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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2006621

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2006621

mardi 28 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2006621
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantVALLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 août 2020, le 30 octobre 2020 et le 1er septembre 2022, la société privée à responsabilité limitée (SPRL) de droit belge Benski, représentés par Me Valli, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie sur la période du 31 janvier 2014 au 31 décembre 2017 et des pénalités pour activités occultes correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle ne dispose pas d'un établissement stable en France et ne pouvait dès lors être assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée ;

- les pénalités pour activité occulte qui ont été appliquées par l'administration sur les rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie sur le fondement du c du 1 de l'article 1728 du code général des impôts sont infondées ;

- son activité est exonérée de taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement du b du 4° de l'article 261 D du code général des impôts dès lors qu'elle ne fournit pas les prestations prévues par ces dispositions dans les mêmes conditions qu'un établissement hôtelier ; à cet égard, elle est fondée à se prévaloir de l'instruction administrative référencée BOI-TVA-CHAMP-10-10-50-20 du 12 septembre 2012.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 septembre 2020, 28 septembre 2020, 19 novembre 2020 et 9 septembre 2022, l'administratrice générale des finances publiques de la direction de contrôle fiscale Sud-Est Outre-Mer conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Claudé-Mougel, rapporteur,

- les conclusions de Mme Caselles, rapporteure publique,

- et les observations de Me Valli, représentant la SPRL Benski.

Considérant ce qui suit :

1. La société privée à responsabilité limitée (SPRL) de droit belge Benski a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie notamment à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2017 à raison de son activité de location d'appartements meublés au sein de la station de ski de la commune de Risoul (05). Elle demande la décharge de ces rappels ainsi que des pénalités pour activités occultes dont ils ont été assortis.

Sur l'assujettissement de la SPRL Benski à la taxe sur la valeur ajoutée :

2. Aux termes du I de l'article 256 du code général des impôts : " Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. ". Aux termes de l'article 259 du même code : " Le lieu des prestations de services est situé en France : () 2° Lorsque le preneur est une personne non assujettie, si le prestataire : a) A établi en France le siège de son activité économique, sauf lorsqu'il dispose d'un établissement stable non situé en France à partir duquel les services sont fournis ; b) Ou dispose d'un établissement stable en France à partir duquel les services sont fournis ; c) Ou, à défaut du a ou du b, a en France son domicile ou sa résidence habituelle ". Un établissement ne peut être utilement regardé, par dérogation au critère prioritaire du siège, comme lieu des prestations de services d'un assujetti, que s'il présente un degré suffisant de permanence et une structure apte, du point de vue de l'équipement humain et technique, à rendre possibles, de manière autonome, les prestations de services considérées.

3. Il résulte de l'instruction que, pour exercer son activité de location de logements meublés qu'elle possède dans la station de ski située à Risoul dans les Hautes-Alpes, avec laquelle elle a réalisé l'essentiel de son chiffre d'affaires sur la période vérifiée, la SPRL Benski dispose d'un bureau et emploie un salarié à l'année, ainsi que des personnels saisonniers selon les besoins. L'administration en a ainsi conclu qu'elle disposait d'un établissement stable en France, au sens des dispositions du b du 2° de l'article 259 du code général des impôts. Si, pour contester son assujettissement à la taxe sur la valeur ajoutée sur ce fondement, la SPRL Benski, qui ne conteste pas employer une personne à l'année, soutient qu'elle ne dispose de ce bureau que de façon ponctuelle, elle ne l'établit pas, ni davantage que, ainsi qu'elle l'allègue, tous les contrats sont conclus en Belgique où sont prises les décisions. Elle ne précise pas davantage les moyens dont elle dispose à cette fin en Belgique, alors qu'il résulte de l'instruction que son gérant se déplace fréquemment à Risoul durant la période hivernale durant laquelle s'effectuent l'essentiel des réservations et qu'il était présent en France durant 105 jours au cours de l'année 2015. L'administration était dès lors fondée à considérer que la société requérante disposait en France d'un établissement stable.

Sur l'exonération de l'activité de location de logement meublé de la SPRL Benski :

4. Aux termes de l'article 261 D du code général des impôts : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : () / 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. / Toutefois, l'exonération ne s'applique pas : () / b. Aux prestations de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuées à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle ". Les critères définis par la loi et précisés par la jurisprudence n'exigent pas que les prestations para-hôtelières soient effectivement rendues mais seulement que le loueur en meublé dispose des moyens nécessaires pour répondre aux éventuelles demandes. Pour apprécier si des prestations para-hôtelières sont proposées dans des conditions plaçant le loueur en situation de concurrence potentielle avec les entreprises hôtelières, les conditions de qualité et de prix caractérisant ces prestations peuvent, notamment, être prises en compte.

5. Il résulte également de l'instruction que les prestations de location fournies par la SPRL Benski ne comprennent pas le petit déjeuner et que la fourniture du linge de maison et le ménage ne sont prévus qu'à titre optionnel, et font l'objet d'une facturation supplémentaire. En outre, ces deux prestations ne sont susceptibles d'être fournies ni quotidiennement, ni régulièrement comme dans un établissement hôtelier mais uniquement, pour la première, en début de séjour et, pour la seconde, en fin de séjour. En outre, même dans l'hypothèse où les clients de la requérante souscrivent à cette dernière option, ils doivent procéder eux-mêmes à l'évacuation des poubelles, faire et ranger la vaisselle, nettoyer la cuisine et ranger les couettes et les oreillers qui équipent les appartements. Dans ces conditions, ces prestations de location meublée ne peuvent être regardées comme fournies dans des conditions similaires à celles proposées par des établissements hôteliers, et la société requérante est fondée à soutenir que ces prestations sont exonérées de taxe sur la valeur ajoutée sur le fondement des dispositions du b du 4° de l'article 261 D du code général des impôts.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la SPRL Benski est fondée à demander la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée ainsi que, par voie de conséquence, des pénalités pour activités occultes qui ont été appliquées sur le montant de ces rappels, en application du c du 1 de l'article 1728 du code général des impôts.

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à la SPRL Benski au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La SPRL Benski est déchargée des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre de la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2017 ainsi que des pénalités appliquées à ces rappels en application du c du 1 de l'article 1728 du général des impôts.

Article 2 : L'Etat versera à la SPRL Benski la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SPRL Benski et la direction de contrôle fiscal Sud-Est Outre-Mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

M. Claudé-Mougel, premier conseiller,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2023.

Le rapporteur,

signé

A. Claudé-Mougel La présidente,

signé

P. RousselleLa greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

5

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