jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2006833 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELAFA CABINET CASSEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 septembre 2020, le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, représenté par la S.E.L.A.F.A. Cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) de condamner la commune de Marignane à lui verser la somme de 197 647,60 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 août 2020, au titre des indemnités qu'il a lui-même versées à M. C A ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Marignane la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la commune de Marignane est tenue de réparer l'ensemble des préjudices causés par l'agression dont a été victime M. A dans l'exercice de ses fonctions ;
- il a indemnisé la totalité des préjudices de M. A et est subrogé dans ses droits.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, la commune de Marignane, représentée par Me Barbeau Bournoville, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le fonds de garantie, qui ne démontre pas le versement effectif d'indemnités lui conférant la qualité de subrogé, n'établit pas son intérêt pour agir ;
- les montants retenus par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions sont disproportionnés.
Par une ordonnance du 28 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Felmy, rapporteure,
- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public,
- les observations de Me Cassorla, représentant la commune de Marignane.
Considérant ce qui suit :
1. Dans la nuit du 12 au 13 février 2014, M. A, fonctionnaire de police municipale employé par la commune de Marignane, a été victime d'une agression par M. B. Ce dernier a été condamné à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis par un jugement du 25 juillet 2014 du tribunal correctionnel d'Aix-en-Provence. A la suite de la saisine de la délégation de la commission d'indemnisation des victimes d'infractions, M. A s'est vu indemniser, par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, de ses préjudices en lien avec son agression pour une somme totale de 197 647,60 euros versée, pour sa dernière partie, le 3 octobre 2019. Par un courrier du 12 juin 2020, le fonds de garantie a demandé à la commune de Marignane le remboursement des sommes ainsi versées. Cette demande a été rejetée par le maire par courrier du 4 août 2020. Le fonds de garantie demande au tribunal de condamner la commune de Marignane à lui verser la somme de 197 647,60 euros.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la commune de Marignane :
2. En vertu des articles 706-3 et 706-4 du code de procédure pénale, toute personne ayant subi un préjudice résultant de faits volontaires ou non qui présentent le caractère matériel d'une infraction peut, lorsque certaines conditions sont réunies, obtenir la réparation intégrale des dommages qui résultent des atteintes à la personne auprès d'une commission d'indemnisation des victimes d'infractions, juridiction civile instituée dans le ressort de chaque tribunal de grande instance qui peut prendre sa décision avant qu'il soit statué sur l'action publique ou sur les intérêts civils. L'indemnité correspondante est alors versée par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions. Selon le premier alinéa de l'article 706-11 du code de procédure pénale, le fonds " est subrogé dans les droits de la victime pour obtenir des personnes responsables du dommage causé par l'infraction ou tenues à un titre quelconque d'en assurer la réparation totale ou partielle le remboursement de l'indemnité ou de la provision versée par lui, dans la limite du montant des réparations à la charge desdites personnes ".
3. Si la commune de Marignane fait valoir que le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, qui demande à bénéficier de la subrogation prévue par la loi, n'a pas justifié du paiement des indemnités à la victime, le demandeur a produit, d'une part, le constat d'accord conclu en application de l'article 706-5-1 du code de procédure pénale, signé par les parties le 3 août 2019, homologué le 26 septembre suivant et, d'autre part, un état informatique dont les mentions ne sont pas utilement contredites comportant les montants des indemnités versées, les dates de paiement et le bénéficiaire. Cette pièce atteste du règlement par chèques des diverses provisions à M. A, le dernier versement d'indemnité étant intervenu le 3 octobre 2019. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir tirée de l'absence d'intérêt à agir du fonds en tant que subrogé dans les droits de la victime, opposée par la commune.
Sur les conclusions indemnitaires :
4. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au litige : " Les fonctionnaires bénéficient, à l'occasion de leurs fonctions et conformément aux règles fixées par le code pénal et les lois spéciales (). / La collectivité publique est tenue de protéger les fonctionnaires contre les menaces, violences, voies de fait, injures, diffamations ou outrages dont ils pourraient être victimes à l'occasion de leurs fonctions, et de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. / () La collectivité publique est subrogée aux droits de la victime pour obtenir des auteurs des menaces ou attaques la restitution des sommes versées au fonctionnaire intéressé. Elle dispose, en outre, aux mêmes fins, d'une action directe qu'elle peut exercer au besoin par voie de constitution de partie civile devant la juridiction pénale () ".
5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions et de celles rappelées au point 2 que la collectivité publique dont dépend un agent victime de violences à l'occasion de ses fonctions, dès lors qu'elle est tenue, au titre de la protection instituée par l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983, de réparer le préjudice résultant de ces violences, est au nombre des personnes à qui le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions peut réclamer le remboursement de l'indemnité ou de la provision qu'il a versée à cet agent à raison des mêmes violences, dans la limite du montant à la charge de cette collectivité. Si la collectivité publique ne se substitue pas, pour le paiement des dommages et intérêts accordés par une décision de justice, à l'auteur des faits à l'origine du dommage, il lui incombe toutefois d'assurer la juste réparation du préjudice subi par l'agent. Par suite, le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions qui, en vertu de la subrogation prévue à l'article 706-11 du code de procédure pénale, est en droit d'exercer les droits de la victime à l'encontre de la collectivité publique tenue de réparer les conséquences de l'infraction, et peut demander à celle-ci que lui soient versée, dans la limite de la somme déboursée par lui, la juste réparation du préjudice subi par l'agent qu'il a indemnisé. Ces mêmes dispositions imposent à la collectivité publique en cause, saisie d'une demande en ce sens, d'assurer, sous le contrôle du juge administratif, une juste réparation du préjudice de son agent, dont l'évaluation ne dépend pas de l'indemnité fixée par l'autorité judiciaire.
6. En premier lieu, s'il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 25 avril 2018 dont la commune de Marignane a été mise en mesure de discuter le contenu dans la présente instance et sur lequel elle a présenté des observations, que M. A a subi une perte de gains professionnels que l'expert n'a toutefois pas évaluée, le fonds requérant ne précise pas la nature et ne justifie pas le montant de tels gains dont la victime aurait été privée du fait des conséquences de son accident pour la période du 13 février 2014 au 21 octobre 2016, date de consolidation retenue par l'expert. Par suite, il n'y a pas lieu de retenir à la charge de la commune ce poste de préjudice indemnisé par le fonds.
7. En deuxième lieu, l'expert a retenu l'assistance par tierce personne dont M. A a eu besoin avant la consolidation de son état de santé, à raison de deux heures par jour du 13 février au 29 mai 2014, puis du 6 juin au 1er juillet 2014 et enfin du 27 avril au 27 mai 2015, soit 160 jours. M. A a également eu besoin de cette aide quotidienne à raison d'une heure et demi par jour du 2 juillet 2014 au 1er septembre 2014 puis du 28 mai 2015 au 21 octobre 2016, et non 2015 comme allégué par la commune dans son mémoire, soit 573 jours. L'aide requise par l'état de santé de l'intéressé constitue une aide non spécialisée dans les actes de la vie courante, non médicalisée, et ne nécessitant aucune qualification particulière. Dans ces conditions, il y a lieu d'en faire une juste appréciation en l'évaluant sur la base d'un taux horaire fixé, eu égard au coût horaire du salaire minimum interprofessionnel de croissance incluant les charges sociales et les congés payés, pour les années 2014 à 2016 et en retenant 412 jours pour une année afin de tenir compte des congés et jours fériés, au montant de 17 827,50 euros tel que retenu par le fonds de garantie.
8. En troisième lieu, l'expert a également considéré que l'état de santé de M. A nécessitait une assistance par tierce personne à raison de sept heures par semaine après consolidation. La commune de Marignane se borne à exposer que tant l'expert que le fonds de garantie n'ont précisé ni la durée de cette aide, qu'elle qualifie cependant de permanente, ni sa limitation à partir d'un âge à déterminer, alors que le fonds a retenu, ainsi qu'il l'indique dans sa requête, un mode d'indemnisation par versement d'un capital. Dès lors, il ne résulte pas de l'instruction que l'évaluation ainsi faite de ce poste de préjudice à hauteur de 119 792,40 euros serait disproportionnée.
9. En quatrième lieu, l'expert a retenu un déficit fonctionnel temporaire total subi par M. A pendant douze jours, évalué par le fonds à la somme de 325 euros. Celui-ci a également versé les sommes de 2 037,50 euros au titre de la gêne temporaire partielle à 50 % pendant 160 jours, 4 743,75 euros au titre de la gêne temporaire partielle à 33 % pendant 573 jours et 1 443,75 euros au titre de la gêne temporaire partielle à 25 % pendant 230 jours subie par M. A. Toutefois, il y a lieu de minorer le montant alloué par le fonds et de retenir la somme de 5 358 euros au titre de l'indemnisation du déficit fonctionnel temporaire subi par M. A.
10. En cinquième lieu, le déficit fonctionnel permanent subi par M. A, évalué à 20 % par l'expert, doit être estimé, compte tenu de l'âge de l'intéressé à la date de la consolidation de son état de santé, soit 59 ans, à 26 000 euros. Par conséquent, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice, après déduction de la créance non contestée de la sécurité sociale de 23 070,16 euros, en le fixant à un montant de 2 989,84 euros, et non de 11 329,84 euros comme retenu par le fonds.
11. En sixième lieu, les souffrances physiques et psychiques temporaires endurées par M. A ont été évaluées à 4 sur une échelle de 1 à 7 par l'expert, du fait des douleurs traumatiques, des interventions chirurgicales et de l'algoneurodystrophie subie. Cette évaluation n'est pas utilement critiquée par la commune qui propose de la limiter à 3 sur 7 sans autre justification. La circonstance que M. A ait bénéficié d'un arrêt de travail sans interruption et qu'il ait pu bénéficier de ses droits à la retraite dès le 24 avril 2017 est sans incidence sur l'appréciation de ces souffrances, et par suite sur leur évaluation. Ce poste de préjudice doit cependant faire l'objet d'une juste appréciation à hauteur de 7 200 euros, et non 11 000 euros comme l'a estimé le fonds de garantie.
12. En septième lieu, il résulte des mentions circonstanciées du rapport de l'expert que M. A pratiquait, au moment de l'accident, le tir sportif à titre de loisir, qu'il était moniteur de tir dans la police, et qu'il était au titre de ses activités associatives, président d'un club de tir et d'un centre de formation de tir professionnel pour la police. Dès lors, en se bornant à soutenir qu'aucun élément ne permet de justifier de la pratique régulière d'une activité de " tir " ou de " pilotage de moto " telle que précisée par l'expert, la commune de Marignane ne critique pas utilement la somme de 5 000 euros retenue globalement par le fonds en réparation du préjudice d'agrément résultant pour M. A de son inaptitude au tir sportif et à la pratique de la moto.
13. En huitième lieu, la réparation du préjudice esthétique permanent évalué à 2/7 par l'expert, doit être évaluée à un montant de 2 000 euros et non, ainsi que le demande le fonds de garantie, à une somme de 4000 euros.
14. En neuvième et dernier lieu, ainsi que le fait valoir la commune, il y a lieu de limiter à 1 800 euros le montant correspondant au préjudice sexuel retenu par l'expert.
15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions est fondé à demander la condamnation de la commune de Marignane à lui verser la somme totale seulement de 161 967,74 euros en sa qualité de subrogé dans les droits de M. A, dès lors qu'il établit, par la production du relevé de versements au bénéfice de ce dernier mentionné précédemment, avoir versé une somme supérieure à ce montant.
Sur les intérêts :
16. Le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 161 967,74 euros à compter du 4 août 2020, ainsi qu'il le demande, cette date étant postérieure à la réception de sa demande par la commune de Marignane.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que la commune de Marignane demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune la somme que le fonds demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La commune de Marignane est condamnée à verser au fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions la somme de 161 967,74 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 4 août 2020.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d'autres infractions et à la commune de Marignane.
Délibéré après l'audience du 12 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Felmy, première conseillère,
Mme Hétier-Noël, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
La rapporteure,
signé
E. Felmy
La présidente,
signé
M.-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026