jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2004986 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BENAIM |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 6 juillet 2020, M. A B, alors représenté par Me Benaim, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 31 janvier 2020 par laquelle le maire de la commune de Marseille a rejeté sa demande de revalorisation de l'indemnité spécifique de service (ISS) et de la prime de service et de rendement (PSR) ;
2°) de condamner la commune de Marseille à lui verser les sommes de 47 033,88 euros au titre de rappel de l'ISS et de 3 385, 80 euros au titre de rappel de la PSR, assorties des intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable ;
3°) d'enjoindre au maire de Marseille de procéder au versement de ces sommes dans un délai de trente jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé ce délai, et de reconstituer sa carrière en conséquence notamment en ce qui concerne ses droits à la retraite additionnelle ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision du 31 janvier 2020 prise en application des délibérations annuelles du conseil municipal de Marseille portant régime indemnitaire du personnel municipal méconnaît le décret du 25 août 2003 et l'arrêté du même jour fixant ses modalités d'application en tant qu'elle fixe le montant minimum de l'ISS annuel versé aux agents à 10 % du montant annuel moyen ;
- ce n'est qu'à titre exceptionnel et en tenant compte de la manière de servir que les coefficients de modulation peuvent être inférieurs au minimum prévu par cet arrêté ;
- la décision du 31 janvier 2020 méconnaît le décret du 15 décembre 2009 auquel se réfère la délibération fixant le régime indemnitaire, en ne prévoyant aucun minimum pour la PSR alors que le décret pose un montant pouvant varier entre 2 817 euros et 5 634 euros ;
- le montant de son préjudice financier au titre de l'ISS pour la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2019 s'élève à 47 033,88 euros, et celui du son préjudice au titre de la PSR pour la même période s'élève à 3 385,80 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2022, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 91-875 du 6 septembre 1991 ;
- le décret n°2003-799 du 25 août 2003 ;
- l'arrêté du 25 août 2003 fixant les modalités d'application du décret n° 2003-799 du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts et chaussées et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement ;
- le décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hameline, présidente-rapporteure,
- et les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, fonctionnaire titulaire du cadre d'emploi des ingénieurs territoriaux, est employé par la commune de Marseille. Il a été nommé au grade d'ingénieur par un arrêté du 24 janvier 2014, puis au grade d'ingénieur principal par un arrêté du 29 juillet 2015. Il a sollicité, par une lettre recommandée du 3 décembre 2019 réceptionnée le 12 décembre 2019 par la commune de Marseille, la revalorisation de l'ISS et de la PSR qui lui ont été attribuées entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2019. Par une lettre recommandée du 31 janvier 2020, réceptionnée le 5 février 2020, le maire de Marseille a refusé de faire droit à ses demandes. M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 31 janvier 2020 et de condamner la commune de Marseille à réparer le préjudice financier qu'il estime avoir subi pour avoir été illégalement privé, entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2019, d'une partie de l'ISS et de la PSR.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 31 janvier 2020 :
2. Aux termes de l'article 87 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Les fonctionnaires régis par la présente loi ont droit, après service fait, à une rémunération fixée conformément aux dispositions de l'article 20 du titre Ier du statut général ". Aux termes de l'article 88 de cette même loi, dans sa rédaction applicable au litige : " Les organes délibérants des collectivités territoriales et de leurs établissements publics fixent les régimes indemnitaires, dans la limite de ceux dont bénéficient les différents services de l'Etat. Ces régimes indemnitaires peuvent tenir compte des conditions d'exercice des fonctions et de l'engagement professionnel des agents () ". Aux termes de l'article 1er du décret du 6 septembre 1991 pris pour l'application des dispositions de l'article 88 précité : " Le régime indemnitaire fixé par les assemblées délibérantes des collectivités territoriales et les conseils d'administration des établissements publics locaux pour les différentes catégories de fonctionnaires territoriaux ne doit pas être plus favorable que celui dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat exerçant des fonctions équivalentes ". Aux termes de l'article 2 de ce même décret : " L'assemblée délibérante de la collectivité () fixe () la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités applicables aux fonctionnaires de ces collectivités ou établissements. () / L'autorité investie du pouvoir de nomination détermine, dans cette limite, le taux individuel applicable à chaque fonctionnaire ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il revient à l'assemblée délibérante de chaque collectivité territoriale de fixer elle-même la nature, les conditions d'attribution et le taux moyen des indemnités bénéficiant aux fonctionnaires de la collectivité, sans que le régime ainsi institué puisse, en vertu du principe de parité qui est énoncé, être plus favorable que celui dont bénéficient les fonctionnaires de l'Etat d'un grade et d'un corps équivalents au grade et au cadre d'emplois de ces fonctionnaires territoriaux et sans que la collectivité soit tenue de faire bénéficier ses fonctionnaires de régimes indemnitaires identiques à ceux des fonctionnaires de l'Etat. Il appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination de déterminer, dans les limites prévues par l'assemblée délibérante de la collectivité, le taux individuel d'indemnités applicable aux fonctionnaires de sa collectivité.
En ce qui concerne l'indemnité spécifique de service :
4. Aux termes de l'article 1er du décret du 25 août 2003 relatif à l'indemnité spécifique de service allouée aux ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et aux fonctionnaires des corps techniques de l'équipement : " Les ingénieurs des ponts, des eaux et des forêts et les fonctionnaires des corps techniques de l'équipement, ingénieurs des travaux publics de l'Etat, techniciens supérieurs du développement durable, dessinateurs, experts techniques des services techniques bénéficient, dans la limite des crédits ouverts à cet effet, d'une indemnité spécifique de service. () ". Aux termes de l'article 2 du même décret : " Sous réserve des dispositions de l'article 3, les taux moyens annuels de cette indemnité sont définis, pour les fonctionnaires des corps de l'équipement mentionnés à l'article 1er du présent décret, par un taux de base affecté d'un coefficient correspondant à leurs grades et emplois et d'un coefficient propre à chaque service. Le taux de base et le coefficient de modulation par service qui lui est affecté sont fixés par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique. ". Aux termes de l'article 7 du décret du 25 août 2003 : " Les montants de l'indemnité spécifique de service susceptibles d'être servis peuvent faire l'objet de modulation pour tenir compte des fonctions exercées et de la qualité des services rendus dans des conditions fixées par arrêté conjoint du ministre chargé de l'équipement, du ministre chargé du budget et du ministre chargé de la fonction publique ". L'article 3 de l'arrêté du 25 août 2003 pris pour l'application de ce décret prévoit, pour les ingénieurs chargés d'une direction ou d'un service déconcentré ou d'un service à compétence nationale, l'application de coefficients de modulation compris entre 80 % et 140 % du taux moyen, pour les ingénieurs divisionnaires des travaux publics de l'Etat et les ingénieurs des travaux publics de l'Etat hors classe, l'application de coefficients de modulation compris entre 73,5 % et 122,5 % du taux moyen, pour les ingénieurs des travaux publics de l'Etat, entre 85 % et 115 %, et précise que " toutefois, à titre exceptionnel et par dérogation aux dispositions du présent article, pour tenir compte de la manière de servir, les coefficients de modulation individuelle peuvent être inférieurs aux minima prévus. () ".
5. Les délibérations annuelles relative au régime indemnitaire du personnel municipal dont celle du 9 avril 2018, que le requérant ne produit au demeurant pas, prévoient que l'ISS est calculée en appliquant au taux de base, fixé à 361,90 euros pour les autres grades que le grade d'ingénieur en chef, un coefficient de modulation de service de 1 et un coefficient de grade. Ce dernier coefficient est de 43 pour les ingénieurs principaux territoriaux au 6ème échelon ayant, comme M. B pour la période en litige, moins de cinq ans d'ancienneté dans le grade, soit un taux de base annuel de 15 561,70 euros. La délibération précise également qu'une bonification peut être appliquée à ce montant pour les agents qui répondent aux critères prévus à l'article 5 du décret du 25 août 2003, ainsi que pour des agents détachés sur certains emplois fonctionnels. Enfin, elle prévoit que le montant individuel minimal est calculé par l'application de 10 % au montant moyen déterminé pour chaque grade ou classe et que le montant individuel maximal se calcule par l'application des dispositions prévues par les textes. Ainsi, au vu des délibérations adoptées par la commune de Marseille, et contrairement à ce que soutient le requérant, le montant moyen de l'ISS peut être modifié à la baisse non pas dans la limite de 10 % du taux de base mais dans la limite de 90 % de ce montant, conférant ainsi au maire un pouvoir de modulation qui lui permet d'affecter au minimum un coefficient de 0,1. Par ailleurs, le principe de parité évoqué au point 3 ne fait pas obstacle à ce que la modulation à la baisse de cette prime puisse être inférieure au montant prévu pour les fonctionnaires de l'Etat. Enfin, contrairement à ce que soutient le requérant, une telle possibilité est ouverte à la commune indépendamment de l'application, à titre exceptionnel, de minorations de l'indemnité en fonction de la manière de servir de l'agent, prévue par ailleurs par l'article 3 de l'arrêté du 25 août 2003 précité et reprise par les délibérations annuelles relatives au régime indemnitaire du personnel municipal. L'administration n'est alors pas tenue de justifier par des décisions circonstanciées au regard de la manière de servir de l'agent territorial l'application de cette modulation à la baisse. Par suite, et alors qu'il est constant que les délibérations pour les années 2015 à 2019 ont fixé les mêmes modalités de calcul du taux d'ISS, M. B n'est pas fondé à soutenir que la collectivité a commis une erreur de droit en lui accordant une ISS affectée d'un coefficient inférieur à 0,9 pour les années 2015 à 2019, ni qu'elle a méconnu les dispositions du décret du 25 août 2003 et de l'arrêté du même jour pris pour son application, qui ne régissent pas la situation des fonctionnaires territoriaux.
En ce qui concerne la prime de service et de rendement :
6. Aux termes de l'article 6 du décret du 15 décembre 2009 relatif à la prime de service et de rendement allouée à certains fonctionnaires relevant du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, en charge des technologies vertes et des négociations sur le climat : " Le montant individuel de la prime de service et de rendement est fixé en tenant compte, d'une part, des responsabilités, du niveau d'expertise et des sujétions spéciales liés à l'emploi occupé et, d'autre part, de la qualité des services rendus. Le montant individuel de cette prime ne peut excéder 2,5 fois le montant annuel de base associé au grade détenu ou, le cas échéant, à l'emploi occupé par l'arrêté mentionné à l'article 4. Le montant individuel total de la prime de service et de rendement et, lorsqu'elle est perçue, de l'indemnité complémentaire à cette prime ne peut excéder le triple du montant annuel de base associé au grade détenu ou, le cas échéant, à l'emploi occupé par l'arrêté susmentionné ".
7. Dans les délibérations annuelles relatives au régime indemnitaire du personnel municipal, le conseil municipal de Marseille a fixé le taux de base de la prime de service et de rendement à 2 817 euros pour un ingénieur principal et se réfère aux articles 5 et 6 du décret du 15 décembre 2009 relatif à la PSR attribuée aux fonctionnaires d'Etat. L'annexe portant actualisation des délibérations précitées dans sa version consolidée de 2016, produite par le requérant, prévoit en ce qui concerne la PSR que " les attributions individuelles font l'objet d'une modulation entre le montant individuel minimal et le montant maximal prévu aux articles 5 et 6 du décret n° 2009-1558 du 15 décembre 2009 relatif à la prime de service et de rendement ". Il est constant que ce taux de base a été fixé selon les mêmes modalités depuis 2015. Il résulte de l'article 6 de ce décret que le montant individuel de cette prime ne peut excéder 2,5 fois le montant annuel de base associé au grade détenu. Dès lors que ces textes ne prévoient qu'un maximum, l'autorité territoriale peut, dans l'exercice de son pouvoir de modulation individuelle, attribuer au requérant un montant de PSR inférieur au taux de base. L'intéressé n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le maire de la commune de Marseille a commis une erreur de droit en ne lui accordant pas le taux de base de la PSR.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision du maire de Marseille du 31 janvier 2020 rejetant sa demande tendant à la revalorisation de son ISS et de sa PSR entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2019 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte de versement d'un rappel de ces deux indemnités et de reconstitution de sa carrière.
Sur les conclusions à fin d'indemnisation :
9. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la commune de Marseille n'a commis aucune illégalité fautive de nature à engager sa responsabilité en attribuant au requérant les coefficients d'ISS et les montants de PSR en cause. M. B n'est en conséquence pas fondé à demander la condamnation de la ville à indemniser un préjudice correspondant aux primes dont il aurait été illégalement privé au titre de la période courant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2019.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par M. B soit mise à la charge de la commune de Marseille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Le requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Marseille.
Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Hétier-Noël, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
signé
C. Hétier-Noël
La présidente-rapporteure,
signé
M-L. Hameline La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière
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