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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006416

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006416

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006416
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSEMERIVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 août 2020, M. B A, représenté par Me Semeriva, demande au tribunal :

1°) de condamner la commune de Marseille à lui verser la somme de 10 000 euros à titre de dommages et intérêts pour le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence résultant des conditions de sa réintégration dans les effectifs de la ville ;

2°) de condamner la commune de Marseille à lui verser le montant correspondant à son indemnisation chômage sur la période allant de l'expiration de sa période de mise en disponibilité, le 1er septembre 2019, à sa réintégration sur un poste vacant, le 24 février 2020 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la commune de Marseille a commis une faute en ne le réintégrant pas dans un délai raisonnable, et en ne respectant pas les conditions de la réintégration visées à l'article 72 alinéa 7 de la loi du 26 janvier 1984,

- elle a commis une faute en ne lui versant pas pour la période du 1er septembre 2019 au 24 février 2020 une indemnisation chômage alors qu'il était alors un travailleur involontairement privé d'emploi,

- il a subi du fait de ces manquements un préjudice moral et dans ses conditions d'existence ainsi qu'un préjudice matériel qui doivent être réparés.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2022, la commune de Marseille, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 26 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

-le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

-le code général de la fonction publique ;

- le code du travail ;

-le code de la justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, technicien principal de 2ème classe titulaire et employé par la commune de Marseille, a été placé en disponibilité pour convenances personnelles à compter du 1er septembre 2016 pour une durée de trois ans. Il a sollicité le 1er juin 2019 sa réintégration au 1er septembre 2019. Il a été reçu en entretien le 19 août 2019 par une conseillère en mobilité-recrutement de la commune et a été réintégré sur un poste de contrôleur de travaux le 24 février 2020. Par courrier du 26 février 2020, le conseil de M. A a adressé une demande indemnitaire préalable au maire de la commune de Marseille restée sans réponse. M. A demande au tribunal l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des fautes commises par la commune de Marseille dans le traitement de sa demande de réintégration.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de la commune de Marseille :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version alors applicable, repris aux articles L. 514-6 et L. 514-7 du code général de la fonction publique : " () Le fonctionnaire mis en disponibilité, soit d'office à l'expiration des congés institués par les 2°, 3° et 4° de l'article 57 de la présente loi, soit de droit, sur demande, pour raisons familiales, est réintégré à l'expiration de sa période de disponibilité dans les conditions prévues aux premier, deuxième et troisième alinéas de l'article 67 de la présente loi. Dans les autres cas, si la durée de la disponibilité n'a pas excédé trois années, une des trois premières vacances dans la collectivité ou l'établissement d'origine doit être proposée au fonctionnaire ". L'article 26 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration dispose que " () Le fonctionnaire qui a formulé avant l'expiration de la période de mise en disponibilité une demande de réintégration est maintenu en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions prévues à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 () ". Aux termes du III de l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984, repris aux articles L. 542-13 et L. 542-22 du code général de la fonction publique : " Après trois refus d'offre d'emploi correspondant à son grade, à temps complet ou à temps non complet selon la nature de l'emploi d'origine, transmise par une collectivité ou un établissement au Centre national de la fonction publique territoriale ou au centre de gestion, le fonctionnaire est licencié ou, lorsqu'il peut bénéficier de la jouissance immédiate de ses droits à pension, admis à faire valoir ses droits à la retraite ; () L'offre d'emploi doit être ferme et précise, prenant la forme d'une proposition d'embauche comportant les éléments relatifs à la nature de l'emploi et à la rémunération. Le poste proposé doit correspondre aux fonctions précédemment exercées ou à celles définies dans le statut particulier du cadre d'emplois de l'agent ".

3. Il résulte de la combinaison de ces dispositions d'une part, que le fonctionnaire territorial ayant bénéficié d'une disponibilité pour convenances personnelles d'une durée de moins de trois ans, a le droit, sous réserve de la vacance d'un emploi correspondant à son grade, d'être réintégré à l'issue de sa disponibilité, et que la collectivité est tenue de lui proposer l'un des trois premiers emplois devenus vacants, d'autre part, que si le fonctionnaire territorial n'a droit à réintégration à l'issue d'une disponibilité pour convenances personnelles d'une durée de moins de trois ans qu'à l'occasion de l'une des trois premières vacances d'emploi, la collectivité doit néanmoins justifier son refus de réintégration sur les deux premières vacances par un motif tiré de l'intérêt du service et, enfin, que les propositions formulées par la collectivité en vue de satisfaire à son obligation de réintégration sur l'une des trois premières vacances d'emploi doivent être fermes et précises quant à la nature de l'emploi et la rémunération et notamment ne pas subordonner le recrutement à la réalisation de conditions soumises à l'appréciation de la collectivité.

4. Il résulte de l'instruction que M. A, a été reçu en entretien le 19 août 2019 par une conseillère en mobilité-recrutement de la commune de Marseille lors duquel il lui a été remis sept fiches de postes et qu'il a postulé sans succès sur trois postes puis sur un poste de responsable de la Division " arrêtés permanents " pour lequel il a passé un entretien le 25 novembre 2019. Sa candidature a été rejetée le 17 décembre 2019. Il n'a finalement été réintégré que le 24 février 2020. Si la commune soutient que les décisions de refus étaient motivées par l'intérêt des services concernés elle ne le démontre pas. En expliquant en outre que c'est un choix qu'elle fait de s'appuyer sur une " démarche consensuelle nécessitant la candidature de l'agent à réintégrer sur différents emplois vacants ou créées qui lui sont proposés, la mise en œuvre d'un entretien avec l'un des responsables hiérarchiques des services concernés puis les avis favorables conjoints du responsable et de l'agent ", la commune de Marseille confirme qu'elle a subordonné le recrutement de M. A à la réalisation de conditions soumises à son appréciation. Ainsi M. A n'a pas été réintégré dans l'un des trois premiers emplois devenus vacants à l'issue de sa période de disponibilité et les offres d'emploi que la commune de Marseille a présentées à M. A ne peuvent être qualifiées de fermes et précises.

5. En deuxième lieu, si les textes précités au point 2 n'imposent pas à l'autorité dont relève le fonctionnaire de délai pour procéder à cette réintégration, celle-ci doit intervenir, en fonction des vacances d'emplois qui se produisent, dans un délai raisonnable.

6. Il résulte de l'instruction que la commune de Marseille ne conteste pas qu'à la date du 1er septembre 2019, sept emplois de technicien principal étaient vacants dans les effectifs de son personnel et que M. A n'a été réintégré que le 24 février 2020. Un tel délai de presque six mois dans ces circonstances ne saurait être qualifié de raisonnable.

7. En troisième lieu, il résulte de la combinaison des articles L. 5421-1 et L. 5424-1 du code du travail que les agents titulaires des collectivités territoriales ont droit aux allocations d'assurance chômage lorsqu'ils sont " involontairement privés d'emploi, aptes au travail et recherchant un emploi ". L'article L. 5421-3 du même code exige en principe que l'intéressé, pour être considéré comme recherchant un emploi, soit inscrit à Pôle emploi comme demandeur d'emploi et accomplisse des actes positifs de recherche d'emploi.

8. Un agent public qui sollicite sa réintégration de droit après une période de disponibilité, mais dont la demande est rejetée en raison de l'absence de poste vacant ou d'offre formulée par la collectivité, doit être regardé comme ayant été involontairement privé d'emploi et comme étant en recherche d'emploi pour le laps de temps écoulé entre l'expiration de sa période de mise en disponibilité et sa réintégration. Ainsi, le fonctionnaire territorial dans l'attente de sa réintégration est à la disposition de son employeur et considéré comme à la recherche d'un emploi sans avoir besoin de s'inscrire à Pôle emploi.

9. Il résulte de l'instruction que M. A, n'a bénéficié d'aucune indemnisation chômage alors qu'il devait être considéré comme à la recherche d'un emploi et qu'il remplissait également les autres conditions pour bénéficier du versement d'allocations chômage.

10. Il résulte de ce qui précède que la commune de Marseille a commis des fautes s'agissant de la réintégration de M. A de nature à engager sa responsabilité et à lui ouvrir un droit à réparation des préjudices qu'il a subi.

En ce qui concerne les préjudices :

11. Le requérant a nécessairement subi un préjudice moral du fait de l'incertitude de son avenir pendant la période considérée. Il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par le requérant en fixant l'indemnité due à 1 000 euros.

12. Il n'est en revanche pas fondé à demander réparation du préjudice résultant de troubles dans les conditions d'existence qui ne sont pas établis.

13. Les éléments versés au dossier ne permettant pas de déterminer conformément au dispositif relatif à l'indemnisation du chômage, le montant exact de l'allocation auquel M. A pouvait prétendre, il sera renvoyé devant la commune de Marseille pour que soient calculées et versées les allocations chômage qui lui sont dues pour la période du 1er septembre 2019 au 23 février 2020, sous déduction des sommes qu'il aurait pu percevoir par ailleurs à titre d'allocation ou rémunération.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander la condamnation de la commune de Marseille à lui verser une somme de 1 000 euros au titre de son préjudice moral ainsi qu'aux sommes correspondant aux allocations chômage qui lui sont dues pour la période du 1er septembre 2019 au 23 février 2020.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Marseille, une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Marseille est condamnée à verser à M. A la somme de 1 000 euros.

Article 2 : M. A est renvoyé devant la commune de Marseille pour qu'il soit procédé au calcul et au versement des allocations chômage pour la période du 1er septembre 2019 au 23 février 2020 dans les conditions prévues dans les motifs du présent jugement.

Article 3 : La commune de Marseille versera à M. A une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Marseille.

Délibéré après l'audience du 29 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

Mme Felmy, premier conseiller,

Mme Hétier-Noël, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

La rapporteure,

Signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

Signé

P. Rousselle

La greffière,

Signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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