral en vue du recouvrement des sommes de 548,94 euros au titre du " remboursement asa Pioch Frigoulès Grazier ", l'expiration du délai permettant d'introduire un recours en annulation contre une décision expresse dont l'objet est purement pécuniaire fait obstacle à ce que soient présentées des conclusions indemnitaires ayant la même portée. Il résulte de l'instruction que les sommes figurant sur les titres exécutoires ont été réglées par le requérant respectivement les 18 avril 2018 et 28 février 2019 et qu'il n'a présenté aucun recours juridictionnel, de sorte que ces titres exécutoires, dont l'objet est purement pécuniaire, sont devenus définitifs sans que le recours indemnitaire préalable du 5 février 2020 ait pu interrompre le délai de recours. Par suite, ces conclusions indemnitaires ne sont pas recevables. Au demeurant, ces sommes correspondent à des tarifs forfaitaires appliqués en fonction des déclarations de cultures réalisées par les propriétaires membres de l'association syndicale. Toutefois, alors que M. A soutient ne pas utiliser l'eau d'irrigation du canal, il s'est prévalu du paiement de l'eau d'irrigation au Conservatoire du littoral, pour établir son activité agricole devant le tribunal paritaire des baux ruraux de Tarascon. Dans ces conditions, M. A n'établit en tout état de cause pas qu'en émettant les deux titres exécutoires en cause, le conservatoire du littoral aurait commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

4. Si M. A se prévaut de l'enrichissement sans cause du conservatoire du littoral du fait du recouvrement de ces 1 097,88 euros par les deux titres exécutoires susmentionnés, il n'établit pas, par ses seules allégations, qu'il se serait in fine appauvri alors qu'il s'est prévalu, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, du paiement de l'eau d'irrigation du canal pour établir son activité agricole devant le tribunal paritaire des baux ruraux.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'indemnisation du préjudice moral que M. A estime avoir subi du fait de l'émission de ces deux titres exécutoires, doivent être rejetées.

6. M. A soutient ensuite que, du fait des travaux d'entretien qu'il a réalisés sur le domaine du Mas de Taxil, et du gardiennage du site qu'il a assuré, le conservatoire du littoral a bénéficié d'un enrichissement sans cause. Toutefois, l'intéressé n'apporte aucun élément comptable de nature à établir un tel appauvrissement du fait des travaux et de l'entretien qu'il soutient avoir réalisés. En l'absence de justification de pertes, les conclusions fondées sur l'enrichissement sans cause doivent dès lors être rejetées.

7. La responsabilité de la puissance publique peut se trouver engagée, même sans faute, sur le fondement du principe d'égalité des citoyens devant les charges publiques, lorsqu'une mesure légalement prise a pour effet d'entraîner, au détriment d'une personne physique ou morale, un préjudice grave et spécial, qui ne peut être regardé comme une charge lui incombant normalement.

8. M. A demande la condamnation du conservatoire du littoral à lui verser une somme de 5 000 euros annuelle compte tenu des sujétions qui lui ont été imposées, des troubles de jouissance de son bail rural qui lui ont été causés, qu'il considère comme ayant entrainé une rupture d'égalité devant les charges publiques. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait été placé, à compter de l'incorporation au domaine public du domaine du Mas de Taxil le 1er janvier 2017, dans une situation différente d'un autre occupant du domaine public du conservatoire du littoral. Par ailleurs, alors que le conservatoire du littoral a effectivement demandé à M. A de permettre l'accès au domaine du Mas de Taxil, ou encore de limiter, afin de se conformer au plan de gestion, son troupeau de chevaux ou encore les cultures qu'il lui était loisible de sélectionner, le requérant n'établit pas, par la seule évocation des coupes de roselières, le préjudice que cela lui aurait causé, alors au demeurant qu'il n'a jamais sollicité le conservatoire du littoral pour étendre son troupeau ou diversifier ses cultures. Dans ces conditions, la responsabilité sans faute du conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres ne saurait être engagée au titre de la rupture d'égalité devant les charges publiques.

9. Si M. A demande, à titre subsidiaire, l'indemnisation de ce poste de préjudice sur le fondement de l'enrichissement sans cause du conservatoire du littoral, il n'établit ni l'enrichissement de cet établissement, par la seule mention de la bonne qualité du domaine, ni son propre appauvrissement. Par suite, le requérant n'est pas davantage fondé à demander l'indemnisation du préjudice qu'il estime avoir subi au titre de l'enrichissement sans cause.

10. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir soulevée par le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres, que les conclusions de M. A à fin d'indemnisation doivent être rejetées.

Sur les dépens :

11. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens, de sorte que les conclusions présentées par M. A à ce titre doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions du requérant tendant à leur application et dirigées contre le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions que le conservatoire du littoral présente au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au conservatoire de l'espace littoral et des rivages lacustres et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Ollivaux, première conseillère,

Assistés de M. Giraud, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

A. B

Le président,

Signé

J-M. Laso

Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier

N°2004483

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