lundi 17 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2005507 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL LANDOT & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 24 juillet 2020 et 24 février 2022, la société Set, représentée par la Selarl Landot et Associés, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Savines-le-Lac à lui verser la somme de 1 360 000 euros au titre de la réparation des préjudices causés par la délivrance du permis de construire illégal du 28 novembre 2019, l'illégalité du plan local d'urbanisme et les assurances données par la commune sur la faisabilité du projet, majorée des intérêts de droit à compter de la date de la réclamation préalable, avec capitalisation desdits intérêts dans le respect des conditions posées par l'article 1343-2 du code civil ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Savines-le-Lac la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- au regard de l'illégalité du plan local d'urbanisme, du permis de construire du 28 novembre 2019 et des multiples assurances données sur la faisabilité de son projet, la commune de Savines-le-Lac a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;
- elle n'a quant à elle commis aucune faute de nature à exonérer la commune de sa responsabilité ;
- les sommes engagées antérieurement à la délivrance du permis de construire sont indemnisables ;
- elle est fondée à obtenir la réparation des préjudices causés par le comportement de la commune.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 février 2022 et le 30 mars 2022, la commune de Savines-le-Lac, représentée par Me Neveu, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Set la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par la société Set ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 29 avril 2022, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,
- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public
- et les observations de Me Playe, représentant la société Set et de Me Alzieu-Biagini représentant la commune de Savines-le-Lac.
Considérant ce qui suit :
1. Le 28 novembre 2019, la société Set a obtenu un permis de construire un ensemble immobilier de six bâtiments comportant 200 logements sur des terrains situées lieu-dit " Champ d'Oddou " sur la commune de Savines-le-Lac, classés en zone UA par délibération du 12 décembre 2016 portant approbation du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune. Par jugement n°1703841 du 5 décembre 2019 le tribunal a annulé ce PLU au motif notamment que le classement du secteur du " champ d'Oddou " était entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Le 27 février 2020, le maire a retiré le permis de construire délivré à la société Set. Le 25 avril 2020, cette dernière a sollicité la réparation des préjudices financiers induits par les illégalités fautives commises par la commune. Cette demande ayant été implicitement rejetée par la commune, la société Set demande au tribunal la condamnation de la commune de Savines-le-Lac à lui verser la somme de 1 360 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de la commune :
2. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. () ". Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme, alors applicable : " L'extension de l'urbanisation se réalise soit en continuité avec les agglomérations et villages existants, soit en hameaux nouveaux intégrés à l'environnement ". Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme alors applicable : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants (). ".
3. Il résulte de l'instruction que le projet de construction de l'ensemble immobilier du " champ d'Oddou " a fait l'objet d'une orientation d'aménagement et de programmation spécifique du PLU communal du 12 décembre 2016. Par jugement n°1703841 du 5 décembre 2019 devenu définitif le tribunal a annulé le PLU au motif, notamment, que le classement du secteur du " champ d'Oddou " en zone U était entaché d'erreur manifeste d'appréciation. Le tribunal a ainsi considéré que le projet ne pouvait être regardé comme formant un hameau nouveau intégré à l'environnement et qu'il ne pouvait être envisager de construire six bâtiments comprenant au total 200 logements pour une surface de 18 000 m² aux abords du lac de Serre-Ponçon qui se situe à l'intérieur du périmètre d'une zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO) du parc national des Ecrins et est en partie inclus sur sa partie nord-est dans le périmètre de la ZNIEFF II du Bocage de Prunières et de Saint-Apollinaire. L'illégalité de la délibération portant approbation du PLU constitue, à elle seule, une faute de nature à engager la responsabilité de la commune de Savines-le-Lac, pour la période postérieure à l'adoption de ce PLU.
4. En revanche, s'agissant de la période antérieure à l'année 2016, la seule signature d'un compromis de vente en 2012 ne saurait suffire à caractériser un comportement fautif de la commune quant aux assurances données sur la faisabilité du projet à ce stade.
En ce qui concerne le lien de causalité et les préjudices subis :
5. La responsabilité d'une personne publique n'est susceptible d'être engagée que s'il existe un lien de causalité suffisamment direct et certain entre les fautes commises par cette personne et le préjudice subi par la victime.
6. D'une part, il résulte de ce qui précède que les factures produites à l'instance par la société Set établissant des dépenses antérieures à la date d'approbation du PLU illégal ne peuvent donner lieu à indemnisation. D'autre part, il résulte de l'instruction que la société Set a engagé inutilement des dépenses relatives aux démarches et études entreprises en vue de l'obtention du permis de construire à compter de la délibération portant approbation du plan local d'urbanisme, le 12 décembre 2016. En revanche, pour la période postérieure à la date d'approbation du PLU, la société requérante justifie de la réalisation et du paiement d'études par le prestataire SPGE. La circonstance, à la supposer avérée, que les dirigeants de ces deux sociétés aient des liens de parenté, n'est pas de nature, à elle seule, à remettre en cause l'existence de ces dépenses, qui n'est pas expressément contestée. La société Set produit ainsi les factures afférentes pour la période du 2ème semestre 2016 au 2ème semestre 2019 à raison de 43 200 euros par an, soit un total de 151 200 euros qui est indemnisable.
En ce qui concerne la cause exonératoire de responsabilité :
7. Bien que le siège social de la société Set soit localisé en région parisienne, celle-ci, qui est une professionnelle de l'immobilier, a manifestement manqué de prudence en développant son projet et en engageant des sommes importantes sans s'assurer de sa légalité alors même qu'elle a participé aux études locales et ne pouvait ignorer les difficultés de réalisation de programmes immobiliers dans des zones remarquables à titre environnemental, notamment autour du lac de Serre-Ponçon. Elle a d'ailleurs poursuivi son opération et engagé des frais sur une longue période alors même qu'elle avait connaissance de l'existence de multiples demandes gracieuses lors de l'instruction de son dossier de permis de construire ainsi que lui précise le maire dans son courrier du 28 février 2017, et des difficultés rencontrées par la commune dans ses projets immobiliers sur le secteur de la Rochette relatées par la presse locale, et qui ont été également annulés par jugement n°1204775 du 13 novembre 2014 du tribunal, confirmé par la cour administrative d'appel de Marseille par arrêt n°15MA00152, 15MA00958 du 6 octobre 2016. Ces imprudences ont concouru à la réalisation du préjudice qu'elle a subi. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste évaluation de la part de responsabilité qui doit être laissée à la charge de la commune de Savines-Le-Lac en limitant la condamnation de celle-ci à la moitié du préjudice subi par la société Set.
8. Il sera ainsi fait une juste appréciation du préjudice subi par la société Set en le fixant à la somme de 75 600 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
9. La société Set a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 75 600 euros à compter du 25 avril 2020, date de réception par la commune de Savines-le-Lac de la demande indemnitaire préalable.
10. En outre, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 24 juillet 2020, date d'enregistrement de la requête. Par suite, il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 24 juillet 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par la commune de Savines-le-Lac doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il y a en revanche lieu de faire droit aux conclusions susmentionnées de la société Set en mettant à la charge de la commune la somme de 1 500 euros.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Savines-le-Lac est condamnée à verser à la société Set la somme de 75 600 euros, avec intérêts au taux légal à compter du 25 avril 2020 et capitalisation des intérêts à compter du 24 juillet 2021,
Article 2 : La commune de Savines-le-Lac versera à la société Set la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions de la commune de Savines-le-Lac présentes au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Set et à la commune de Savines-le-Lac.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Houvet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.
La rapporteure,
Signé
F. LE MESTRIC
Le président,
Signé
F. SALVAGE La greffière
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026