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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2004803

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2004803

jeudi 16 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2004803
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantATORI AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 29 juin 2020, le 9 juillet 2021 et le 27 octobre 2021, l'établissement public d'aménagement (ÉPA) Euroméditerranée, représentée par Me Foglia, demande au tribunal :

1°) à titre principal, la condamnation solidaire des sociétés Ateliers Lion, Ilex, Spie Citynetworks et Lumteam à lui verser la somme de 495 836,88 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal sur le fondement de la garantie décennale au titre des désordres affectant les réglettes lumineuses de la promenade Louis-Brauquier ; à titre subsidiaire, la condamnation solidaire des sociétés Ateliers Lion et Ilex à lui verser la même somme assortie des intérêts au taux légal sur le fondement de la responsabilité contractuelle ; à titre infiniment subsidiaire, la condamnation de la société Spie Citynetworks à lui verser la somme de 449 974,80 euros TTC assortie des intérêts au taux légal au titre de la garantie particulière d'étanchéité ;

2°) la condamnation des sociétés Ateliers Lion, Ilex, Spie Citynetworks et Lumteam à lui verser la somme de 25 212 euros TTC au titre des frais d'expertise ; à titre subsidiaire, de prononcer la même condamnation à l'encontre des sociétés Ateliers Lion et Ilex et, à titre infiniment subsidiaire, de prononcer la même condamnation à l'encontre de la société Spie Citynetworks ;

3°) de mettre à la charge solidaire des sociétés Ateliers Lion, Ilex, Spie Citynetworks et Lumteam la somme de 5 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'éclairage de la voirie sur le lot n°2 est affecté par des désordres d'infiltration et électriques ;

- les désordres entraînent une atteinte à la sécurité des personnes ainsi qu'une nuisance esthétique qui rendent l'ouvrage impropre à sa destination et sont de nature à engager la garantie décennale des constructeurs ;

- ces désordres sont imputables à la société Lumteam pour la malfaçon dans la fabrication des luminaires, à la société H. Audibert pour les défauts dans leur conception, aux société Ilex et Ingérop pour l'erreur de conception du câblage et à la société Spie Citynetwork pour les erreurs partielles dans la réalisation du câblage ;

- à titre principal, elle est fondée à rechercher, au titre de la garantie décennale, la responsabilité solidaire des sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetworks, venant aux droits de la société Spie Sud-Est, qui ont la qualité de constructeurs au sens des dispositions de l'article 1792-1 du code civil, ainsi que celle de la société Lumteam qui a la qualité de fabricant d'un élément pouvant entraîner sa responsabilité solidaire au sens de l'article 1792-4 du code civil pour les désordres affectant l'éclairage ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle solidaire des sociétés Ateliers Lion et Ilex en tant que maîtres d'œuvre pour manquement à leur obligation de conseil lors de la réception des travaux, la maîtrise d'œuvre ayant eu connaissance des désordres affectant les encastrés et l'installation électrique en cours de chantier ;

- à titre subsidiaire, elle est fondée à rechercher la responsabilité contractuelle de la société Spie Citynetworks en vertu de l'article 9.6.2 du CCAP du marché en cause relatif à la " garantie particulière d'étanchéité " ;

- elle doit être indemnisée du coût des travaux de reprises des désordres en litige s'élevant à un montant de 495 836,88 euros TTC ;

- elle doit être indemnisée des frais d'expertise engagés soit 25 212 euros TTC.

Par des mémoires en défense enregistrés le 24 juin et le 13 septembre 2021, la société Ateliers Lion, représentée par Me Durand, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que les sociétés Ilex, Atelier H. Audibert, Lumteam et Spie Citynetworks la garantissent de toute condamnation prononcée à son encontre au titre de la garantie décennale et à défaut, à ce que la société Ilex la garantisse de toute condamnation prononcée à son encontre au titre de la responsabilité contractuelle ;

3°) à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de toute partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, l'ÉPA Euroméditerranée n'ayant pas intérêt à agir dès lors que la ville de Marseille est propriétaire des ouvrages d'éclairage public ;

- à titre subsidiaire, les désordres invoqués n'ont pas de caractère décennal, l'éclairage n'ayant qu'une fonction esthétique et la voirie étant utilisable ;

- l'expertise ne relève aucune atteinte à la sécurité des personnes de nature à caractériser l'impropriété à la destination de l'ouvrage ;

- en tout état de cause, aucune responsabilité ne peut être engagée à son encontre au titre de la garantie décennale, dès lors qu'elle n'est intervenue qu'en qualité de mandataire du groupement conjoint de maîtrise d'œuvre et que l'expert ne retient aucune responsabilité à son encontre ;

- sa responsabilité ne peut donc davantage être engagée sur le fondement contractuel dès lors qu'aucun dysfonctionnement n'ayant été observé au moment de la réception, elle n'a pas manqué à son obligation de conseil, et que seule la société Ilex a assisté le maître d'ouvrage lors des opérations de réception ;

- en cas de condamnation sur le fondement de la garantie décennale, elle est fondée à être garantie par les sociétés Ilex, Lumteam et Spie Citynetworks, et en cas de condamnation solidaire sur le fondement de la responsabilité contractuelle, elle est fondée à être garantie par la société Ilex.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2021, la société Spie Citynetworks, venant aux droits de la société Spie Sud-Est, représentée par Me Bois, conclut au rejet de la requête, à ce que les sociétés Ateliers Lion, Ilex et Lumteam la garantissent de toute condamnation prononcée à son encontre au-delà de la somme de 33 47 euros HT et à ce que la somme de 7 000 euros soit mise à la charge de l'ÉPA Euroméditerranée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, l'ÉPA Euroméditerranée n'ayant pas d'intérêt à agir dès lors qu'il ne subit aucun préjudice, la ville de Marseille ayant l'usage et l'exploitation des ouvrages d'éclairage public ;

- les désordres invoqués n'ont pas de caractère décennal, les dysfonctionnements des luminaires n'entrainant aucune impropriété de l'ouvrage à sa destination ;

- les réglettes lumineuses constituent un élément d'équipement dissociable de la voirie ;

- l'expertise ne relève aucune atteinte à la sécurité des personnes de nature à caractériser l'impropriété à la destination de l'ouvrage ;

- le maître de l'ouvrage a commis une faute de nature à l'exonérer de sa responsabilité dès lors qu'il était informé, avec la maîtrise d'œuvre, des conséquences potentielles de l'encombrement des câbles dans les pots d'encastrement des réglettes et ont rejeté sa proposition pour pallier ce risque, ils ont donc accepté le risque induit par cet encombrement ;

- à titre subsidiaire, les désordres peuvent être imputés de manière différenciée aux différents intervenants et aucune condamnation solidaire ne peut donc être prononcée ;

- l'expert ayant fixé sa part de responsabilité à 8,11 % pour l'ensemble des travaux de reprise, elle ne peut donc être condamnée au-delà de la somme de 33 497 euros HT, ni au-delà de 8,11 % du montant des frais d'expertise ;

- elle est fondée à être garantie par les sociétés Ateliers Lion, Ilex et Lumteam de toute condamnation prononcée à son encontre au-delà de la somme de 33 497 euros HT ;

- elle est fondée à être garantie des condamnations qui pourraient être prononcées à son encontre à hauteur de 50 % au moins par le maître d'ouvrage et le groupement de maîtres d'œuvre,

- en cas de condamnation sur le fondement des garanties particulières, elle est fondée à appeler en garantie la société Lumteam.

Par des mémoires en défense enregistrés les 8 décembre 2020, 20 mai et 25 août 2021, la société Lumteam, représentée par Me Maria, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au rejet de la requête ;

2°) au rejet des conclusions d'appel en garantie formées par les sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetworks à son encontre ;

3°) à ce que les sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetwork la garantissent de toute condamnation prononcée à son encontre ;

4°) à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de l'ÉPA Euroméditerranée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'ÉPA Euroméditerranée n'a pas intérêt à agir dès lors que la ville de Marseille est propriétaire des ouvrages d'éclairage public ;

- elle n'a pas la qualité de fabricant mais de simple fournisseur, sa responsabilité ne pouvant être engagée sur le fondement de la garantie décennale dès lors que les réglettes lumineuses n'ont pas été fabriquées spécifiquement pour ce marché, qu'elles étaient disponibles sur son catalogue, qu'elles ne répondaient pas à des exigences précises et déterminées à l'avance et n'avaient qu'une vocation esthétique, et qu'enfin aucun cahier des charges ne lui avait été soumis;

- les désordres invoqués n'ont pas de caractère décennal, l'éclairage n'ayant qu'une fonction esthétique et les lieux concernés n'ayant jamais été fermés au public ;

- le rapport d'expertise retient à tort sa responsabilité pour plusieurs désordres alors qu'aucune prescription contractuelle ne lui a été imposée, que plusieurs désordres sont liés à l'exécution des travaux de pose du luminaire, l'expert reconnaissant que le principe de câblage a été modifié, également que les luminaires n'étaient pas difficiles à installer, et que les traverses de renfort ont été enlevées ou retirées lors de leur installation ;

- il ne peut lui être reproché une inadaptation des luminaires comme relevée dans le rapport d'expertise dès lors qu'il appartenait à la maîtrise d'ouvrage, à la maîtrise d'œuvre et à l'entrepreneur de s'assurer de l'adaptation du matériel et qu'aucune spécification technique particulière ne lui avait été fournie ;

- les sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetworks ne sont pas fondées à l'appeler en garantie ;

- contrairement à ce que soutient la société Atelier H. Audibert, elle n'a jamais réalisé de mission de bureau d'étude techniques ;

- en cas de condamnation, elle est fondée à être garantie par les sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetworks.

Par des mémoires enregistrés les 15 avril, 4 juin et 26 août 2021, la société Ilex, représentée par la SCP de Angelis et Associés, conclut au rejet de la requête, à ce que les sociétés Ateliers Lion, Atelier H. Audibert, Lumteam et Spie Citynetwork la garantissent de toute condamnation prononcée à son encontre et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de toute partie perdante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'ÉPA Euroméditerranée n'a pas intérêt à agir dès lors que la ville de Marseille est propriétaire des ouvrages d'éclairage public ;

- le rapport d'expertise ne retenant in fine aucune part de responsabilité à son encontre dans la survenance des désordres, toute demande de condamnation présentée par le requérant sur le fondement de la garantie décennale doit être rejetée ;

- son intervention s'est limitée à la conception architecturale et paysagiste du projet, n'ayant aucune compétence sur les aspects techniques relatifs notamment à l'éclairage ;

- les désordres ne lui étant pas imputables comme le relève l'expert, aucune condamnation solidaire ne peut donc être prononcée à son encontre ;

- la société Atelier H. Audibert a conçu le luminaire en collaboration avec la société Lumteam, l'a choisi et imposé sur le chantier ;

- aucun manquement ne peut en outre être imputé à son sous-traitant Ingérop dès lors que le rapport d'expertise conclut que l'installation électrique a été conçue de façon conforme aux normes en vigueur ;

- elle n'a aucunement manqué à son obligation de conseil dès lors que le maître d'ouvrage a été tenu informé des défauts des luminaires qui ont été intégralement remplacés en 2014 et qu'aucun dysfonctionnement n'était apparent à la date de la réception ;

- à titre subsidiaire, sa condamnation doit être limitée à la prise en charge des frais d'expertise à hauteur de 1,14 % ;

- elle est fondée à être garantie par les sociétés Ateliers Lion, Spie Citynetworks, Atelier H. Audibert et Lumteam de toute condamnation prononcée à son encontre ;

- elle est fondée à solliciter la condamnation de la société Atelier H. Audibert sur le fondement de la responsabilité quasi délictuelle, cette action n'étant pas prescrite.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 juillet 2021, la société Atelier H. Audibert, représentée par Me Pontier, conclut au rejet de l'appel en garantie formé à son encontre par la société Ilex et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société Ilex au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative n'est pas compétente pour connaître des conclusions présentées à son encontre par la société Ilex, avec laquelle elle n'est liée par aucun contrat ;

- l'appel en garantie formé par la société Ilex est prescrit et n'est pas fondé ;

- elle n'a jamais eu de mission de bureau d'études technique,

- le rapport d'expertise est erroné en ce qu'il retient sa responsabilité en tant que concepteur du luminaire alors qu'elle n'est que le concepteur lumière ;

- elle n'est jamais intervenu comme maitre d'œuvre et n'a jamais prescrit les réglettes incriminées, sa responsabilité ne peut donc être retenue ;

- à titre subsidiaire, sa condamnation à garantir la société Ilex doit être limitée à hauteur de 1,14 % du montant des travaux et des frais d'expertise.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les appels en garantie dirigés contre la société Lumteam sont portés devant une juridiction incompétente pour en connaître dès lors qu'elle ne pourrait être regardée comme participant à l'exécution de travaux publics et que, par ailleurs, elle est liée par un contrat de droit privé avec la société Spie Citynetwork.

Vu :

- l'ordonnance n°1605741 du 6 octobre 2016, par laquelle le juge des référés a désigné M.C en qualité d'expert ;

- l'ordonnance n°1605741 du 27 mai 2019 par laquelle le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise à la somme de 25 212 euros TTC ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Grimmaud, rapporteur public,

- les observations de Me Jolly, représentant l'ÉPA Euroméditerranée, de Me Xavier, représentant la société Ateliers Lion, de Me Fillion, représentant la société Ilex, de Me Jouhaud, représentant la société Lumteam et de Me Pontier, représentant la société Atelier H. Audibert.

Considérant ce qui suit :

1. En 2006, l'ÉPA Euroméditerranée a initié un projet d'aménagement du secteur 4 du boulevard du Littoral à Marseille. Par un acte d'engagement conclu le 13 mars 2006, il a attribué au groupement conjoint, composé des sociétés Ateliers Lion, Ilex et Kern, la maîtrise d'œuvre de l'opération pour un montant total de 7 139 463,40 euros. La société Ilex a confié la maîtrise d'œuvre technique à la société Ingérop, en qualité de sous-traitant. Le lot n°2 portant sur le volet " éclairage public-vidéosurveillance-signalisation lumineuse " a été confié à la société Spie Citynetworks, venant aux droits de la société Spie Sud-Est. Dans ce cadre, des luminaires fournis par la société Lumteam ont été choisis pour mettre en lumière le Fort Saint-Jean. La réception des travaux a été prononcée le 2 septembre 2014 et l'intégralité des réserves émises à la réception ont été levées par décision du 9 février 2015. Postérieurement à la réception des travaux, des désordres électriques et d'infiltration sur l'éclairage ont été constatés. Le 7 juillet 2016, l'ÉPA Euroméditerranée a saisi le juge des référés du tribunal d'une demande d'expertise portant sur ces désordres. Par une ordonnance n°1605741 le juge des référés a fait droit à cette demande et désigné M. C en qualité d'expert. Celui-ci a déposé son rapport le 20 mars 2019, complété le 23 avril 2019. Par la présente requête, l'ÉPA Euroméditerranée demande au tribunal de condamner solidairement les sociétés Ateliers Lion, Ilex, Spie Citynetworks et Lumteam à lui verser la somme de 495 836,88 euros au titre des désordres affectant ses ouvrages.

Sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de l'ÉPA Euroméditerrannée :

2. L'ÉPA Euroméditerrannée, créé par un décret du 13 octobre 1995, a pour objet, en vertu de l'article 2 de ce décret, de procéder à l'aménagement des espaces compris dans le périmètre de l'opération d'aménagement Euroméditerranée sur le territoire de la ville de Marseille. Aux termes de l'acte d'engagement de maîtrise d'œuvre du 13 mars 2016 et de celui de marché public de travaux du 21 mai 2012, l'ÉPA Euroméditerranée est désigné comme maître d'ouvrage de l'opération de travaux en litige. La circonstance que, le 8 juillet 2016, la ville de Marseille s'est vu confiée l'exploitation des aménagements au titre du service public d'éclairage, n'a donc pas pour effet de déposséder le maître d'ouvrage de son droit d'action au titre de la garantie décennale. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par les sociétés Ilex, Ateliers Lion, Spie Citynetworks et Lumteam, tirée de ce que l'ÉPA Euroméditerranée ne justifierait pas d'un intérêt à agir dans la présente instance doit être écartée.

Sur la responsabilité contractuelle de l'entrepreneur au titre de la garantie particulière :

3. Aux termes de l'article 9.6.2 du cahier des clauses administratives particulières du lot n° 2 du marché en cause : " Le titulaire garantit le maître de l'ouvrage contre tout défaut d'étanchéité pendant un délai de 10 ans à partir de la date d'effet de la réception des travaux correspondants. Cette garantie engage le titulaire, pendant le délai fixé, à effectuer à ses frais, sur simple demande de l'EPAEM, toutes les recherches sur l'origine des fuites et les réparations ou réfections nécessaires pour remédier aux défauts d'étanchéité qui seraient constatés, que ceux-ci proviennent d'une défectuosité des produits ou des matériaux employés ou des conditions d'exécution. ".

4. Il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'expertise que quatorze des cent quatre-vingt-six réglettes lumineuses installées présentent des infiltrations. Par suite, l'ÉPA Euroméditerrannée est fondé à rechercher la responsabilité contractuelle de la société SPIE Citynetwork au titre des défauts d'étanchéité affectant ces luminaires.

Sur la responsabilité contractuelle des maitres d'œuvre pour défaut de conseil :

5. La responsabilité des maîtres d'œuvre pour manquement à leur devoir de conseil peut être engagée, dès lors qu'ils se sont abstenus d'appeler l'attention du maître d'ouvrage sur des désordres affectant l'ouvrage et dont ils pouvaient avoir connaissance, en sorte que la personne publique soit mise à même de ne pas réceptionner l'ouvrage ou d'assortir la réception de réserves.

6. Il résulte de l'instruction que dès le mois de mars 2013, des infiltrations d'eau ont été constatées dans certains luminaires et que les essais ont révélé que ces derniers ne répondaient pas aux exigences d'étanchéité du cahier des clauses techniques particulières. Les réglettes ont par la suite été intégralement remplacées. Suite à cela, la réception des travaux a été prononcée le 2 septembre 2014 par le maître d'ouvrage. Ce n'est qu'en 2015 que de nouveaux désordres ont été constatés, tenant à des infiltrations dans les encastrés de sol et des problèmes électriques. Il ne résulte pas de l'instruction que ces malfaçons auraient été décelables lors de la réception des travaux. Dans ces conditions, l'établissement requérant n'est pas fondé à soutenir que les sociétés Ilex et Ateliers Lion auraient commis une faute de nature à engager leur responsabilité contractuelle au titre d'un défaut de conseil lors des opérations de réception.

Sur la garantie décennale :

7. Il résulte des principes qui régissent la responsabilité décennale des constructeurs que des désordres apparus dans le délai d'épreuve de dix ans, de nature à compromettre la solidité de l'ouvrage ou à le rendre impropre à sa destination dans un délai prévisible, engagent leur responsabilité, même s'ils ne se sont pas révélés dans toute leur étendue avant l'expiration du délai de dix ans. Le constructeur dont la responsabilité est recherchée sur ce fondement ne peut en être exonéré, outre les cas de force majeure et de faute du maître d'ouvrage, que lorsque, eu égard aux missions qui lui étaient confiées, il n'apparaît pas que les désordres lui soient en quelque manière imputables. Par ailleurs, un constructeur dont la responsabilité est recherchée par un maître d'ouvrage n'est fondé à demander à être garanti par un autre constructeur que si et dans la mesure où les condamnations qu'il supporte correspondent à un dommage imputable à ce constructeur.

En ce qui concerne les désordres :

8. Il résulte du rapport d'expertise que postérieurement à la réception des travaux, des désordres ont été constatés, tenant à des infiltrations et de la condensation dans plusieurs luminaires dont de nombreux ne fonctionnaient pas, l'installation électrique n'ayant aucune stabilité et des disjonctions se produisant régulièrement rendant son usage impossible. Ce même rapport conclut que l'éclairage le long de la promenade Louis-Brauquier n'a jamais été fonctionnel, entrainant, en sus du préjudice esthétique, un risque sécuritaire pour les piétions sur une voie étroite non éclairée en bord de mer.

9. Il résulte de l'instruction et notamment des termes du carnet de détails daté du 4 janvier 2012, faisant partie du dossier de consultation des entreprises, que les réglettes lumineuses de la société Lumteam ont été commandées pour assurer la mise en lumière de la promenade Louis-Brauquier autour du fort Saint-Jean en bord de mer. Les réglettes devaient être espacées de quatre mètres et disposées le long du fort " afin de créer un rideau de lumière dont la réflexion vient éclairer le cheminement piéton ". L'éclairage constitué par ces seules réglettes lumineuses devait ainsi permettre d'assurer à la fois la mise en valeur des murs du fort et un itinéraire lumineux sécurisant pour les usagers sur un chemin en bord de mer dépourvu en partie de parapet. Ainsi, si les luminaires au sol avaient une vocation esthétique, ils n'en constituent pas moins le seul éclairage de la voie piétonne autour du fort et forment, dès lors, un accessoire indissociable de la voirie. Par suite, les dysfonctionnements affectant l'éclairage, quand bien même la promenade serait restée ouverte au public, sont de nature à rendre l'ouvrage impropre à sa destination.

Sur la cause des désordres :

10. Il résulte de l'instruction que les désordres précités ont pour cause principale un défaut dans la conception de l'installation électrique. Ainsi, comme le relève l'expert, le disjoncteur général sur l'armoire à l'entrée du tunnel du Vieux-Port est d'un calibre trop sensible et l'installation ne fait l'objet que d'un seul départ, défauts rendant l'installation électrique non fonctionnelle. À titre principal, l'expert met en cause un volume insuffisant des pots d'encastrement pour permettre le montage des connexions telles que prescrites par la société Lumteam et à l'origine de la dégradation d'un grand nombre de câbles d'alimentation, de dérivations et de drivers.

11. Les désordres sont également dus, dans une moindre mesure, à un défaut dans la réalisation du câblage, l'expert ayant constaté que certains câbles ne comportent pas le conducteur de terre contrairement à ce que prescrit la norme NF-C 17-200 ou lorsqu'il est présent, le conducteur de terre n'a pas été connecté dans la connexion en Y. L'expert relève en sus que des connecteurs ont été ajoutés et des câbles ont été rallongés ce qui a ajouté un nombre de connexions à un réseau déjà encombré, faisant peser un risque pour la pérennité de l'installation.

12. En revanche, si l'expert a estimé que la cause des désordres résidait également dans un défaut de qualité du matériel d'éclairage à l'origine d'infiltrations, il résulte de l'instruction que seuls quatorze luminaires sur les cent quatre-vingt-six sont affectés par des entrées d'eaux et qu'ils sont restés fonctionnels. Les infiltrations n'apparaissent donc pas comme une cause du dysfonctionnement généralisé de l'éclairage. De plus, si l'expert estime que le grand nombre de drivers en panne et l'absence de traverses de renfort sur plusieurs luminaires sont imputables à une qualité insuffisante du matériel d'éclairage, il résulte de l'instruction que ces défauts sont une conséquence de l'insuffisance du volume des pots d'encastrement et que la qualité du matériel d'éclairage n'explique pas par elle-même les désordres affectant l'éclairage. Il n'y a donc pas lieu de retenir cette dernière explication dans les causes des désordres.

Sur l'imputabilité des désordres :

13. En premier lieu, aux termes de l'article 1792-4 du code civil : " Le fabricant d'un ouvrage, d'une partie d'ouvrage ou d'un élément d'équipement conçu et produit pour satisfaire, en état de service, à des exigences précises et déterminées à l'avance, est solidairement responsable des obligations mises par les articles 1792, 1792-2 et 1792-3 à la charge du locateur d'ouvrage qui a mis en œuvre, sans modification et conformément aux règles édictées par le fabricant, l'ouvrage, la partie d'ouvrage ou élément d'équipement considéré.".

14. Lorsque la responsabilité décennale du fabricant peut être, en application des principes dont s'inspirent ces dispositions, engagée solidairement avec celle du locateur d'ouvrage qui a mis en œuvre, sans modification et conformément aux règles édictées par le fabricant, l'ouvrage, la partie d'ouvrage ou élément d'équipement produit par le fabricant, il appartient au juge administratif, compétent pour statuer sur la responsabilité de ce locateur d'ouvrage solidairement avec l'ensemble des autres constructeurs de l'ouvrage public, de statuer, en l'absence de contrat de droit privé liant le fabricant au requérant, sur les conclusions dirigées contre ce fabricant.

15. En l'espèce, il résulte de l'instruction que les réglettes LED de la marque Lumteam avaient été retenues parmi quatre autres modèles issus de différents fournisseurs proposés par la société Spie Citynetwork au cours de la réunion du 5 septembre 2012. Des essais avec des prototypes ont ensuite été réalisés avec la société Lumteam et le modèle choisi a été commandé dans une version allongée d'un mètre au lieu de cinquante centimètres dans la version initiale. Cependant, dès mars 2013, il est apparu que les réglettes ne répondaient pas aux exigences d'étanchéité et de résistance au choc annoncées, des infiltrations d'eau ayant été constatées dans plusieurs luminaires. La société Lumteam a alors procédé à des modifications, consistant à changer le joint périphérique et à adapter les côtes du verre de fermeture, les réglettes ont été conséquemment intégralement remplacées et la réception des travaux a été prononcée. Toutefois, il n'apparait pas que les caractéristiques du luminaire, décrites dans la fiche technique du matériel, à savoir un indice d'étanchéité IP 68 et un indice de protection mécanique IK 10, une résistance à une charge statique de 3T et une intensité lumineuse de 960 lumens, aient été modifiées à cette occasion, ni qu'elles aient été initialement déterminées pour les besoins spécifiques de ce chantier. La société Lumteam fait ainsi valoir, sans être contredite sur ce point, que le modèle de luminaire fourni, LT Line 900, était présent sur son catalogue et qu'elle n'a jamais été sollicitée pour établir un cahier des charges spécifique. Ainsi, les seules circonstances que la longueur des réglettes a été portée à un mètre, que le joint périphérique a été changé et que les côtes du verre de fermeture ont été modifiées ne permettent pas de regarder les réglettes lumineuses comme un élément d'équipement conçu et produit pour satisfaire, en état de service, à des exigences précises et déterminées à l'avance au sens des dispositions de l'article 1792-4 du code civil. La société Lumteam ne peut donc être regardée comme un fabricant au sens de cet article.

16. Dès lors, les conclusions de l'ÉPA Euroméditerranée dirigées, sur le fondement de la garantie décennale, contre la société Lumteam, qui en tant que fournisseur de la société Spie Citynetwork, n'a pas participé à l'opération de travaux publics litigieuse, doivent être rejetées.

17. En deuxième lieu, d'une part, il résulte de l'instruction que la société Ingérop, sous-traitante de la société Ilex, chargée de la mission de bureau d'étude technique pour la réalisation du lot n°2 " éclairage public ", de la conception à la réception, s'est bornée à reprendre et à compléter un cahier des clauses techniques particulières d'un autre marché. Or l'expert relève que les fautes dans la conception du câblage avec un calibrage inadapté du disjoncteur et un départ unique du coffre ont été causées par des prescriptions inadaptées dans le cahier des clauses techniques particulières bien que les choix opérés aient été conformes aux normes relatives aux installations électriques extérieures. D'autre part, si l'expert indique que le volume insuffisant des pots d'encastrement est imputable à la société Lumteam, il résulte de ce qui vient d'être dit que la société Lumteam n'a pas la qualité de fabricant mais de simple fournisseur des luminaires. En conséquence, il appartenait à la maîtrise d'œuvre et au bureau d'étude technique de concevoir une installation électrique adaptée et notamment des bacs d'encastrement suffisamment importants pour permettre le passage du réseau et un montage du raccordement des câbles conforme aux prescriptions du fournisseur et aux règles de l'art.

18. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les défauts dans la réalisation du câblage décrits au point 11 est imputable à la société Spie Citynetwork, entrepreneur titulaire du lot n°2 qui était chargé, en vertu du cahier des clauses techniques particulières du lot n°2, de la fourniture, du transport et de la pose des câbles ainsi que de respecter les normes en vigueur des installations d'éclairage public.

19. Il résulte de ce qui précède que l'ÉPA Euroméditerranée est fondé à rechercher la condamnation solidaire des sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetwork sur le fondement de la garantie décennale dès lors qu'elles sont à l'origine des mêmes désordres affectant l'éclairage de la promenade Louis-Brauquier.

En ce qui concerne la faute du maître d'ouvrage :

20. Il ne résulte pas de l'instruction que le maître d'ouvrage ait été averti, antérieurement au prononcé de la réception des travaux sans réserve, des risques inhérents à la conception du câblage, notamment concernant l'encombrement des câbles dans les pots d'encastrement. Si la société Spie Citynetworks fait valoir que la société Lumteam aurait, dans un courriel du 7 décembre 2016, mentionné que l'ÉPA a été prévenu de ces désordres, ce courriel n'est pas versé dans l'instance et il n'est pas précisé à quel moment et dans quelles circonstances l'ÉPA aurait été alerté de ces risques. Dans ces conditions, la société Spie Citynetwork n'est pas fondée à invoquer une faute du maître de l'ouvrage.

En ce qui concerne les préjudices :

21. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le montant des travaux nécessaires pour remédier aux désordres constatés, consistant à reprendre le câblage des luminaires, à reprendre le câblage de distribution et à remplacer l'ensemble des réglettes, soit 186, a été chiffré à 413 197,40 euros HT soit 495 836,88 euros TTC, quantum qui n'est pas contesté en défense.

22. Compte tenu de la garantie prévue à l'article 9.6.2 du cahier des clauses administratives particulières, la société SPIE Citynetwork est responsable du remplacement des quatorze luminaires affectés par des défauts d'étanchéité. Il résulte du tableau de l'expert que le coût unitaire du remplacement d'un luminaire est de 2 007 euros HT, par suite, le coût du remplacement de quatorze réglettes doit être fixé à 28 098 euros HT, soit 33 717,60 euros TTC.

23. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner solidairement les sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetwork à verser à l'ÉPA Euroméditerranée la somme de 461 619,28 euros TTC et de condamner la société Spie Citynetwork à verser à l'ÉPA Euroméditerranée la somme de 33 717,60 euros TTC.

Sur les appels en garantie :

24. Il incombe au juge administratif, en vue de la répartition finale de la dette, de prendre en compte l'importance respective des fautes quasi-délictuelles commises par les constructeurs condamnés solidairement à indemniser le maître d'ouvrage, à l'exclusion des fautes susceptibles d'être imputées à des tiers qui n'ont pas été mis en cause dans l'instance.

25. En premier lieu, aucune condamnation n'étant prononcée à l'encontre de la société Lumteam, ses conclusions d'appel en garantie sont sans objet.

26. En deuxième lieu, l'appel en garantie présenté par la société Ateliers Lion à l'encontre de la société Atelier H. Audibert, liée à elle par un contrat de droit privé, ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative mais du seul juge judiciaire et doit, par suite, être rejeté comme porté devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.

27. En troisième lieu, l'appel en garantie de la société Spie Citynetwork à l'encontre de la société Lumteam se fonde sur la méconnaissance des obligations nées de l'exécution d'un contrat de droit privé conclu entre les deux sociétés pour la fourniture des réglettes lumineuses. Ses conclusions doivent dès lors être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

28. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la société Lumteam, qui n'était pas contractuellement liée aux sociétés Ilex et Ateliers Lion, maîtres d'œuvres, n'était qu'un fournisseur de la société Spie Citynetwork et que le contrat de droit privé qui les unissait n'a pas eu pour effet de lui conférer la qualité de participant à l'exécution du travail public. Par suite, il appartient aux juridictions de l'ordre judiciaire de connaître des conclusions d'appel en garantie des sociétés Ilex et Ateliers Lion à l'encontre de la société Lumteam.

29. En cinquième lieu, la société Spie Citynetwork étant seule responsable de la garantie particulière d'étanchéité prévue à l'article 9.6.2 du cahier des clauses administratives particulières il n'y a lieu de répartir les fautes des constructeurs qu'à hauteur du montant du préjudice tenant aux travaux de reprises du fait des désordres décennaux à l'exclusion du montant dû au titre des quatorze luminaires touchés par des infiltrations, soit à hauteur de 461 619,28 euros TTC.

30. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que la société Atelier H. Audibert avait proposé à la société Ateliers Lion les luminaires Lumteam parmi les modèles proposés et que ce choix a été ensuite validé par tous les participants lors de la réunion du 5 septembre 2012. La société Atelier H. Audibert fait valoir, sans être utilement contredite, qu'elle s'était fondée pour ce faire sur des critères purement esthétiques et aucunement techniques dès lors qu'elle n'était qu'architecte lumière et que son rôle consistait uniquement à établir le plan lumière de la promenade Louis-Brauquier et à présenter un luminaire adapté esthétiquement à cette réalisation. L'instruction révèle en effet que la société Atelier H. Audibert n'a nullement eu un rôle de bureau technique quand bien même elle avait proposé le luminaire de la marque Lumteam car ce dernier était fabriqué en acier inoxydable, matériau résistant à l'eau de mer et donc adapté au projet. Dès lors, il n'y a pas lieu de retenir une quelconque faute de la société Atelier H. Audibert qui permettrait de fonder les conclusions aux fins d'appel en garantie présentées par les sociétés Ateliers Lion et Ilex à son encontre, qui doivent par suite être rejetées.

31. Il résulte de ce qui a été dit au point 17 que les désordres en cause sont dus à 90 % à une conception défaillante de l'installation électrique qui relevait de la compétence des maîtres d'œuvre, Ilex et Ateliers Lion et du bureau d'études technique Ingérop. Si la société Ingérop s'était vue sous-traiter par la société Ilex la maîtrise d'œuvre technique pour la réalisation du lot n°2 de la conception jusqu'aux opérations de réception, et porte donc la part majeure de la responsabilité liée au défaut de conception de l'installation électrique, il apparait toutefois qu'aucun appel en garantie n'a été formé à son encontre dans la présente instance. Il appartient ainsi à la société Ilex de supporter cette part de responsabilité. En outre, la société Ateliers Lion a également commis une faute quant au choix des produits Lumteam que l'expert estime inadapté, qui n'incombe pas à la société Atelier H. Audibert ainsi qu'il vient d'être dit, mais à la société Ateliers Lion, maître d'œuvre auquel revenait la responsabilité de vérifier l'adéquation technique des produits Lumteam.

32. Enfin, la société Spie Citynetwork a commis des manquements dans la réalisation du câblage comme il a été dit précédemment. Il sera fait une juste appréciation de cette faute en l'évaluant à 10 % dans la survenance des désordres.

33. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de la part de responsabilité dans la survenance des désordres en fixant les quote-parts de responsabilité à 70 % pour la société Ilex, 20 % pour la société Ateliers Lion et 10 % pour la société Spie Citynetwork.

34. Par suite, les sociétés Ilex et Spie Citynetwork garantiront la société Ateliers Lion respectivement à hauteur de 70 % et de 10 % de la condamnation prononcée à son encontre. Les sociétés Ilex et Ateliers Lion garantiront la société Spie Citynetwork à hauteur respectivement de 70 % et 20 % et les sociétés Spie Citynetwork et Ateliers Lion garantiront la société Ilex à hauteur respectivement de 10 % et de 20 %.

Sur les intérêts :

35. Lorsqu'ils ont été demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts moratoires dus courent à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue au débiteur ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. Par suite et en l'absence de demande préalable, l'ÉPA Euroméditerranée a droit aux intérêts de la somme de 495 836,88 euros à compter du 29 juin 2020, date d'enregistrement de sa requête.

36. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. La capitalisation des intérêts a été demandée le 29 juin 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 29 juin 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les dépens :

37. Les dépens ont été liquidés et taxés par ordonnance de la présidente du tribunal administratif du 17 mai 2019 à la somme de 25 212 euros TTC. Eu égard à ce qui précède, ils doivent être mis à la charge solidaire des sociétés Ateliers Lion associés, Ilex et Spie Citynetwork selon la même répartition que celle indiquée au point 33.

Sur les frais liés au litige :

38. Il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge des sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetworks la somme de 4 000 euros au titre des frais exposés par l'ÉPA Euroméditerranée et non compris dans les dépens. En revanche, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions des sociétés défenderesses présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions d'appel en garantie formées par les sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetwork tendant à la condamnation de la société Lumteam sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Les conclusions de la société Ateliers Lion contre la société Atelier H. Audibert sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.

Article 3 : La société Spie Citynetwork est condamnée à verser à l'établissement public d'aménagement Euroméditerranée la somme de 33 717,60 euros TTC assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 juin 2020 et de la capitalisation des intérêts à compter du 29 juin 2021.

Article 4 : Les sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetwork sont solidairement condamnées à verser à l'établissement public d'aménagement Euroméditerranée la somme de 461 619,28 euros TTC, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 juin 2020 et de la capitalisation des intérêts à compter du 29 juin 2021.

Article 5 : Les sociétés Ilex et Spie Citynetwork sont condamnées à relever et garantir la société Ateliers Lion respectivement à hauteur de 70 % et de 10 % de la condamnation prononcée à son encontre à l'article 4.

Article 6 : Les sociétés Ilex et Ateliers Lion sont condamnées à relever et garantir la société Spie Citynetwork respectivement à hauteur de 70 % et de 20 % de la condamnation prononcée à son encontre à l'article 4.

Article 7 : Les sociétés Ateliers Lion associés et Spie Citynetwork sont condamnées à relever et garantir la société Ilex respectivement à hauteur de 20 % et de 10 % de la condamnation prononcée à son encontre à l'article 4.

Article 8 : Les frais d'expertise, liquidés et taxés à la somme totale de 25 212 euros TTC, sont mis à la charge solidaire définitive des sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetwork.

Article 9 : les sociétés Ateliers Lion, Ilex et Spie Citynetwork verseront à l'établissement public d'aménagement Euroméditerranée la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 10 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 11 : Le présent jugement sera notifié à l'établissement public d'aménagement Euro-méditerranée et aux sociétés Ateliers Lion, Ilex, Lumteam, Atelier H. Audibert et Spie Citynetwork.

Copie en sera adressée à M. C, expert.

Délibéré après l'audience du 28 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme A, première conseiller,

Mme B, première conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.

Le rapporteur,

Signé

É. B

Le président,

Signé

P-Y. GONNEAU

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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