vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2006802 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BALDO |
Vu la procédure suivante :
I- Sous le n° 2006802, par une requête, enregistrée le 8 septembre 2020, Mme H G veuve F, Mme E F, M. A F et M. B F, représentés par l'AARPI Baldo-Crespy, agissant par Me Crespy, demandent au Tribunal sur le fondement de l'article R. 541-1 du code de justice administrative :
1°) de condamner solidairement la commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances à leur verser une provision d'un montant total de 128 900 euros toutes taxes comprises ;
2°) de condamner la commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances à leur verser une provision de 12 600 euros toutes taxes comprises au titre des frais d'expertise ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Carry-le-Rouet et de la société SMACL assurances une somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- les travaux de démolition, de décaissement et de construction entrepris par la commune de Carry-le-Rouet sur les parcelles contiguës à leur propriété sont à l'origine de divers désordres, notamment sur une des façades de l'immeuble d'habitation, sur la toiture et sur le mur de clôture ;
- ils subissent un trouble anormal et spécial depuis l'édification par la commune de Carry-le-Rouet d'un mur séparatif de plus de cinq mètres de haut depuis leur rez-de-jardin ;
- des travaux ont dû en conséquence être réalisés à leurs frais ;
- l'existence de leur créance n'est pas sérieusement contestable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, la commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances, représentées par l'AARPI MCL Avocats, agissant par Me Ladouari, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que la créance est sérieusement contestable.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2021, la société SMACL assurances, représentée par la SELARL Abeille et Associés, agissant par Me Pontier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la créance est sérieusement contestable.
II- Sous le n° 2006803, par une requête, enregistrée le 8 septembre 2020, Mme H G veuve F, Mme E F, M. A F et M. B F, représentés par l'AARPI Baldo-Crespy agissant par Me Crespy, demandent au Tribunal :
1°) de condamner solidairement la commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances à leur verser la somme totale de 154 200 euros en réparation de leurs entiers préjudices ;
2°) de condamner la commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances à leur verser la somme de 12 600 euros toutes taxes comprises au titre des frais d'expertise ;
3°) d'enjoindre à la commune de Carry-le-Rouet de procéder aux travaux de finition de l'angle de mur sectionné et de mise en œuvre d'un large couvre-joint d'esthétique et de protection, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune de Carry-le-Rouet et de la société SMACL assurances une somme de 8 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- les travaux de démolition, de décaissement et de construction entrepris par la commune de Carry-le-Rouet sur les parcelles contiguës à leur propriété sont à l'origine de divers désordres, notamment sur une des façades de l'immeuble d'habitation, sur la toiture et sur le mur de clôture ;
- ils subissent un trouble anormal et spécial depuis l'édification par la commune de Carry-le-Rouet d'un mur séparatif de plus de cinq mètres de haut depuis leur rez-de-jardin ;
- des travaux ont dû en conséquence être réalisés à leurs frais.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2021, la commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances, représentées par l'AARPI MCL Avocats, agissant par Me Ladouari, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir qu'une partie des conclusions indemnitaires, pour un montant de 25 300 euros, sont irrecevables à défaut de liaison du contentieux pour ce montant, et que les dommages accidentels et les troubles permanents subis par les requérants du fait de la construction et de l'existence de l'ouvrage public litigieux ne sont pas excessifs.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2021, la société SMACL assurances, représentée par la SELARL ABEILLE et Associés, agissant par Me Pontier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les requérants ne démontrent pas un lien de causalité certain entre les travaux et les préjudices et que les préjudices ne sont pas établis.
Par une ordonnance du 8 juin 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 8 juillet 2022 à 12 heures.
Vu :
- l'ordonnance de la vice-présidente du tribunal administratif de Marseille n° 1801594 du 29 juin 2018 désignant M. C en qualité d'expert ;
- l'ordonnance de la première vice-présidente du tribunal administratif de Marseille n° 1809365 du 19 février 2019 qui étend à la SMACL l'expertise ordonnée le 29 juin 2018 ;
- l'ordonnance de la première vice-présidente du Tribunal du 15 novembre 2019 taxant les honoraires de M. C, expert, à hauteur de 8 992,32 euros ;
- l'ordonnance de la première vice-présidente du Tribunal du 18 novembre 2019 taxant les honoraires de Mme D, sapitrice, à hauteur de 3 600 euros ;
- les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- les observations de Me Crespy, représentant les requérants,
- les observations de Me Pontier, représentant la société SMACL assurances.
Considérant ce qui suit :
1. Les requérants exposent détenir la nue-propriété et l'usufruit d'un bien immobilier situé au n° 2 rue Roger Carasso à Carry-le-Rouet sur lequel est édifiée une maison à usage d'habitation comprenant deux appartements et deux studios. Se plaignant de désordres qui résulteraient des travaux de démolition, de décaissement et de construction entrepris sur les parcelles contiguës situées 11 et 13 route Bleue et appartenant à la commune de Carry-le-Rouet, les requérants ont sollicité, par courrier du 3 février 2020, adressé à la commune de Carry-le-Rouet, l'indemnisation de leurs préjudices. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par cette dernière sur cette demande. Les requérants demandent au Tribunal de condamner solidairement la commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances à leur verser une somme de 154 200 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis et d'enjoindre à la commune de Carry-le-Rouet de réaliser sous astreinte les travaux préconisés par l'expert judiciaire.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2006802 et n° 2006803 ont le même objet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur la requête n° 2006803 :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ".
4. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur. Il en va ainsi quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. La victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation. Il n'est fait exception à ces règles que dans le cas où la victime demande réparation de dommages qui, tout en étant causés par le même fait générateur, sont nés, ou se sont aggravés, ou ont été révélés dans toute leur ampleur postérieurement à la décision administrative ayant rejeté sa réclamation. La victime peut également, si le juge administratif est déjà saisi par elle du litige indemnitaire né du refus opposé à sa réclamation, ne pas saisir l'administration d'une nouvelle réclamation et invoquer directement l'existence de ces nouveaux éléments devant le juge administratif saisi du litige en premier ressort afin que, sous réserve le cas échéant des règles qui gouvernent la recevabilité des demandes fondées sur une cause juridique nouvelle, il y statue par la même décision.
5. Il résulte de l'instruction que par un courrier du 3 février 2020, réceptionné par la commune de Carry-le-Rouet le 5 février 2020, les requérants ont demandé l'indemnisation des préjudices subis du fait des travaux de démolition, de décaissement et de construction entrepris, d'une part, sur le fondement des dommages accidentels de travaux publics et, d'autre part, sur le fondement des dommages permanents de travaux publics. Les dommages évoqués dans la demande préalable indemnitaire et dans les requêtes des requérants étant similaires, la circonstance que le quantum sollicité dans le cadre de leurs requêtes soit supérieur au quantum évoqué dans le cadre de leur demande indemnitaire préalable est sans incidence sur la liaison du contentieux indemnitaire. La fin de non-recevoir opposée par la commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances sur le fondement de l'article R. 421-1 du code de justice administrative doit, dès lors, être écartée.
En ce qui concerne la responsabilité sans faute :
S'agissant de la responsabilité du fait de l'exécution d'un travail public :
6. Même en l'absence de faute, le maître d'ouvrage ainsi que, le cas échéant, le maître d'ouvrage délégué et les constructeurs chargés des travaux sont responsables solidairement, à l'égard des tiers, des dommages causés à ceux-ci par l'exécution d'un travail public. Ces personnes ne peuvent dégager leur responsabilité que si elles établissent que ces dommages sont imputables à un cas de force majeure ou à une faute de la victime, sans que puisse être utilement invoqué le fait d'un tiers. Il appartient au tiers, victime d'un dommage de travaux publics, de rapporter la preuve du lien de cause à effet entre, d'une part, les travaux publics et, d'autre part, le préjudice dont il se plaint. Ces tiers ne sont pas tenus de démontrer le caractère grave et spécial du préjudice qu'ils subissent lorsque le dommage n'est pas inhérent à l'existence même de l'ouvrage public ou à son fonctionnement et présente, par suite, un caractère accidentel.
7. Il résulte de l'instruction que la maison à usage d'habitation des requérants est voisine des ouvrages édifiés sur la parcelle contigüe à la leur et appartenant à la commune de Carry-le-Rouet. Les travaux de démolition des bâtiments existants sur cette parcelle et de construction de l'office du tourisme, d'une galerie d'art et d'une salle polyvalente ont été réalisés sur une période de dix-huit mois, à compter du mois de novembre 2015, et revêtent le caractère de travaux publics alors qu'il est constant que les requérants sont tiers à l'égard de l'opération de construction.
8. Le rapport d'expertise relève que les travaux de démolition n'ont pas été soignés et que subsistent des malfaçons mitoyennes importantes voire dangereuses, qui ont provoqué sur l'immeuble des requérants des fissures intérieures, d'importantes infiltrations par le mur Est lors d'un épisode de fortes pluies, des dégradations en façade ainsi que des dégâts en toiture et un dégât des eaux. Le rapport évoque par ailleurs un préjudice de jouissance pendant les travaux. Si l'existence de ces dommages est remise en cause par la commune de Carry-le-Rouet et par la société SMACL assurances, qui relèvent que la plupart des désordres ne sont pas certains, mais éventuels voire inexistants, la matérialité de ces faits et leur lien de causalité avec les travaux en cause sont corroborés par plusieurs pièces du dossier dont notamment le projet de protocole d'accord transactionnel adressé aux requérants par la commune de Carry-le-Rouet au cours du mois de septembre 2017, aux termes duquel le maire de la commune reconnaît que les travaux de construction de l'office du tourisme, de la galerie d'art et de salle polyvalente ont occasionné des dommages sur la propriété des requérants, tiers par rapport aux travaux publics, avec notamment des fissures apparues sur les façades sud et nord suite à la décompression de la bâtisse qui auparavant était appuyée, sur son côté Est, à une construction qui a été démolie dans le cadre de l'opération. Il résulte ainsi de l'instruction, et notamment des procès-verbaux de constat d'huissier établis à la demande des requérants les 5 janvier 2016 et 30 août 2016, des photographies produites ainsi que du rapport d'expertise, que les désordres énoncés ci-dessus trouvent leur origine dans l'exécution des travaux publics dont la commune de Carry-le-Rouet était le maître d'ouvrage, et présentent un caractère accidentel ouvrant droit à indemnité. Par suite, la responsabilité sans faute de la commune de Carry-le-Rouet et de la société SMACL assurances est engagée du fait de l'exécution des travaux litigieux.
S'agissant de la responsabilité du fait de l'existence d'un l'ouvrage public :
9. La mise en jeu de la responsabilité sans faute pour dommages de travaux publics à l'égard d'un justiciable qui est tiers par rapport à l'ouvrage public est subordonnée à la démonstration par cet administré de l'existence d'un dommage grave et spécial et d'un lien de causalité entre cet ouvrage et les dommages subis. Les personnes mises en cause doivent pour dégager leur responsabilité établir que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure, sans que puisse être invoqué le fait du tiers. Il appartient au juge de porter une appréciation globale sur l'ensemble des chefs de dommages allégué.
10. Pour retenir la responsabilité sans faute du propriétaire d'un ouvrage public à l'égard des tiers par rapport à cet ouvrage, le juge administratif apprécie si le préjudice allégué revêt un caractère anormal. Il lui revient d'apprécier si les troubles permanents qu'entraîne la présence de l'ouvrage public sont supérieurs à ceux qui affectent tout résident d'une habitation située dans une zone urbanisée, et qui se trouve normalement exposé au risque de voir des immeubles collectifs édifiés sur les parcelles voisines.
11. Il résulte de l'instruction que la propriété des requérants est située au cœur du centre-ville de la commune de Carry-le-Rouet à proximité du port. Toutefois, si les requérants pouvaient s'attendre, compte tenu des règles d'urbanisme applicables à cette zone, à la réalisation d'un projet immobilier, l'ampleur des constructions en litige et notamment le mur de séparation entre les bâtiments nouvellement construits et le côté Est de la propriété des requérants caractérise à lui seul la gravité du préjudice invoqué. Il ressort en effet du rapport d'expertise que ce mur présente une longueur de 16 mètres et une hauteur de 7 mètres 70 sur pratiquement toute sa longueur à l'exception de la portion en limite de propriété donnant sur la Route bleue où la hauteur n'est plus que de 3 mètres 30. Ce mur occasionne de ce fait diverses nuisances en toutes saisons, à la fois thermiques, d'ensoleillement et visuelles et crée une sensation d'enfermement. L'ensemble de ces nuisances, par leur caractère permanent et spécial, conduit globalement à une dépréciation de la valeur vénale du bien des requérants. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble de ces éléments, la gêne dont se plaignent les requérants du fait de la présence de l'ouvrage public excède les inconvénients que doivent normalement supporter les résidents d'une habitation située dans une zone urbanisée. Par suite, la responsabilité sans faute de la commune de Carry-le-Rouet et de la société SMACL assurances est engagée du fait de l'existence de l'ouvrage public litigieux.
En ce qui concerne les préjudices :
S'agissant des préjudices résultant des dommages accidentels :
12. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment par la comparaison entre les deux constats d'huissiers des 5 janvier 2016 et 30 août 2016, produits par les requérants, que des fissures intérieures en rez-de-jardin et dans les étages sont apparues au cours des travaux de démolition dont la commune de Carry-le-Rouet était le maître d'ouvrage et que ces fissures sont la conséquence des travaux litigieux. L'expert, a estimé le coût de ces travaux de remise en état à 1 000 euros. Les requérants sont dès lors en droit d'obtenir l'indemnisation de ce préjudice en lien direct et certain avec les travaux incriminés.
13. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que les façades sud et nord de l'immeuble ont subi des dégradations. L'expert, a estimé le coût de ces travaux de reprise partielle de l'enduit de façade à 3 500 euros. Les requérants sont dès lors en droit d'obtenir l'indemnisation de ce préjudice en lien direct et certain avec les travaux incriminés.
14. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que des dégâts en toiture et un dégât des eaux sont imputables aux travaux en litige et que les requérants ont dû faire procéder à des travaux de reprise d'étanchéité sur leur immeuble pour un montant de 3 180 euros, selon la facture BATIF du 29 septembre 2017 produite au dossier. Les requérants sont dès lors en droit d'obtenir l'indemnisation de ce préjudice en lien direct et certain avec les travaux incriminés.
15. En quatrième lieu, si les requérants soutiennent que le mur de clôture et le pilier du portillon en fond de jardin côté route Bleue ont été détériorés, il ne résulte cependant pas de l'instruction que ces désordres soient la conséquence directe des travaux litigieux.
16. En dernier lieu, les requérants sont fondés à soutenir que les dommages causés à leur propriété leur ont causé des troubles dans les conditions d'existence, notamment en raison de la nécessité dans laquelle ils se sont trouvés d'engager des procédures contentieuses ainsi que du fait du bruit et des poussières qu'ils ont dû supporter pendant une période de presque un an et demi. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en le fixant à la somme globale de 3 700 euros.
17. Dans ces conditions, il y a lieu de condamner solidairement la commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances à verser à Mme G et autres une somme totale de 11 380 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'exécution des travaux publics litigieux.
S'agissant des préjudices résultant de l'existence de l'ouvrage public :
18. Il résulte de l'instruction, et ainsi qu'il a été dit précédemment, que la construction des ouvrages en litige génère de multiples nuisances, notamment une perte d'ensoleillement, et fait ainsi perdre, de par ses caractéristiques décrites au point 11, une partie de la valeur vénale de la propriété. Dans le rapport d'expertise, la sapitrice a estimé que la dépréciation de l'immeuble des requérants, du fait de l'existence de l'ouvrage litigieux, et en cas de vente du bien des requérants d'un seul tenant et non en lots serait d'un montant de 97 000 euros. La commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances contestent cette estimation et font valoir qu'aucune perte de valeur vénale ne peut être retenue comme établie puisque le terrain, sur lequel est désormais implanté l'office du tourisme, comportait auparavant un restaurant et une discothèque que la sapitrice n'a pas pris en considération à la date de la rédaction de son rapport dès lors que ces bâtiments avaient déjà été détruits. Toutefois, si le restaurant pouvait être également la source de nuisances, la hauteur du bâtiment existant en fond de la parcelle voisine de celle des requérants était sans commune mesure avec celle du nouveau bâtiment et l'édification d'un mur aveugle, implanté en avant de la maison des requérants sur une longueur de 16 mètres et une hauteur de 7,70 mètres, puis sur une longueur de 3 mètres et une hauteur de 3,30 mètres. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en le fixant à la somme de 50 000 euros.
19. Il résulte de tout ce qui précède que la commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances doivent être solidairement condamnées à verser aux requérants la somme totale de 61 380 euros en réparation des préjudices que les requérants ont subis du fait des dommages accidentels et permanents liés aux travaux publics entrepris et à l'existence de l'ouvrage public.
En ce qui concerne l'injonction :
20. Lorsque le juge administratif condamne une personne publique responsable de dommages qui trouvent leur origine dans l'exécution de travaux publics ou dans l'existence ou le fonctionnement d'un ouvrage public, il peut, saisi de conclusions en ce sens, s'il constate qu'un dommage perdure à la date à laquelle il statue du fait de la faute que commet, en s'abstenant de prendre les mesures de nature à y mettre fin ou à en pallier les effets, la personne publique, enjoindre à celle-ci de prendre de telles mesures. Pour apprécier si la personne publique commet, par son abstention, une faute, il lui incombe, en prenant en compte l'ensemble des circonstances de fait à la date de sa décision, de vérifier d'abord si la persistance du dommage trouve son origine non dans la seule réalisation de travaux ou la seule existence d'un ouvrage, mais dans l'exécution défectueuse des travaux ou dans un défaut ou un fonctionnement anormal de l'ouvrage et, si tel est le cas, de s'assurer qu'aucun motif d'intérêt général, qui peut tenir au coût manifestement disproportionné des mesures à prendre par rapport au préjudice subi, ou aucun droit de tiers ne justifie l'abstention de la personne publique.
21. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit aux points précédents, que certains préjudices des requérants ont pour origine l'exécution défectueuse des travaux de démolition puis de construction de l'ouvrage public. L'expert a notamment relevé que certains travaux étaient urgents pour mettre en sécurité l'ouvrage et pour achever le travail prévu. Ces dommages, dont il n'est pas contesté qu'ils perdurent à la date de la présente décision, trouvent principalement leur origine dans l'absence de finition correcte de l'angle du mur sectionné ainsi que par la carence de la commune de Carry-le-Rouet à mettre en place un large couvre-joint d'esthétique et de protection côté nord de l'immeuble. L'absence de réalisation des travaux nécessaires pour mettre fin à certains dommages subis par les requérants est constitutive d'une faute. Il ne résulte pas de l'instruction qu'un motif d'intérêt général justifierait l'abstention de la Commune de prendre les mesures de nature à mettre fin aux dommages ou à en pallier les effets. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que les travaux préconisés par l'expert judiciaire dans son rapport, ne permettraient pas de supprimer ou à tout le moins de diminuer de façon significative les nuisances et les risques pour la sécurité des personnes.
22. Il y a dès lors lieu d'enjoindre à la commune de Carry-le-Rouet de réaliser les travaux recommandés par le rapport d'expertise du 11 octobre 2019, consistant, côté sud, en la réparation de l'about de mur en maçonnerie et en la reprise du poteau d'angle, en la réfection de la protection de tête de mur sur sa longueur, en la réfection des enduits de murs sur les remontées verticales et en la reprise du chaînage d'angle de la partie d'ancien mur conservé avec coffrage de l'arête et façon de forme de pente en tête ainsi que la vérification de l'étanchéité au niveau de la liaison avec le mur de façade de l'immeuble des requérants. Côté nord, les travaux de reprise consisteront en la purge des matériaux instables au niveau de l'ancien chaînage d'angle de la maison, en la réalisation d'un coffrage et reconstitution, par un mortier spécial coulé, de la maçonnerie du mur conservé dans son épaisseur, par le traitement de la partie haute avec façon de mortier en pente pour évacuer les eaux, par la protection esthétique et intrusive de l'interface entre le bâtiment neuf et l'ancien, par le traitement en toiture de la liaison entre nouveau et ancien bâtiment par un système d'étanchéité afin d'éviter la pénétration des eaux de pluie dans l'interface et par le traitement au moyen d'une couvertine prolongée ou système goutte d'eau de l'extrémité du mur ouest du centre des congrès. Ces travaux devront être réalisés dans le délai de six mois suivant la notification de la présente décision, sous astreinte, passé ce délai, de 200 euros par jour de retard.
Sur la requête n° 2006802 :
23. Le présent jugement statuant sur le fond du litige, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins de provision de la requête 2006802 dès lors qu'elles sont devenues sans objet.
Sur les frais d'expertise :
24. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge solidaire et définitive de la commune de Carry-le-Rouet et de la société SMACL assurances les honoraires de M. C, expert, taxés et liquidés à la somme de 8 992,32 euros ainsi que les honoraires de Mme D, sapitrice, taxés et liquidés à la somme de 3 600 euros.
Sur les frais du litige :
25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'une somme soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent la commune de Carry-le Rouet et la société SMACL assurances au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge solidaire de la commune de Carry-le-Rouet et de la société SMACL assurances, une somme de 2 000 euros sur ce même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la requête n° 2006802.
Article 2 : La commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances sont solidairement condamnées à verser aux requérants une somme globale de 61 380 euros au titre de leurs préjudices.
Article 3 : Il est enjoint à la commune de Carry-le-Rouet de réaliser les travaux préconisés par le rapport d'expertise du 11 octobre 2019, définis au point 22 du présent jugement, dans le délai de six mois à compter de la notification du jugement.
Article 4 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme totale de 12 592,32 euros sont mis à la charge solidaire et définitive de la commune de Carry-le-Rouet et de la société SMACL assurances.
Article 5 : La commune de Carry-le-Rouet et la société SMACL assurances verseront solidairement aux requérants une somme globale de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme H G veuve F, à Mme E F, à M. A F, à M. B F, à la commune de Carry-le-Rouet et à la société SMACL assurances.
Copies en seront adressées à M. C, expert et à Mme D, sapitrice.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Markarian, présidente,
M. Secchi, premier conseiller,
Mme Charpy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
L. DLa présidente,
Signé
G. MarkarianLa greffière,
Signé
C. Croce
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
7
N°s 2006802, 2006803
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026