lundi 18 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2006496 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LUCCHINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 août 2020 et le 11 août 2021, M. B A, représenté par Me Lucchini, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa réclamation sollicitant la réparation du préjudice résultant du non-paiement des congés annuels non pris durant son congé de longue maladie ;
2°) de condamner la SA " La Poste " à lui verser la somme de 16 893, 16 euros à parfaire en réparation des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de la SA " La Poste " la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en application de la directive n°2003-88 du 4 novembre 2003, il avait droit à la date de sa mise en retraite à une indemnisation au titre de ses congés annuels non pris les années 2016, 2017, 2018 et 2019 alors qu'il était en congé maladie ;
- il a subi un préjudice financier à hauteur de 121 jours de congés annuels non pris, soit une somme de 13 366 euros ;
- il a également subi un préjudice moral, évalué à 5 000 euros, en raison de l'absence de réponse de la Poste qui ne l'a pas soutenu dans ses démarches alors qu'il était gravement malade.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2021, la SA " La Poste " conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 11 juillet 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-3 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003 ;
- la loi n° 83- 634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, a intégré les services de la société " la Poste " le 7 avril 1977 et a exercé les fonctions d'encadrant courrier distribution au centre de tri de Marseille. Le 24 avril 2020, il a réclamé le paiement de 121 jours de congés annuels, estimés à 13 366 euros, ainsi qu'un préjudice moral d'un montant de 5 000 euros. Par la présente requête, il demande la condamnation de la société " la Poste " au paiement de ses droits à congé et à réparation du préjudice moral.
2. Aux termes de l'article 7 de la directive n° 2003/88 du 4 novembre 2003 : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales. 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail. ". Aux termes de l'article 5 du décret du 26 octobre 1984 : " Le congé dû pour une année de service accompli ne peut se reporter sur l'année suivante, sauf autorisation exceptionnelle donnée par le chef de service. / Un congé non pris ne donne lieu à aucune indemnité compensatrice. "
3. Afin d'éviter que, du fait de l'impossibilité de prendre effectivement un congé annuel payé à raison de la fin de la relation de travail, toute jouissance par le travailleur de ce droit, même sous forme pécuniaire, ne soit exclue, l'article 7, paragraphe 2, de la directive 2003/88/CE prévoit que le travailleur a droit à une indemnité financière, qui n'est soumise à aucune autre condition que celle tenant au fait, d'une part, que la relation de travail a pris fin, et, d'autre part, que le travailleur n'a pas pris tous les congés annuels auxquels il avait droit à la date où cette relation a pris fin. Dès lors que ce droit, conféré directement par ladite directive, ne dépend pas de conditions autres que celles qui y sont explicitement prévues et que le délai de transposition en droit interne expirait le 23 mars 2005, les dispositions de l'article 7, paragraphe 2, de la directive 2003/88/CE remplissent les conditions requises pour produire un effet direct. Elles s'opposent ainsi à des législations ou réglementations nationales qui prévoient que, lors de la fin de la relation de travail, aucune indemnité financière au titre de congés annuels payés non pris n'est versée au travailleur qui n'a pas été en mesure de prendre tous les congés annuels auxquels il avait droit avant la fin de cette relation de travail. Par suite, les dispositions de l'article 5 du décret du 26 octobre 1984, qui s'opposent à l'indemnisation de ces congés lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, sont incompatibles dans cette mesure avec les dispositions de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003.
4. Afin d'assurer le respect de ces dispositions, et en l'absence de dispositions législatives ou réglementaires fixant une période de report des congés payés qu'un agent s'est trouvé, du fait d'un congé maladie, dans l'impossibilité de prendre au cours d'une année civile donnée, ces congés doivent pouvoir être pris au cours d'une période de quinze mois après le terme de cette année. Toutefois ce droit au report s'exerce, en l'absence de dispositions, sur ce point également, dans le droit national, dans la limite de quatre semaines prévue par l'article 7, et de 24 jours en cas de régime de travail de 6 jours par semaine. Il en résulte que le droit à indemnisation financière au titre des congés payés non pris pendant un congé de maladie d'un agent dont la relation de travail a pris fin est conditionné par la circonstance que la cessation de la relation de travail soit intervenue dans le délai de quinze mois à compter du terme de l'année civile au cours de laquelle les droits à congés ont été acquis.
5. Il résulte de l'instruction que M. A a droit à 30 jours de congés annuels par an, étant soumis à un cycle de travail de 6 jours sur 7. A la suite d'un accident de service en février 2016, il a été placé en congé de longue maladie du 17 février 2016 au 16 février 2019 puis en disponibilité d'office du 17 février 2019 au 16 mai 2019 jusqu'à son admission à la retraite pour invalidité le 17 mai 2019. En application de la réglementation, seuls les jours de congés annuels générés en 2018 et 2019 sont indemnisables, dans la mesure où son départ en retraite est intervenu au cours de la période de report de 15 mois à compter de la fin de l'année civile où les droits à congés ont été acquis. Les droits à congés payés acquis par M. A au titre de l'année 2018 s'élèvent ainsi à 24 jours et les jours de congés indemnisables au titre de l'année 2019 à 4 jours, M. A ayant été placé en disponibilité d'office, position hors activité qui ne permet pas de générer des congés, à compter du 17 février 2019. Il s'ensuit que M. A a droit à l'indemnisation de 28 jours de congés annuels. Il convient toutefois de retrancher à ceux-ci 12 jours de congés annuels déjà payés par son administration en 2019. Dans ces conditions, en ayant indemnisé M. A de 16 jours de congés annuels, l'administration n'a commis aucune erreur constitutive d'une faute susceptible d'engager sa responsabilité.
6. Il s'ensuit que les conclusions indemnitaires présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société " La Poste ", qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A sur ce fondement.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la SA " La Poste ".
Délibéré après l'audience du 4 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Le Mestric, première conseillère
Mme Fayard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2023.
La rapporteure,
Signé
F. LE MESTRIC
Le président,
signé
F. SALVAGE La greffière
signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026